Edgar Rice Burroughs, « A Princess of Mars » (et le Cycle de Mars)

23 juillet 2012

Couverture de l'édition originale du roman d'Edgar Rice Burroughs "A Princess of Mars" (1912).

D’Edgar Rice Burroughs, je n’avais lu que quelques Tarzan dans mon enfance, et je ne connaissais que de nom ses autres cycles, comme Pellucidar ou le Cycle de Mars. La sortie du film John Carter d’Andrew Stanton (Disney/Pixar), qui s’est révélé bien meilleur que sa propre campagne de publicité ne le laissait espérer (lire ma critique ici même), m’a rendu curieux de lire Burroughs dans le texte. C’est ainsi que j’ai mis la main sur A Princess of Mars, premier tome du Cycle de Mars…

Edgar Rice Burroughs est surtout connu pour avoir créé le personnage de Tarzan, auquel il a consacré de nombreux romans. Mais c’est aussi, voire surtout, un des ancêtres fondateurs de la SF et de la fantasy contemporaines.

Le Cycle de Mars (dont Wikipédia m’apprend commodément qu’il est parfois titré « Cycle de Barsoom », Barsoom étant le nom martien de Mars) est un cycle de onze romans publiés par Burroughs entre 1912 et 1964, et dont le premier tome, A Princess of Mars (La Princesse de Mars), est même le premier roman de Burroughs, publié avant que Tarzan ne le rende célèbre.

 Présentation

Ces romans racontent les aventures de John Carter, ancien capitaine de cavalerie sudiste de la guerre de Sécession, qui, à la suite d’un improbable concours de circonstances, perd conscience et se réveille… sur Mars.

La planète est habitée, mais mourante et surtout ravagée par la guerre entre plusieurs peuples de Martiens, chacun divisé par des luttes intestines.

Les Martiens verts, deux fois plus hauts qu’un homme et dotés de quatre bras, sont divisés en multiples tribus nomades toutes plus farouches les unes que les autres, dont les Tharks et les Warhoons, qui arpentent les immensités arides de Mars et campent dans les ruines de cités somptueuses bâties par des civilisations depuis longtemps disparues.

Les martiens rouges, ressemblant à des humains mais dotés d’une peau rougeâtre et… ovipares, vivent dans plusieurs cités, dont Helium, cité technologiquement avancée seule capable de faire encore fonctionner les machines très anciennes qui entretiennent artificiellement une atmosphère respirable sur Mars, ou Zodanga, cité belliqueuse en guerre contre Helium. Helium et Zodanga s’affrontent à l’aide d’énormes flottes de vaisseaux volants alimentés par la puissance des huitième et neuvième rayons, des énergies encore inconnues sur Terre.

Dans ce monde en guerre, John Carter a un double avantage. L’un, prévisible, provient de sa carrière militaire. L’autre, plus inattendu, tient à la différence de gravité entre la Terre et Mars, où la pesanteur est nettement plus faible : cela permet à Carter de faire des bonds énormes et d’assener des coups d’une force prodigieuse (pour les Martiens). Carter est rapidement capturé par les Tharks, dont il découvre peu à peu la civilisation et les moeurs rudes. Il croise rapidement la route de Dejah Thoris, princesse de Helium, capturée à son tour par les Tharks après que sa flotte a été gravement amochée par des vaisseaux zodangans au cours d’une mission météorologique pacifique.

Comme on peut s’y attendre, Carter tombe éperdument amoureux de Dejah Thoris et la sert chevaleresquement pour le reste du roman. C’est le prétexte à toutes sortes de péripéties enlevées, au cours desquelles Carter se bâtit une solide réputation de guerrier parmi les différents peuples de Mars et nous fait découvrir au passage les mystères de Barsoom. Carter vit ensuite d’autres aventures où l’on retrouve en partie les personnages du premier volume.

