[Film] « La Colère des Titans », de Jonathan Liebesman

19 juillet 2012

Affiche du film "La Colère des Titans", représentant Persée au premier plan, et, à l'arrière-plan, des humanoïdes monstrueux à six bras armés d'épées.Message posté sur le forum du site Elbakin le 11 avril 2012.

Vu hier. Bon… j’y allais en m’attendant vraiment au pire, et du coup j’ai plutôt passé un bon moment, même si ça s’oublie dès la porte de sortie passée.

Sur le plan des effets spéciaux et des scènes d’action, c’est globalement mieux que le premier, les monstres et les décors sont soignés et la réalisation met mieux les effets spéciaux en valeur, notamment dans la scène finale. Du coup on peut y aller en mode « Just Here For Godzilla ». (Quoique, si je devais conseiller un film à aller voir purement pour les effets spéciaux en ce moment, ce serait plutôt John Carter, c’est plus joli…)

Petites déceptions toutefois sur ce plan-là :

[spoiler]– Le minotaure est très laid. C’est un démon cornu, pas un homme-taureau.

– Cronos n’a pas la moindre personnalité, c’est un gros truc en lave inexpressif. Quand on a connu le Cronos de la BD Le Fléau des dieux, celui-ci fait très pâle figure. Encore une fois, je ne peux pas m’empêcher de penser à l’Hercule de Disney avec ses titans « élémentaires » gros et bêtes.[/spoiler]

Du côté de l’histoire, ça reste du très léger, avec des trous énormes dans le scénario, mais c’est un peu meilleur que le premier et ça se laisse regarder. L’avantage (et l’inconvénient), c’est que le film garde en gros le même esprit que le premier, c’est-à-dire qu’il ne se prend pas vraiment au sérieux. C’est un avantage parce que ça évite le sérieux-hollywoodien-bas-du-front qui est si agaçant dans d’autres films, et ça sauve le résultat de la nanarditude absolue. Mais c’est aussi un inconvénient parce que le résultat n’a aucune grandeur épique. Ça n’essaie même pas d’installer une grandeur épique quelconque, à vrai dire (on est à mille lieues des Immortels). C’est un peu comme le premier, ça me fait penser à un compte rendu de partie de jeu de rôle mythologique, juste avec un gros budget. Selon les avis, ce sera un moment sympa oubliable ou bien un navet (plus qu’un nanar, c’est-à-dire pas assez drôle pour être regardé en tant que nanar).

Si on a vu le premier, on voit que la suite tire quand même vaguement parti du fait d’être une suite, ce qui donne mécaniquement un tout petit peu d’épaisseur supplémentaire aux personnages. Bon, ça ne va vraiment pas loin, mais ça creuse quand même un poil l’histoire du cosmos mise en place par le premier pour justifier les divers retournements d’alliances entre divinités, et puis on retrouve Hélios (le fils de Persée).

Gros avantage : ce n’est pas trop long. Plus long que ça pour un film comme ça, ça aurait été barbant. Là, il y a deux-trois longueurs, mais globalement ça va.

Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il y a plus de rapports avec la vraie mythologie que dans le premier – mais toujours sur le mode « joujoux & réécritures » (d’autant qu’ici ce n’est plus l’adaptation d’un mythe antique précis, on bascule vraiment dans la fantasy mythologique – ce qui me convient limite mieux). Mais disons que si on connaît un peu la mythologie, il y a de quoi s’amuser avec quelques petits trucs pas mal réussis :

[spoiler]- Arès est vraiment tel qu’on l’imagine.

– Les Cyclopes et Héphaistos apparaissent dans des rôles globalement proches de leur vrai rôle dans les mythes antiques.

– La façon dont Héphaistos est introduit est amusante (il est présenté comme « the Fallen », ce qui est techniquement vrai puisque, enfant, il a été balancé du haut de l’Olympe par Zeus). Et sa personnalité un peu barrée n’est pas une invention absurde.

– Tout le côté « les dieux risquent de mourir » est bien sûr totalement copié sur plein d’autres trucs, mais n’est pas mal ficelé dans le scénario et rend notamment Hadès plus intéressant.

