Michael Ende, « Momo »

MomoEnde

Référence : Michael Ende, Momo, Paris, Bayard jeunesse, 2009 (première parution : Allemagne, 1973).

Présentation de l’éditeur

Momo, une petite orpheline vagabonde, s’installe dans un amphithéâtre en ruine, à l’écart de la ville. Elle se fait vite plein d’amis : Momo séduit les enfants, avec lesquels elle invente des jeux merveilleux, mais aussi les adultes, parce qu’elle sait les écouter et leur redonner confiance. Ses deux meilleurs amis sont Beppo, un vieux balayeur de rues, et Gigi, un jeune homme à la langue bien pendue. Tous vivent heureux dans ce petit coin éloigné de l’agitation de la ville quand apparaissent d’étranges messieurs gris. A leur approche, un courant d’air froid, mêlé à une infecte odeur de cigare, se fait sentir. Qui sont-ils, que veulent-ils ? Momo découvrira leurs sinistres plans et la menace qui pèse sur tous ceux qu’elle aime. Un vrai petit chef-d’œuvre qui célèbre les valeurs humaines et l’amitié, par l’auteur de L’histoire sans fin.

Mon avis

Momo est le second livre le plus connu d’Ende après L’Histoire sans fin. Du moins en Allemagne, car en France, le reste de l’œuvre d’Ende semble encore complètement inconnu, et en bonne partie non traduit. Heureusement, on commence à voir quelques traductions ici et là, dont celle de ce beau roman, que j’ai beaucoup aimé. Sa parution dans une collection pour la jeunesse ne doit pas détourner les adultes de cette lecture : c’est un conte universel qui peut toucher et faire réfléchir des lecteurs et des lectrices de tous les âges. Au moins le voici publié dans notre langue, c’est le plus important.

Momo est donc une petite fille singulière, sortie de nulle part et dotée d’une capacité d’écoute exceptionnelle, qui confine à la magie à voir les effets qu’elle produit sur son entourage. Après quelques chapitres décrivant l’installation de Momo dans l’amphithéâtre et son quotidien, on entre peu à peu dans l’intrigue principale avec l’arrivée des inquiétants hommes en gris. On découvre alors le sujet central du roman : le temps. En effet, ces hommes en gris travaillent pour une banque, la Banque du Temps, qui propose aux gens d’économiser leur temps afin d’être plus efficaces dans leur vie de tous les jours, et, normalement, d’en disposer à leur aise une fois devenus vieux. Mais quelque chose ne va pas, et Momo s’en rend vite compte.

À mesure que tous ses amis tombent les uns après les autres sous l’influence des hommes en gris, Momo se trouve de plus en plus isolée et désemparée… jusqu’à ce qu’elle rencontre une tortue un peu particulière, capable d’afficher des lettres sur sa carapace pour parler avec elle. Momo va alors rencontrer maître Secundus Minutius Hora, le seul homme capable de résister aux hommes en gris. Mais maître Hora lui-même ne peut pas tout, et le sauvetage des amis de Momo, et de l’humanité en général, s’annonce périlleux au possible.

Le roman est écrit dans un style simple et clair, qui n’entrave nullement le talent de conteur d’Ende. J’ai beaucoup apprécié l’univers qu’il met en place, quelque part entre la fantasy urbaine et la poésie pure. Le roman propose une réflexion approfondie sur le temps et son usage, et n’a pas peur d’aborder à l’occasion des sujets comme la mort. J’ai toujours aimé les histoires de fantasy et de science-fiction où il est question de manipuler le temps, et je n’ai pas été déçu (et il ne faut pas s’attendre à des abîmes de complexité dans l’intrigue : on parvient à tout suivre sans problème).

J’ai beaucoup apprécié aussi le fait que Momo contient à la fois des chapitres de bonheur et de simplicité (notamment son tout début), et aussi, une fois l’intrigue lancée, des pages inquiétantes, voire franchement sombres, sans en faire trop dans l’un ou l’autre sens. De cette façon, on peut se détendre agréablement avec Momo à certains moments, et avoir franchement peur pour la petite héroïne à d’autres. Le drame est bien dosé de ce point de vue-là.

Je regrette un peu de ne pas avoir lu Momo plus tôt : je pense qu’il serait devenu l’un de mes grands souvenirs de lecture d’enfance. Néanmoins, encore une fois, je pense qu’un adulte a largement de quoi apprécier ce roman, grâce à la réflexion sur le temps qu’il développe et qui peut être lue à plusieurs niveaux : on peut y voir une réflexion philosophique, politique, économique… C’est à la fois une belle histoire et un roman qui donne à réfléchir, le tout de façon habile et bien menée.

Une belle découverte, donc, et un livre dont j’espère qu’il continuera à se faire connaître du lectorat francophone, car Michael Ende est un écrivain important et mérite davantage de reconnaissance.

Le roman a fait l’objet de plusieurs adaptations, dont un film allemand et un dessin animé italien. Je n’ai pas encore eu l’occasion de les voir et j’ignore s’ils ont été diffusés en français. J’espère que oui, surtout pour le dessin animé italien, Momo alla conquista del tempo (Momo à la conquête du temps), qui a été réalisé par Enzo D’Alò, un grand nom de l’animation italienne, en 2001.

J’ai posté cet avis sur le forum Le Coin des lecteurs le 1er octobre 2011 avant de le rebricoler pour le poster ici.

 

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