 Mon avis

Je n’ai lu pour le moment en entier que le premier tome en VO, A Princess of Mars. Je m’attendais à une aventure pulp, mais j’appréhendais un peu sur le côté « vintage » (1912 quand même, avec la mentalité qui va avec envers les femmes, mais aussi les Noirs, les Indiens, les peuples étrangers en général, etc.). Au bout du compte, j’ai été surpris en bien.

D’abord parce que les aventures de Carter sont vraiment bien ficelées et très rythmées, ça déborde d’action et de rebondissements, on ne s’ennuie pas.

Ensuite parce que le style de Burroughs, sans être littérairement inoubliable, est de l’anglais plutôt élégant (c’est le bon côté du « vintage »). J’espère que les traductions rendent bien ça.

Enfin et surtout parce qu’il n’y a pas à dire, Burroughs a un sacré talent pour planter et construire un univers ! Barsoom n’a rien à envier à Dune ou aux autres grands univers de SF. Il y a des peuples variés, dont Burroughs décrit en détail les coutumes, la langue et les technologies, il y a le passé de Mars, grandiose, qu’on entrevoit à peine mais qui est lourd de conséquences sur le présent. Et il y a les problématiques sous-jacentes : la guerre, et surtout le thème de la planète mourante, qu’on ne peut s’empêcher de lire de nos jours sous l’angle écologique.

L’ensemble relève autant de la fantasy que de la SF : les Martiens sont un peu télépathes et ont des vaisseaux volants, mais ils se battent autant à l’épée qu’au fusil et les paysages et la faune font vraiment plus fantasy qu’autre chose. Apparemment, le cycle de Mars relève du « planet opera », sous-genre dont il semble être le fondateur et qui a connu une belle postérité ensuite (qui compte notamment le cycle de Dune de Frank Herbert, un des grands classiques de la SF).

La fin du premier roman est autonome, mais quand on connaît l’existence des romans suivants elle constitue surtout un énorme cliffhanger, et à ma surprise, je me suis trouvé curieux de lire la suite… tentation d’autant plus irrésistible que la suite est en ligne (en VO du moins).

 Éditions papier et en ligne

En effet, les premiers tomes du cycle de Mars sont de nos jours libre de droits : le texte en VO se trouve à plusieurs endroits sur Internet, par exemple sur le site canadien JohnCarterOfMars.ca. Il en existe une pléthore d’éditions en anglais, dont des intégrales.

Pour A Princess of Mars, j’ai lu l’édition de la Library of America (qui réédite des classiques américains), pas mal du tout, avec quelques illustrations originales et une solide préface (à lire plutôt après le roman) qui resitue le roman et l’auteur dans le contexte de l’époque.

En français, il y a eu récemment une édition en Omnibus qui regroupe en gros la première moitié du cycle (jusqu’à Echecs sur Mars). Apparemment un second Omnibus n’est pas prévu pour le moment (grrr). Il y a sans doute d’autres éditions, il faut fouiner.

Pour finir, voici la liste des tomes du cycle (reprise de Wikipédia) :

  1.  A Princess of Mars / Une princesse de Mars (ou Le Conquérant de la planète Mars ou Les Conquérants de Mars)
  2. The Gods of Mars / Les Dieux de Mars (ou Divinités martiennes)
  3. The Warlord of Mars / Le Seigneur de la Guerre de Mars (ou Le Guerrier de Mars)
  4. Thuvia, Maid of Mars/ Thuvia, vierge de Mars (ou La Princesse de Mars)
  5. The Chessmen of Mars / Les Pions humains du jeu d’échecs de Mars (ou Échecs sur Mars)
  6. The Master Mind of Mars / Le Conspirateur de Mars (ou Le Chirurgien de Mars)
  7. A Fighting Man of Mars / Le Guerrier de Mars (ou L’Aventurier de Mars)
  8. Swords of Mars / Les Épées de Mars
  9. Synthetic Men of Mars / Les Hommes synthétiques de Mars
  10. Llana of Gathol / Llana de Gathol
  11. John Carter of Mars / John Carter de Mars (posthume, regroupe deux novellas, la principale étant « Skeleton Men of Jupiter »)

J’ai mordillé en ligne le début de The Gods of Mars : John Carter retourne sur Mars en ayant toujours aussi peu le contrôle de sa téléportation, il tombe sur une espèce martienne nouvelle, féroce et dotée de tentacules-bouches, et retrouve son ami Thark Tars Tarkas. C’est toujours aussi vintage et je reste curieux de voir comment Burroughs a développé son univers au fil des tomes. Je lirai peut-être la suite à l’occasion.

Message posté à l’origine sur le forum Le Coin des lecteurs le 4 juin 2012 (rebricolé pour le blog).

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[Film] « John Carter », d’Andrew Stanton (Disney/Pixar)

19 juillet 2012

Affiche du film John Carter, représentant au premier plan John Carter monté sur un animal reptilien à six pattes. A l'arrière-plan, deux autres personnages principaux, la princesse de Mars Dejah Thoris et la Thark Sola, montant des animaux similaires, et sur le côté Woola, sorte de chien extra-terrestre à dix pattes. Le tout sur fond de désert martien, avec la silhouette de la Terre à l'horizon.

Forum elbakin.net, printemps 2012.

Et donc j’ai enfin vu John Carter hier soir. Eh bien, je ne regrette pas de m’être déplacé, j’ai passé un très bon moment.

Je n’ai pas lu le roman, donc je ne pourrai pas faire de comparaison avec, mais l’histoire a visiblement été un peu adaptée, notamment parce qu’on y voit brièvement Edgar Rice Burroughs lui-même (ce n’est pas vraiment un spoiler, il apparaît très vite).

L’intrigue générale « sent » sa SF du début XXe… et c’est très bien comme ça : ce sont des ficelles classiques mais qui, en l’occurrence, sont très bien exploitées par le réalisateur. Le « récit-cadre » sur Terre est un peu surprenant et peut paraître téléphoné au départ, mais prend tout son sens au moment du dénouement, ingénieux et bien pensé, qui clôt l’histoire de façon assez satisfaisante tout en ménageant une suite possible. Le gros de l’histoire, sur Mars, a son côté « pulp », mais c’est du pulp au bon sens du terme : du divertissement de qualité, classique dans ses grands ressorts mais soigné dans le détail et contenant quelques bonnes idées dans le scénario et la mise en place de l’univers.

La complexité du scénario et la profondeur donnée au personnage principal placent clairement l’ensemble un cran au-dessus du blockbuster de base. Le film ne révolutionne pas le genre (ce serait difficile à faire quand on adapte un classique déjà ancien), mais c’est un bon film d’aventure, qui arrive à mes yeux à planter un univers différent de Star Wars et compagnie. Personnellement ça m’a paru plus loucher du côté de Dune (probablement à cause du mélange planète désertique + complots), avec une atmosphère générale moins sombre et moins mystique. Ou alors de Stargate (le film), pour le côté « étranger débarquant au milieu d’une guerre sur une autre planète », en beaucoup moins primaire (heureusement) et sans le côté militaire agaçant.

Sur le plan visuel, c’est très beau. C’est une Mars de SF comme on aimerait la voir plus souvent (c’est vrai, quoi, c’est pas parce que les astronomes nous disent que les autres planètes sont toutes mortes qu’on n’a plus le droit de les imaginer autrement). J’ai été particulièrement conquis par les vaisseaux volants, splendides. Les Martiens rouges ont des tenues et des maquillages parfois un peu kitsch, mais ça n’est pas pire que l’épisode de Doctor Who moyen (ni que les costumes d’Amidala dans l’Episode I) et ça ne manque pas d’un certain charme – je range ça dans la même catégorie que le « neuvième rayon » et les robes affriolantes, ça fait partie du truc ! Les Tharks sont d’un réalisme étonnant et acquièrent peu à peu une identité propre, même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux orques de WarCraft III ou aux ET de Star Wars en voyant leur tête. L’univers visuel est vraiment très soigné et bien mis en valeur, et c’est la première fois que je regrette de ne pas être allé voir le film en 3D, je me serais sûrement beaucoup plus amusé que devant Avatar.

Je n’avais rien lu sur la BO avant de voir le film, mais j’ai été agréablement surpris par sa qualité, dans le genre classique mais bien fait, là aussi.

Une qualité du film qui n’a pas été assez mise en valeur à mon sens, c’est qu’il pose vraiment un univers de SF très grand public, compatible enfants, et pour une intrigue pareille il fallait réussir à le faire. Il y a de la fantaisie, de l’humour, et en même temps des enjeux dramatiques forts, et le tout s’équilibre bien. Il y a plein de combats mais la violence reste très édulcorée. Là encore, la promo n’a pas su tirer parti de ça, alors que c’est une force du film : ça change agréablement des films plus orientés action et je suis à peu près certain que si j’avais vu ça à 9-10 ans, non seulement ça ne m’aurait pas fait trop peur, mais j’aurais été complètement fan.

Bon, j’ai bien quelques reproches :

– le montage est parfois trop nerveux (il y a quelques enchaînements de plans trop rapides, voire moyennement compréhensibles, qui nécessitent un temps d’arrêt pour se dire « … Ah, OK, il s’est passé ça » ; heureusement ça n’arrive que 3-4 fois dans le film)

– les acteurs principaux ne brillent pas toujours par leurs performances ébouriffantes : Carter, ça va, sans plus, et la princesse est franchement un peu cruche par moments (dommage, avec un meilleur jeu ça aurait terminé de donner de l’ampleur à son personnage, par ailleurs bien pensé et qui fait bien la paire avec Carter).

– il y a quelques invraisemblances ou éléments pas bien expliqués :

Spoiler: * Le moment où pouf, d’un coup Carter comprend les langues martiennes alors qu’avant il n’y entravait rien. C’est peut-être dû à la « voix de Barsoom » qu’il entend quand on lui fait son initiation truc-chose chez les Tharks, mais si c’est ça c’est franchement pas clair dans le film.

* Dans la grande baston finale, au moment où Carter est sur le point de se faire étouffer, le Woolah arrive et bousille par miracle le bracelet du méchant, et pouf, Carter est libéré. Intelligent, le chien alien… /Spoiler.

Mais ça reste bénin par rapport au blockbuster moyen, quand même.

Je comprends aussi un peu les reproches qu’on a pu faire au scénario – c’est vrai que l’intrigue prend du temps à se mettre en place et peut sembler manquer de cohérence, mais personnellement je trouve que l’histoire y gagne en richesse et en complexité, je ne crois pas que ce soit un défaut.

Les Grands Méchants m’ont paru particulièrement réussis, même si

Spoiler: effectivement les motivations des « Therns » restent assez floues, on a l’impression qu’ils sèment le chaos simplement pour le plaisir (ou alors ils épuisent les ressources des planètes pendant que les indigènes se tapent dessus entre eux ?). D’un autre côté, la peur qu’ils inspirent vient aussi du mystère qui les entoure, et je ne sais pas s’ils auraient gagnés à être mieux « expliqués ». On en fait qu’entrevoir leur existence, on sait qu’ils sont actifs sur plusieurs planètes et qu’ils ont des pouvoirs redoutables… On en saurait plus dans une suite, mais dévoiler tout tout de suite n’aurait sans doute pas été un bon calcul. /spoiler

Bref, un fort bon film, qui a vraiment l’air d’être sous-estimé, voire snobé, pour je ne sais pas trop quelle raison. C’est fou comme les marketingeurs/critiques ont pu être formatés par Star Wars et les licences à gros sabots…. J’espère tout de même que le film fera une bonne fin de carrière en salles, et s’il y a une suite, j’irai la voir volontiers.

Et ça donne envie de lire les livres, aussi.

EDIT : Ainsi je lus les livres, ou du moins, pour commencer, le premier tome du cycle : A Princess of Mars. Une petite présentation et mon avis se trouvent ici.