– La scène où Zeus et Hadès se tapent sur l’épaule en évoquant leur folle jeunesse de titanomaques avant de retourner jeter leurs derniers pouvoirs dans la baston m’a fait sourire.[/spoiler]

Il y a évidemment des choses qui sortent de nulle part avec des résultats aléatoires :

[spoiler]– Agénor. Le personnage en soi, pourquoi pas, mais pourquoi l’appeler Agénor ? Il n’a rien à voir avec le vrai Agénor, à part d’être le fils de Poséidon (et en plus c’est gênant parce qu’en vrai Agénor est supposé être le père d’Io et on avait une Io dans le Choc des titans, donc ça embrouille tout). Il ressemble beaucoup plus à un genre d’Ulysse (en étant méchant avec Ulysse).

– Situer les forges d’Héphaistos sur  »île de jesaisplusquoi. Ils avaient peur de laisser les forges d’Héphaistos là où elles sont normalement ? Enfin bon c’est pas le plus grave, ça justifie le rôle d’Agénor.

– La lance de Trium. Et la Gorgone elle met le chocolat dans le papier d’alu. Franchement, ils auraient dû aller jusqu’au bout et appeler ça la Triforce, ça aurait évité ce nul nom de « lance de Truc-qui-veut-dire-trois ». (Et naturellement ça ne correspond à rien dans la mythologie grecque antique non plus.)[/spoiler]

Et si on a vu le vrai Choc des titans, celui de 81, il y a un caméo marrant (avec une allusion mieux faite que dans le Choc des titans 2010), à savoir, pour l’anecdote :

[spoiler]une autre apparition de Bubo conjuguée à celle d’Héphaistos, qui fabrique Bubo dans le Choc des titans de 1981.[/spoiler]

Au chapitre des reproches, comme je l’ai dit, le scénario est bourré d’invraisemblances et de trous gros comme ça. Et en plus, il manque cruellement d’originalité : si vous avez vu Les Immortels, vous retrouverez de GROSSES ressemblances dans le scénario et même plusieurs scènes… sauf qu’à tout prendre je préfère encore Les Immortels, plus audacieux visuellement et plus habiles dans sa réappropriation de la mythologie (quoique plus nanardesque pour les mêmes raisons de 300, à savoir à la fois ultra-violent et terrrrrrriblement bas du front). Ajoutons à ça des allusions à  Star Wars qui servent à rien, une tendance à copier Le Seigneur des Anneaux dans la réalisation… et j’ai dû en manquer.

Pitié, pour les prochains, laissez ces pauvres titans tranquilles et prenez enfin un autre thème. Les mythologies sont assez riches pour ça…

Les acteurs font leur boulot, je n’ai rien remarqué de trop horrible. J’ai découvert les deuxième et troisième expressions faciales possibles de Sam Worthington, ce qui fait déjà trois fois plus que dans le premier. Ce n’est franchement pas désagréable d’avoir Liam Neeson et Ralph Fiennes à l’écran, on sent qu’ils s’amusent mais c’est communicatif. Même Andromède fait des jolis sourires (et dirige des bataillons, aussi – ça sert à rien mais bon voilà, il y a un personnage féminin dans le film qui fait des trucs vaguement classes : c’est vraiment pour l’alibi).

La musique fait son boulot pas trop mal, à vue d’oreilles.

Conclusion : légèrement mieux que le premier, ça bâtit un peu un univers autour, c’est meilleur en effets spéciaux et en réalisation. Mais ça reste trèèèès léger et popcornesque. Ça ne fait réfléchir à à peu près rien, ça n’a pas de souffle épique, ça n’est même pas vraiment une aventure prenante. Dispensable, sauf si ça vous fait vraiment triper de voir de la mythologie sur grand écran (c’est mon cas).

(Et si vous voulez voir une aventure prenante, un univers cohérent, un scénario mieux foutu et qui fait au moins réfléchir et rêver un brin plus, il y a toujours John Carter, mais je ne suis pas objectif.)

EDIT le 24 juin 2013 : des visiteurs aboutissent régulièrement à mon blog en cherchant « lance de Trium« . À leur attention : 1) Oui, c’est bien dans La Colère des titans qu’il est question de cet objet. 2) Non, il ne correspond à rien dans les mythologies antiques, c’est une pure invention qui fait plus penser à Zelda qu’autre chose. (Pour le coup je trouve cette invention ratée, cet objet ne ressemble à rien et a vraiment l’air d’être là pour les besoins du scénario à un instant t. Quand on sait à quel point la vraie mythologie grecque antique regorge d’objets intéressants et de lieux extraordinaires, on se dit qu’il y a comme un potentiel gâché dans cette affaire…)


[Film] « Le Choc des titans », Louis Leterrier

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 9 avril 2010.

