Jean-Pierre Andrevon, « Les hommes-machines contre Gandahar »

5 décembre 2012

AndrevonLesHommesMachinesContreGandahar-reed1997

Présentation

Gandahar, vaste royaume situé sur la planète Tridan, a des allures de paradis. Après des millénaires de civilisation et des avancées technologiques poussées, qui ont conduit notamment à des modifications profondes des espèces animales, l’usage de la technologie est peu à peu devenu marginal, remplacé par l’emploi de plantes et d’animaux modifiés. La reine Myrne Ambisextra règne sur son peuple paisible, dont la paix n’a plus été troublée depuis des siècles. Mais un jour, une menace se fait sentir peu à peu : les oiseaux-espions qui surveillent les lointaines frontières du royaume sont tués les uns après les autres. Le chevalier Sylvin Lanvère est convoqué au palais et envoyé en mission pour cerner la nature du danger. Il découvre alors l’existence d’une armée gigantesque, l’armée des hommes-machines, qui avance lentement mais irrésistiblement sur Gandahar.

Qui sont-ils ? Qui est leur chef, qu’ils appellent « Super-dur-de-dur » dans leur langage limité et violent ? Viennent-ils d’un autre pays, d’une autre planète, d’une autre époque ? Sylvin rencontre sur sa route Airelle, une réfugiée, et doit enquêter sur la nature du Métamorphe, une gigantesque entité dotée de puissants pouvoirs qui semble liée aux hommes-machines. Restera à trouver un moyen de mettre fin à la guerre et d’éviter la destruction totale de Gandahar, qui semble inéluctable.

Mon avis

Les hommes-machines contre Gandahar est le premier roman de Jean-Pierre Andrevon, paru en 1969. L’aspect « premier roman » se sent parfois un peu dans le style, mais n’empêche pas le récit d’être bien mené et l’univers de frapper par son originalité. L’aspect « 1969 » se sent aussi, d’une certaine façon : l’univers (qu’on classerait volontiers dans la fantasy sans son cadre plus général franchement SF) a parfois un côté psychédélique et baigne dans une sensualité certaine, qui ne va pas toutefois sans un certain traditionalisme dans la répartition des rôles entre les personnages (Airelle est une gentille potiche que le brave chevalier protège…) ; du coup, le résultat a parfois un petit air suranné.

Mais l’ensemble se lit bien et révèle peu à peu ses qualités à mesure que le cadre de départ très « gentil », placé sous le signe de l’utopie, s’avère nettement plus nuancé et non dénué d’aspects plus sombres. Par allusions savamment distillées au fil des pages, on en apprend un peu plus sur le passé de Gandahar, et on entrevoit la façon dont ce passé trop oublié risque de se retourner contre le royaume… par futur interposé. L’aspect « voyage dans le temps » reste assez simple mais fonctionne bien. Les côtés les plus mignards de l’univers sont rapidement contrebalancés par l’évolution de plus en plus sombre du récit, de sorte que l’ensemble ne devient jamais ni mièvre ni bêtement désespéré.

J’ai découvert Gandahar par le film d’animation du même nom qu’a réalisé René Laloux en 1988, et qui est un pur chef-d’œuvre. Le dessin animé, porté par les graphismes de Caza, tire très bien parti de la puissance évocatrice du roman d’Andrevon, en matière de paysages, de personnages et de bestiaire ; dans le même temps, il développe certaines péripéties mineures dans le roman et lui confère une profondeur supplémentaire, au point que je ne serais pas étonné que le film reste davantage dans les mémoires que le roman.

Mais le roman tire lui-même sa force d’une écriture très picturale que même le film d’animation n’a pas pu éclipser. Vert, jaune, violet, rouge : les paysages de Gandahar ont des couleurs franchement extra-terrestres, plus proches de tableaux expressionnistes que des photos de la NASA ou des images de Star Wars. Certains lecteurs pourront ne pas aimer ; personnellement, j’ai beaucoup apprécié cette audace visuelle, et c’était un plaisir d’autant plus dépaysant d’imaginer cet univers (qu’il n’est pas difficile de se représenter d’une façon très différente de l’univers élaboré par Philippe Caza pour le film). Par ailleurs, le roman fourmille de détails et d’allusions à des éléments de l’univers que le film ne reprend pas (ou remplace par d’autres inventions) : on comprend que l’auteur ait eu envie d’agrandir encore son univers par la suite.

Le roman est paru en 1969 chez Denoël. Je l’ai trouvé dans une réédition dans la collection « Présence du futur », avec une couverture de Caza (une recherche dessinée pour le film), sous le titre Gandahar, suivi de deux nouvelles se déroulant dans le même univers (je ne les ai pas encore lues). Le roman a été réédité en Folio SF en 2000, là encore sous le titre Gandahar (suivi des deux mêmes nouvelles), sous une moche couverture qui ne donne pas la moindre idée de l’univers du roman. Je ne sais pas s’il est encore disponible actuellement, mais j’espère que oui, car pour moi c’est un petit classique.

Quelques années après le premier opus, Andrevon a écrit plusieurs autres romans et nouvelles se déroulant dans l’univers de Gandahar. Je ne sais pas ce que valent ces textes, mais j’espère qu’ils seront regroupés en une intégrale un jour.

Message posté sur le forum Le Coin des lecteurs le 22 janvier 2012, vaguement rebricolé depuis.

Publicités