Italo Calvino, « Si par une nuit d’hiver un voyageur »

19 juillet 2012

Forum Le Coin des lecteurs, 15 mai 2010.

Je viens de finir ce livre, recommandé par une (plus qu’) amie, et j’ai beaucoup aimé. Comme en plus c’est un livre qui parle beaucoup de lecture, c’est l’endroit idéal pour en parler

Le quatrième de couverture est très bof, alors voici un résumé de mon cru :

Ce livre s’adresse à toi, Lecteur, et on t’y verra aussi, Lectrice. Ce livre s’adresse-t-il à toi, qui tiens le livre, ou à ton alter ego imaginaire lui-même en train de lire un livre ? C’est ce que tu découvriras très vite. Si par une nuit d’hiver un voyageur est une aventure de la lecture, à la fois frustrante et exaltante.

Toi, Lecteur, tu commences à lire Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino. Mais voilà qu’à la fin du premier chapitre, plus rien : une suite de pages blanches. Ton exemplaire est défectueux ! Vite, tu te rends à la librairie la plus proche, pour y réclamer un exemplaire complet. Tu y croises la Lectrice, une dévoreuse de livres comme toi, qui a eu le même problème. Vous repartez avec vos nouveaux exemplaires, mais voilà : le livre sur lequel vous tombez n’a rien à voir avec celui que vous aviez commencé ! C’est un autre roman, tout différent, mais tout aussi intéressant, voire plus, que le premier.

De fil en aiguille, ce n’est plus seulement un roman dont vous cherchez la suite, mais deux, trois, quatre, et chaque fois une sorte de malédiction malicieuse vous empêche de poursuivre la lecture, et vous fait rencontrer d’autres romans encore, tous différents. Au fil de ces rencontres, un complot machiavélique se révèle, dont l’enjeu n’est rien de moins que le monde de l’édition tout entier. Vos lectures sont-elles condamnées à rester inachevées ? Et surtout, est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

Mon avis :

Calvino tient ici un pari : écrire non pas un roman entier, mais dix débuts de romans, tous différents par leur style et leur contenu. Le tout inclus dans une seule histoire suivie, celle des lecteurs, qui découvrent peu à peu les mésaventures du texte, des auteurs, des éditeurs, et se retrouvent embarqués dans un thriller rocambolesque autour du monde du livre.

Le côté « méta » de l’histoire peut surprendre ou rebuter au premier abord, mais l’effort en vaut largement la peine. Loin d’une simple accumulation de procédés inhabituels (la narration à la 2ème personne du singulier, par exemple) ou d’une composition technique un peu froide (comme les préjugés sur les auteurs de l’OULIPO dont Calvino fait partie pourraient le faire penser à tort), Calvino développe un récit à la fois plein d’humour et de second degré, par ses constantes mises en abîme des aventures du lecteur, et une narration virtuose, avec ses romans tous différents, tous intéressants, et tous plus frustrants les uns que les autres (même si j’ai mes préférés, naturellement).

Bref, un parti pris original et une histoire réussie : un très beau roman sur la lecture et les lecteurs.

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Incipit

19 juillet 2012

Je n’aime pas les blogs. Je préfère les forums. Depuis de longues années, je discute un peu partout des livres, bandes dessinées, films, jeux, etc. que je découvre ou redécouvre. Il m’est plus facile d’être lu, de voir les gens tenir compte de mon avis… et de lire les leurs, qui m’intéressent aussi. A quoi bon un énième blog que personne ne lirait?

Mais ce système avait aussi ses défauts. J’en suis venu à regretter de ne pas disposer d’un moyen pratique de mettre ces messages à disposition de mes amis, qui ne fréquentent pas nécessairement les forums, mais avec qui je discute régulièrement des mêmes sujets.

Il peut aussi arriver que je lise des livres, voie des films, etc. pour lesquels je ne dispose d’aucun espace de discussion thématique particulier, le genre d’entités complètement obscures qui n’intéressent absolument personne parmi les gens que je connais (ou dont je pense qu’elles n’intéresseraient absolument personne).

Il y a aussi les fois où je lis un texte que je trouve très beau et où je suis pris par l’envie frénétique de le recopier, de l’afficher partout, de le faire lire à tout le monde.

Alors je vais tout mettre ici.

Nous dirons donc qu’il y a ici une chambre bien chauffée, avec une fenêtre munie d’épais double-rideaux, que tous les murs sont entièrement couverts de bibliothèques, qu’il y a un tapis moelleux et des fauteuils confortables, ainsi qu’une petite table et un dispositif discret permettant d’obtenir des boissons à volonté dans des contenants élégants.

Allez, et un chat de Cheschire que vous pouvez faire disparaître à volonté si vous n’aimez pas les chats.

Il n’y a pas encore grand-chose sur les étagères, mais ça ne va pas durer. Installez-vous, prenez un verre si vous le désirez, et commencez donc à fouiner.

Bonne lecture !