Or donc j’ai vu le film hier soir, en VO et en 2D. J’avais pris la précaution de ne pas trop m’emballer et de partir sans attente particulière, pour ne pas être trop déçu au cas où, et j’ai bien fait. J’ai passé un bon moment, mais mon avis global reste : pas mal, mais peut mieux faire.

Ce que j’ai bien aimé :
– c’est ENFIN un vrai péplum mythologique. Entre Troie et son adaptation pseudo-historique privée de merveilleux et 300 avec son look de Léonidas au pays des Duke Nukem qui remplaçait tout par des zombies et des piercings, ça fait combien de temps qu’on avait pas eu ça ? Enfin quelqu’un qui ose ressusciter le genre ! Enfin des bonnes vieilles créatures mythologiques et des dieux à l’écran ! Youpi !

– visuellement, c’est beau. Les décors, costumes, dieux, monstres, etc. sont bien faits. Il y a des plans vraiment superbes, notamment la ville d’Argos, et des paysages bien choisis. La qualité globale des effets spéciaux est là. Les dieux sont kitsch, mais ils sont objectivement très durs à représenter à l’écran, et Leterrier a le mérite de s’y être essayé franchement (contrairement à ce lâcheur pseudo-historicisant de Wolfgang Petersen avec Troie). Et le résultat n’est pas si mal, c’est une vision des dieux très au goût du jour : des dieux en armure, puissants et très conscients de l’être – l’ensemble a un côté très comic (et m’a fait penser au Fléau des dieux, aussi). On peut aimer ou non, personnellement je trouve que ça ne rend pas si mal.
– ce n’est heureusement pas *juste* une guerre entre les humains et les dieux, c’est un peu plus subtil que ça. Il y a beaucoup de trucs dans le film qui ne sont pas subtils, mais là ça va. J’ai eu les mêmes craintes que Roland Vartogue quand j’ai vu les bandes-annonces : « encore un film qui plaque un affrontement hommes/dieux sur la mythologie grecque ». En fait, non : sans dévoiler le détail du scénario, tous les dieux ne sont pas méchants, et Persée ne fait pas *que* lutter contre « les dieux » (il est surtout fâché contre un, en fait). Et le cours du film apporte quelques nuances. Le Grand Méchant du film est certes Hadès, et, certes, l’histoire selon laquelle il a été « arnaqué » par Zeus ne correspond à rien. Mais ce n’est pas si choquant, dans la mesure où :
1) même si ça ne va jamais aussi loin, Hadès est tout sauf une divinité sympathique dans la mythologie (en fait on le voit assez peu, sauf quand il enlève Perséphone, mais il est très craint, comme tout ce qui touche aux Enfers), et accessoirement, les disputes entre les « trois frères » Zeus/Poséidon/Hadès existent, on voit notamment des accrochages entre Zeus et Poséidon dans l’Iliade, donc Hadès pourquoi pas ?
2) si on revient sur ce qui se fait en récits mythologiques de nos jours, c’est quand même une tendance lourde de faire soit d’Hadès, soit des Titans (soit des deux) les méchants de l’histoire. En l’occurrence, on est complètement dans la lignée de l’Hercule de Disney ^^

– le film est très enlevé, les péripéties s’enchaînent vite, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Ce qui explique aussi que tout soit plié en moins de deux heures. Ça contribue en partie à sauver le film de ses défauts, parce que si ça avait duré plus longtemps, on se serait ennuyé, sans aucun doute possible…
– le film est un remake qui s’assume, c’est-à-dire qu’il y a une ou deux allusions au premier film qui sont plutôt sympathiques (j’en ai repéré une, la plus évidente, mais il y en a peut-être d’autres, je n’ai pas eu le temps de revoir l’ancien en entier avant d’aller voir le remake). De même, le scénario est repris du premier, mais apporte son lot de nouveautés plutôt intéressantes. Bref, c’est un remake qui contient une part d’hommage et qui n’ignore pas superbement son prédécesseur : plutôt élégant de la part de Leterrier.

(Spoiler) L’allusion : quand Persée tombe sur la chouette mécanique parmi l’équipement des soldats d’Argos. Un instant j’ai même cru qu’ils allaient vraiment utiliser ce personnage, dommage ! (/spoiler)

Les modifications :
– tout l’épisode des scorpions a été très amplifié et nuancé par rapport au premier film, où, dans mon souvenir en tout cas, il se résumait à « faire apparaître deux gros scorpions qui essaient de tuer Persée, qui les tue, et c’est tout ». Ici, outre que la naissance des scorpions est bien amenée (la main tranchée et les gouttes de sang), ils jouent un rôle plus nuancé grâce à l’intervention des djinns, qui n’étaient pas dans le premier film si je ne me trompe, et qui sont l’occasion d’un petit cross-over mythologique assez sympathique (très politiquement correct, les « Orientaux qui en fait sont nos alliés », certes, mais ça change agréablement de 300).
– en revanche, il me semble qu’Io est un ajout pur et simple, puisque dans mon souvenir c’est Athéna qui jouait un rôle équivalent dans le premier film (d’où la chouette mécanique). Ce changement-là ne s’imposait pas et il dessert le scénario plus qu’autre chose – dommage.

Ce que j’ai pas aimé :
– la musique est, heu, basique, pas subtile du tout, à base de « broum broum » (et de petites flûtes dans les scènes émouvantes). On a évité le « yaryaryar tribal plaintif » de Troie qui donne envie de mettre des baffes, mais quand même, ça ne dépasse pas le minimum syndical. Dommage.
– Sam Worthington est *snif* mauvais 😦 Dans Avatar ça ne se voyait pas, mais là, ça ne pardonne pas. Ce type est aussi peu expressif que Charon (et encore).

(Spoiler) Il est victime du tic qui consiste, pour essayer de rendre une réplique crédible, à hocher la scène en fronçant les sourcils d’un air déterminé. C’est juste mauvais (mais très hollywoodien). Autre exemple, la scène où il voit Pégase pour la première fois : il devrait au moins essayer d’avoir l’air étonné, je ne sais pas, moi, un cheval avec des ailes, ça ne se voit pas tous les jours, surtout quand on est pêcheur – mais non. (/spoiler)

– la réalisation est très inégale, parfois très brouillonne. Certaines scènes de bastons sont beaucoup trop confuses, ça va à toute vitesse, on ne comprend pas forcément tous les enchaînements et on n’a pas toujours le temps de profiter des effets spéciaux. D’autres scènes tombent complètement à plat :

(spoiler) l’entrée en scène de Pégase, par exemple. (/spoiler)

Heureusement, les scènes les plus importantes (en particulier le Kraken) restent soignées.
– les dialogues sont affreusement… je ne sais pas, hollywoodiens (mais du mauvais Hollywood). On ne compte pas les phrases à l’emporte-pièce sur le destin, le courage, etc., les petites phrases taillées comme des « répliques qui font classe » (sauf qu’en fait non), les harangues ratées, et certaines scènes sont simplement navrantes : (spoiler) la harangue avant l’entrée dans la tanière de Méduse, la mort d’Io… (/spoiler)

– Io (Gemma Arterton, d’ailleurs mignonne comme tout) doit porter à peu près un coup au combat pendant tout le film et se cantonne ensuite à un rôle de vague conseillère sentimentale. Pour la touche de féminité au sein du groupe d’aventuriers, on repassera…
– on ne voit pas assez Nicholas Hoult (une vraie bombe sexuelle en jeune étudiant dans A Single Man, et ici dans le rôle d’Eusabios) !

Ce qui est à double tranchant :
– contrairement à ses prédécesseurs néo-péplumesques, ce Choc des Titans ne se prend pas complètement au sérieux. Il y a pas mal d’humour, qui marche plus ou moins bien selon les séquences (ex. les deux chasseurs de monstres deviennent un peu lourdingues sur la fin, heureusement on les voit assez peu), mais surtout l’ensemble a un aspect très ludique, Leterrier s’amuse avec son histoire et ses personnages et y prend plaisir – ça se voit, et c’est assez communicatif. J’ai eu parfois l’impression d’être devant une gigantesque bonne vieille partie de jeu de rôle filmée, qui me donnait envie de sortir mes dés et mes feuilles de persos et d’aller jouer la suite entre amis. L’inconvénient, c’est que le film y perd en élégance et en « standing », et que cette composante d’autodérision tire l’ensemble vers la série B de luxe plutôt que vers la « grande épopée impressionnante » que recherchait le premier Choc.
– le générique de fin, très drôle mais horriblement kitsch.

Bref, un bon moment, et un péplum amusant, une fois qu’on le replace dans le contexte du genre et de ce qu’on peut en attendre ces temps-ci ; mais ce n’est pas le grand film que j’espérais, et il aurait été possible de faire nettement mieux sans trop de difficultés (ne serait-ce qu’en soignant un peu plus la mise en scène, en virant les infidélités mythologiques les plus inutiles, et en engageant un meilleur compositeur pour la BO). Mais le film a le mérite d’exister : il n’y a plus qu’à espérer qu’il aura assez de succès pour convaincre d’autres réalisateurs de faire revivre le genre.

