[Film] « Snowpiercer, le Transperceneige », de Bong Joon-ho

28 novembre 2013

Snowpiercer, le Transperceneige, Bong Joon-ho, 2013La sortie de l’adaptation au cinéma réalisée par le Coréen Bong Joon-ho (réalisateur de The Host) est l’occasion de redécouvrir ou, en ce qui me concerne, de découvrir, Le Transperceneige, BD française de science-fiction post-apocalyptique assez sombre aux allures d’allégorie politique. Bong Joon-ho donne une adaptation très différente de la BD d’origine, mais qui en respecte les grandes lignes pour mettre l’intrigue au service d’un film d’action intelligent, quoique sombre et entraîné par les conventions du genre à une surenchère de violence.

De la bande dessinée…

Le Transperceneige a été créée en 1982 par  Jacques Lob (au scénario) et  Alexis (au dessin). Malheureusement, Alexis meurt après avoir dessiné dix-sept pages. Le dessinateur Jean-Marc Rochette prend le relai et la BD peut être achevée. Elle rencontre alors un gros succès. Lob meurt en 1990. Mais un deuxième et un troisième tomes paraissent dans les années 1990-2000 avec un autre scénariste,  Benjamin Legrand. Malgré cela, la BD s’acheminait vers l’oubli jusqu’à ce qu’une édition coréenne pirate permette au réalisateur Bong Joon-ho de lire la BD : conquis, il décide d’en réaliser une adaptation libre au cinéma.

Le pitch de la BD en deux mots : le monde a été ravagé par un cataclysme dont on ne connaît pas bien la nature au début ; tout ce qu’on sait, c’est que le monde est devenu une étendue de neige glaciale où l’humanité ne peut plus survivre. Au beau milieu de ces déserts glacés, l’humanité survivante s’est calfeutrée dans les wagons d’un gigantesque train, le Transperceneige, qui roule sans fin au milieu des étendues arides. Dans ce train, les travers de la société humaine transparaissent aussi bien que dans les anciennes villes : les plus riches ont droit aux wagons de première classe en tête du train, tandis que les plus pauvres s’entassent en queue dans des wagons à bestiaux, survivant tant bien que mal dans ces conditions de vie épouvantables. L’histoire commence lorsqu’un misérable loqueteux quitte son wagon de queue pour tenter désespérément de rejoindre des wagons un peu plus habitables.

À ma honte, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout cette BD, alors que je pensais être à peu près au courant des grands classiques de la BD de SF des années 1980… L’occasion de combler une lacune, donc ! J’ai pris le parti de lire la BD avant d’aller voir le film, mais je n’ai pu mettre la main que sur le premier tome, qui forme déjà une intrigue complète. C’est de la SF noire solide, le huis clos oppressant dans le train aux allures de fin du monde fonctionne très bien et la seconde lecture d’allégorie politique (voire philosophique) ajoute à l’intérêt de l’ensemble. L’intrigue m’a paru très resserrée, parfois au point de me faire regretter qu’on n’en sache pas plus sur les détails de cet univers, mais il vaut mieux que l’histoire soit passée par-dessus tout, car, de, cette façon, le rythme ne faiblit pas et on ne quitte pas des yeux les grandes lignes de l’intrigue et de l’univers lui-même.

… au film

Venons-en au film. Je l’ai trouvé très bon, dans la catégorie « film d’action intelligemment conçu ». Le scénario contient pas mal de différences de détail et d’innovations par rapport à la BD, mais en conserve le principe général, l’état d’esprit et la réflexion politico-philosophique.

Le scénario va du bon à l’excellent, les deux heures sont densément utilisées, tous les côtés classiques ou prévisibles de l’histoire sont évités ou ingénieusement négociés pour éviter les gros poncifs (autrement dit, même dans les moments les plus attendus, on évite ces fameuses répliques hollywoodiennes creuses qui vous arrachent des soupirs ou des yeux au ciel). Les « méchants » sont tous très réussis, chose très importante dans un film à suspense. Les personnages principaux sont nuancés, ni tout noirs ni tout blancs. Et la dernière partie du film est riche en rebondissements bien trouvés qui maintiennent l’intérêt jusqu’au bout. Un certain nombre de choses à la toute fin sont laissées dans l’incertitude pour le plus grand bien du scénario (1).

L’image, les décors, costumes, lumières etc. sont très soignés même si ça reste un brin esthétisant par endroits. On sent un cinéaste aux commandes. Le montage arrive à générer l’angoisse et à alimenter la tension dramatique sans tomber dans la frénésie, le rythme du film est vraiment travaillé (plus lent et mieux dosé que ce qu’aurait fait un blockbuster attendu). La musique entretient à souhait l’angoisse et la peur, et les acteurs s’en tirent très bien.

Un choix du film qui contribue à rendre son visionnage éprouvant et qu’on pourrait lui reprocher, c’est une certaine surenchère dans la violence par rapport à la BD. C’est vraiment une tuerie, même si heureusement il n’y a pas que de ça. Ce qui fait la différence avec un film d’action bas du front, c’est l’absence de complaisance ou d’esthétisation de la violence la plupart du temps. D’abord parce que, comme les personnages sont bien posés, on a vraiment mal pour eux. Mais aussi parce que le film recourt parfois à l’humour grinçant et au grotesque, au point que j’ai parfois pensé aux sketches les plus noirs des Monty Python (mais c’est sûrement parce que j’ai revu leurs films récemment : en fait, on pourrait plutôt comparer ça à un film comme Brazil). Il y a des scènes extrêmement réussies de ce point de vue, comme celle du pont Ekaterina ou de l’école.
Cela dit, je me demande quand même si on avait besoin de tuer ou d’abîmer autant de personnages en cours de route… même la BD est moins meurtrière que ça. Il y a une part de saturation inutile dans les images de violence, comme dans pas mal de films récents. On pouvait faire aussi peur sans montrer autant de sang et de bouillie. Mais le film a la qualité d’être très loin de se résumer à ça ou de se laisser aller à la facilité de ce point de vue. Cette façon de coller à la tendance générale actuelle dans les films d’action me semble simplement limiter l’ambition du film, qui ne réussit qu’à être un exemple particulièrement bien ficelé de ce qui se fait en ce moment dans ce genre de film, plutôt qu’un film d’auteur complet qui saurait s’affranchir vraiment de ces conventions afin de développer une réflexion et une esthétique pleinement originales.

J’aurais tendance à conseiller de prévoir de voir le film à plusieurs et d’aller se boire un verre ou faire des trucs qui donnent le moral après, quand même. Le film partage la réflexion politico-philosophique de la BD et la rend même encore plus noire, même si elle n’est pas complètement désespérée non plus.

(1) <Quelques révélations sur le film :> La part de bluff et de manipulation dans les révélations de Wilford à Curtis à la fin, ou encore la part d’hallucination dans les combats finaux avec le tueur sadique qui se relève miraculeusement… <Fin des révélations.>

Message initialement publié sur le forum elbakin en octobre 2013, rebricolé ensuite.

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[Film] « La Colère des Titans », de Jonathan Liebesman

19 juillet 2012

Affiche du film "La Colère des Titans", représentant Persée au premier plan, et, à l'arrière-plan, des humanoïdes monstrueux à six bras armés d'épées.Message posté sur le forum du site Elbakin le 11 avril 2012.

Vu hier. Bon… j’y allais en m’attendant vraiment au pire, et du coup j’ai plutôt passé un bon moment, même si ça s’oublie dès la porte de sortie passée.

Sur le plan des effets spéciaux et des scènes d’action, c’est globalement mieux que le premier, les monstres et les décors sont soignés et la réalisation met mieux les effets spéciaux en valeur, notamment dans la scène finale. Du coup on peut y aller en mode « Just Here For Godzilla ». (Quoique, si je devais conseiller un film à aller voir purement pour les effets spéciaux en ce moment, ce serait plutôt John Carter, c’est plus joli…)

Petites déceptions toutefois sur ce plan-là :

[spoiler]– Le minotaure est très laid. C’est un démon cornu, pas un homme-taureau.

– Cronos n’a pas la moindre personnalité, c’est un gros truc en lave inexpressif. Quand on a connu le Cronos de la BD Le Fléau des dieux, celui-ci fait très pâle figure. Encore une fois, je ne peux pas m’empêcher de penser à l’Hercule de Disney avec ses titans « élémentaires » gros et bêtes.[/spoiler]

Du côté de l’histoire, ça reste du très léger, avec des trous énormes dans le scénario, mais c’est un peu meilleur que le premier et ça se laisse regarder. L’avantage (et l’inconvénient), c’est que le film garde en gros le même esprit que le premier, c’est-à-dire qu’il ne se prend pas vraiment au sérieux. C’est un avantage parce que ça évite le sérieux-hollywoodien-bas-du-front qui est si agaçant dans d’autres films, et ça sauve le résultat de la nanarditude absolue. Mais c’est aussi un inconvénient parce que le résultat n’a aucune grandeur épique. Ça n’essaie même pas d’installer une grandeur épique quelconque, à vrai dire (on est à mille lieues des Immortels). C’est un peu comme le premier, ça me fait penser à un compte rendu de partie de jeu de rôle mythologique, juste avec un gros budget. Selon les avis, ce sera un moment sympa oubliable ou bien un navet (plus qu’un nanar, c’est-à-dire pas assez drôle pour être regardé en tant que nanar).

Si on a vu le premier, on voit que la suite tire quand même vaguement parti du fait d’être une suite, ce qui donne mécaniquement un tout petit peu d’épaisseur supplémentaire aux personnages. Bon, ça ne va vraiment pas loin, mais ça creuse quand même un poil l’histoire du cosmos mise en place par le premier pour justifier les divers retournements d’alliances entre divinités, et puis on retrouve Hélios (le fils de Persée).

Gros avantage : ce n’est pas trop long. Plus long que ça pour un film comme ça, ça aurait été barbant. Là, il y a deux-trois longueurs, mais globalement ça va.

Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il y a plus de rapports avec la vraie mythologie que dans le premier – mais toujours sur le mode « joujoux & réécritures » (d’autant qu’ici ce n’est plus l’adaptation d’un mythe antique précis, on bascule vraiment dans la fantasy mythologique – ce qui me convient limite mieux). Mais disons que si on connaît un peu la mythologie, il y a de quoi s’amuser avec quelques petits trucs pas mal réussis :

[spoiler]- Arès est vraiment tel qu’on l’imagine.

– Les Cyclopes et Héphaistos apparaissent dans des rôles globalement proches de leur vrai rôle dans les mythes antiques.

– La façon dont Héphaistos est introduit est amusante (il est présenté comme « the Fallen », ce qui est techniquement vrai puisque, enfant, il a été balancé du haut de l’Olympe par Zeus). Et sa personnalité un peu barrée n’est pas une invention absurde.

– Tout le côté « les dieux risquent de mourir » est bien sûr totalement copié sur plein d’autres trucs, mais n’est pas mal ficelé dans le scénario et rend notamment Hadès plus intéressant.

– La scène où Zeus et Hadès se tapent sur l’épaule en évoquant leur folle jeunesse de titanomaques avant de retourner jeter leurs derniers pouvoirs dans la baston m’a fait sourire.[/spoiler]

Il y a évidemment des choses qui sortent de nulle part avec des résultats aléatoires :

[spoiler]– Agénor. Le personnage en soi, pourquoi pas, mais pourquoi l’appeler Agénor ? Il n’a rien à voir avec le vrai Agénor, à part d’être le fils de Poséidon (et en plus c’est gênant parce qu’en vrai Agénor est supposé être le père d’Io et on avait une Io dans le Choc des titans, donc ça embrouille tout). Il ressemble beaucoup plus à un genre d’Ulysse (en étant méchant avec Ulysse).

– