Mélanie Fazi, « Notre-Dame aux écailles »

19 juillet 2012

Message initialement posté sur le forum Le Coin des lecteurs le 29 juillet 2008.

Enfin fini ! Non parce que c’était laborieux mais parce que je l’avais acheté et commencé en cours d’année, et que j’avais dû m’interrompre pour cause de pas le temps (année de concours !).

J’avais beaucoup aimé « Serpentine », et j’ai été très heureux d’apprendre la réédition de ce recueil en même temps que la parution de « Notre-Dame aux écailles », ce qui m’a permis de recommencer à le recommander à mes amis… Et ça fait aussi très plaisir de voir qu’une nouvelliste peut avoir du succès de nos jours, malgré l’écrasante dictature du roman (et même de la trilogie). Donc je me suis jeté sur le nouveau recueil avec impatience.

Je dois dire que j’avais été un peu déçu par mes premières lectures (les premières nouvelles et la nouvelle-titre). Je ne sais pas si c’est parce que je lisais moins attentivement, que je pouvais moins « entrer » dans les textes, ou parce que je commence à m’habituer au style de Mélanie Fazi. Pour « Notre-Dame aux écailles », par contre, je sais exactement ce qui n’alait pas : c’est que le titre me rappelait fortement une nouvelle de Robert Silverberg intitulée « Notre-Dame des sauropodes », lue dans une anthologie sur les dinosaures en Librio – du coup j’avais gardé ce souvenir en tête et j’étais persuadé envers et contre tout que ça allait aussi parler de dinosaures, d’où une déception prévisible…

J’ai repris la lecture du recueil ces derniers jours à tête beaucoup plus reposée, et j’ai beaucoup mieux aimé la suite, tant mieux !

Quelques commentaires détaillés, en essayant de ne rien dévoiler des textes :

« La Cité travestie » : l’une de celles que j’ai le moins aimé, peut-être à cause du thème assez classique – de même que la dernière nouvelle du recueil, « Fantômes d’épingles » (dont l’écriture me paraît meilleure, cela dit, mais il faudrait que je relise « La Cité travestie » pour comparer mieux).

« En forme de dragon » : bien meilleure, assez dans l’esprit des nouvelles de « Serpentine », et celle où le lien avec la musique est le plus explicité (on parle souvent de ce lien texte-musique chez Mélanie Fazi, apparemment).

« Langage de la peau » : ici pour le coup le thème est extrêmement classique, mais je le trouve très bien traité.

« Le Train de nuit » : Brrrf… j’aime beaucoup. M’a aussi beaucoup rappelé « Nous reprendre à la route », qui était l’un des mes préférés de « Serpentine », mais en plus sombre et en plus inquiétant.

« Les Cinq soirs du Lion » : oooh, mais le cadre général de celle-ci relèverait presque de la high fantasy, non ? Chouette, Fazi donnant dans la fantasy ! mais plutôt dans le style Au pays de la magie de Michaux, alors. Un peu court, mais j’ai bien aimé.

« La Danse au bord du fleuve », « Villa Rosalie », « Le Noeud Cajun », « Mardi Gras », « Noces d’écume » : mes préférés (je sais, ça fait beaucoup) : tous d’excellents textes, chacun développant une tonalité bien distincte. « Le Noeud Cajun » mérite amplement son prix, il peut se vanter de m’avoir filé la frousse – c’est le texte qui m’a fait le plus peur, avec « Noces d’écume ».

Dans « La Danse au bord du fleuve »,

(spoiler) en amateur de mythologie gréco-romaine, j’ai beaucoup aimé l’utilisation du dieu-fleuve dans un contexte complètement différent, l’ambiguïté qui persiste sur son personnage (ni bon ni mauvais), et aussi le jeu sur les tonalités (fantastique, puis quasi horreur, et une fin ouverte donnant presque sur la fantasy, en tout cas le merveilleux avec l’acceptation par la narratrice de son rôle d’amante-sorcière du fleuve. (/spoiler)

Le thème « aquatique » de ce texte et de « Noces d’écume » est très réussi dans les deux cas.

Dans « Villa Rosalie »,

(spoiler) j’ai beaucoup aimé la tonalité du texte, entre horreur de la situation (des personnes vivantes fondues dans la maison) et acceptation apaisée du fantastique, allant presque jusqu’au merveilleux ou au réalisme magique – pas si loin du climat du « Faiseur de pluie », peut-être, le contexte enfantin en moins. (/spoiler).

J’ai eu l’impression que l’écriture de « Mardi Gras » était encore très différente de tous les autres textes, peut-être par son ancrage plus précis dans la réalité, ou parce que l’intrigue fantastique laisse la part belle à la description, au moins dans un premier temps – le texte prend vraiment le temps de se poser, presque comme une promenade qui commence sans but apparent, et c’est très agréable à la lecture.

Bref, un excellent recueil de nouveau, qui gagne bien sa place à côté de Serpentine, avec des thèmes récurrents (tout l’aspect « marin », par exemple) mais toujours des textes, des tonalités et des univers très différents les uns des autres, peut-être plus encore que dans Serpentine. Vivement d’autres textes tout aussi surprenants !

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Mélanie Fazi, « Serpentine »

19 juillet 2012

Couverture du recueil dans sa première édition, dans la défunte édition L’Oxymore. Il a depuis été réédité chez Bragelonne et en collection de poche.

Message initialement posté sur le forum Le Coin des lecteurs le 17 mars 2008.

Je profite de la réédition du recueil pour dire un mot sur ce que j’en avais pensé « à l’époque ». Je ne crois pas avoir lu absolument toutes les nouvelles (en général je butine plutôt que de tout lire dans l’ordre) mais, des mois après, je me rends compte qu’une bonne partie de celles que j’ai lues m’ont laissé un souvenir très net, en bien : je crois que ça veut dire que j’ai bien aimé :p

Celles qui m’ont le plus marqué :

– « Elégie », à l’écriture tout particulièrement superbe, avec une excellente utilisation des éléments « mythologiques » (je ne sais pas si on peut dire ça, je suppose que oui) et de l’héritage des textes antiques (Ovide n’est pas loin, non ? ) ;

– « Rêve de cendre », d’une certaine façon la plus effrayante ;

– « Mémoire des herbes aromatiques », que j’ai bien aimée, mais moins, finalement, que d’autres qui font une utilisation de la mythologie encore plus originale et très réussie (mais que je ne citerai pas pour ne rien spoiler).

– « Nous reprendre à la route » et « Petit théâtre de rame », deux très bons textes liés à la route et à la ville, et qui me font mettre beaucoup d’espoir dans le genre du fantastique/merveilleux urbain.

– « Serpentine » dont le dénouement m’a laissé un peu sur ma faim mais qui est très bien aussi

– et « Le Faiseur de pluie », dont je me rappelle moins bien l’intrigue, mais je me souviens que c’était plaisant et original.

Bref, c’est un excellent recueil, que j’ai offert ou conseillé plusieurs fois, d’autant que c’est probablement le meilleur livre pour découvrir Mélanie Fazi.