L’affiche du premier « Choc des Titans », celui de Desmond Davis, en 1981.


[Film] « La Princesse et la grenouille », des studios Disney

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 4 février 2010.

Vu il y a trois jours, et c’est meilleur que ce que j’aurais osé espérer ! Je ne me suis pas ennuyé une seconde, et ce n’est qu’au moment du dénouement, relativement classique (même si bien fait), que j’ai un peu soupiré devant certaines phrases assez « guimauve ». Mais pendant tout le reste du film, il n’y en avait pas tant que ça : Disney, a bien sûr repris des ficelles classiques, mais, la plupart du temps, l’équilibre « ambiance de conte mais pas mièvre » est remarquablement bien tenu.

L’animation est bonne, soignée, avec une sorte de « old touch » qui rappelle les Disney « à l’ancienne » (en particulier le graphisme du crocodile, je trouve) et des décors parfois somptueux. C’est un vrai plaisir de retrouver un bon Disney bien fait, avec un graphisme de « classique Disney » (différent des partis pris graphiques un peu extrêmes pris pour Kuzco ou Atlantide, qui étaient intéressants, mais ont apparemment été mal reçus par le public).

Je ne sais plus quel critique (en fait si : celui du Monde) trouvait que le film péchait par un manque d’attention aux personnages : eh bien, je ne suis pas d’accord du tout. Je trouve au contraire que les personnages sont remarquablement travaillés, en particulier Tiana. On est à des années-lumière d’Atlantide ou de La Planète au trésor où tout le paquet était mis sur l’univers et où les personnages n’étaient guère que des clichés sur pattes. Là, les personnages ont une vraie profondeur, ils ont tous une histoire, et il n’y a même pas de « petit animal mignon qui accompagne le héros », car même les personnages secondaires animaux (Louis l’alligator et Ray la luciole) sont bien campés et bien intégrés à l’intrigue. Le prince est assez archétypique, mais c’est au départ un anti-héros complet (façon Kuzco) plutôt réussi. Le méchant, le Dr Facilier, ne restera sans doute pas dans l’histoire comme le meilleur méchant Disney, mais il fait son boulot et est honnêtement détestable.

Le scénario général est honnête. Certains thèmes rappellent un peu la Petite Sirène, d’autres louchent vers l’Anastasia de Dreamworks (mais je suppose que c’est dû à l’emploi des mêmes « ingrédients » pour le méchant – je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler). Il y a plusieurs petites allusions à d’anciens Disney ici et là, mais ce n’est pas envahissant.

Et (même si là encore j’avais un peu peur) j’ai énormément aimé les chansons. Je précise que j’ai vu le film en VO, et je vous recommande d’en faire autant, parce que l’anglais renforce encore l’atmosphère particulière du film, centrée sur la Nouvelle Orléans, la Louisiane, les bayous etc. qui contribue beaucoup à son originalité. La bande-son est très jazzy, et c’est vraiment prenant.

Les concepteurs disaient s’être recentrés sur l’histoire plutôt que sur les scènes visuellement marquantes, et il me semble que ça se voit – et que ça marche plutôt bien ! De quoi faire attendre Raiponce avec impatience…


[Film] « Avatar », de James Cameron

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 8 janvier 2010.

Vu hier. En 3D, naturellement (mon premier film en 3D, et j’espère pas le meilleur).
C’est un très beau nanard…

Visuellement, c’est pas mal, ça va du moyen au très bon selon les séquences. On sent quand même lourdement l’ordinateur, un peu comme dans les derniers Star Wars, et les choix graphiques pour les animaux et les plantes donnent des résultats très variables, allant du très beau au « Pitié, j’ai mal aux yeux… ». Certaines ambiances colorées font penser à des posters cheap avec du bleu nuit, du violet et du rose et des effets lumineux faciles (i.e. même pas spécialement beaux). Et certains plans sont ruinés par une mise en scène pas spécialement raffinée…

(spoiler : exemple : les montagnes volantes de l’affiche : on a une belle montée en puissance avec le dialogue entre les personnages, puis le vol et l’arrivée devant les monts flottants ; les personnages découvrent les monts Hallelujah, plan large sur les rochers volants, bouches ouvertes des personnages… et c’est déjà fini. J’ai eu l’impression de les voir à peine, alors que pour le coup c’était beau.)

(spoiler : autres exemples : certains plans larges, vers la fin, sur la flotte des vaisseaux approchant des montagnes, ou bien sur les ikrans, sont ruinés par des effets d’ajustement de zoom complètement inutiles.)

Les Na’vis sont très crédibles, très humains… beaucoup trop proches des humains ! Au point qu’on a parfois l’impression de voir des acteurs grossièrement maquillés. Pour une peuplade lointaine, ça aurait marché, mais pour une espèce extra-terrestre, ce n’est pas génial.

Restent les vaisseaux, les engins et les décors des jungles de Pandora, qui sont en effet superbes (sauf les passages en violet et rose).

L’univers ? Passable. L’aspect visuel est bien, oui, pas de problème. Mais Pandora est un monde très classique, ce qui pourrait quand même donner quelque chose de très bien si le background ne restait pas aussi affreusement simpliste. Deux ou trois décors, deux ou trois créatures, un cadre général beaucoup trop terrien (la jungle) avec quelques plantes assez jolies, mais, au niveau créativité, ça n’atteint pas la cheville d’un Dark Crystal. Le tout sous-tendu par un symbolisme lourdingue au possible qui n’a aucun scrupule à utiliser des ficelles énormes déjà archi rebattues :

(spoiler) l’arbre-monde, le coup du « Mais en fait tout ça forme un réseau », la divinité simili-Gaia (évidemment ils sont monothéistes et évidemment c’est une déesse-mère) qui fournit d’ailleurs opportunément le deus ex machina de la fin, sans oublier l’élément le plus nanar du monde : les animaux USB. (/spoiler)

Et les Na’vis sont têtes à claque au possible : le cliché du peuple proche de la nature, au niveau technologique bas (aucune trace d’une évolution technologique, naturellement), réduit à une religion (aucune tension politique ou sociale, pas d’économie, pas de rivalité avec les voisins…), avec une culture réduite au minimum syndical (quelques colifichets génériques au possible, c’est tout ce qu’on verra de leurs arts), incapable de prendre des décisions par lui-même sans l’intervention du Bl- heu, Terrien venu de l’extérieur, et dont on retourne l’opinion comme une crêpe sans aucun problème, puisqu’il se comporte comme un bloc de foule soudé derrière un ou deux « vrais » personnages qui sont les seuls à avoir un minimum de volonté (et encore). Bref, le cliché du personnage collectif muet et télécommandé par les personnages principaux…

J’avais entendu le pire au sujet du scénario, et j’avais très peur, mais j’ai plutôt bien accroché… pendant la première demi-heure. Hélas, le film durait 2h40, et le scénario est devenu de plus en plus à baffer. C’est un amoncellement de clichés usés jusqu’à la corde, complètement téléphoné, bourré d’incohérences et d’invraisemblances plus grosses que le budget du film et si évidentes que ça en devient indécent. Le tout mortellement sérieux (ou alors drôle involontairement). On m’avait dit que c’était outrageusement copié sur Pocahontas : on avait eu raison. J’ajoute que si vous avez vu le dessin animé récent Mia et le migou, c’est exactement la même histoire, avec exactement le même pseudo-écologisme affreusement moralisant et culpabilisateur qui semble à la mode en SF/fantasy en ce moment (l’homme est forcément opposé à la nature, d’ailleurs la Nature va finir par tous nous tuer et ce sera bien fait pour nous ! *coups de fouet répétés*).

Bref, j’ai eu l’impression très agaçante de voir un film qui prend le spectateur pour un crétin, qui lui parle comme à un petit enfant, et qui n’hésite pas à sacrifier au passage l’univers et le scénario à un esprit allégorique moralisant dépourvu de toute nuance. Pour les gens qui n’ont jamais vu/lu de SF ou de fantasy, et qui ne verront pas à quel point c’est bourré de clichés, ça passera peut-être pour une belle fable écologique. Mais pour quelqu’un qui a un minimum l’habitude des (bons) univers de SF/fantasy, Avatar ressemblera surtout à un énorme gâchis de temps et de moyens, alors même que la trilogie du Seigneur des Anneaux et plusieurs autres bons films des années suivantes avaient montré que ce n’est pas parce qu’on a un gros budget et qu’on vise un large public qu’on est obligé de restreindre le scénario à un truc à peine digne d’être vu par un enfant de 5 ans.

Je continue à rêver à ce qu’un Spielberg aurait pu faire avec un sujet pareil… pas forcément beaucoup mieux, mais au moins la réalisation aurait été meilleure et le scénario un minimum décent…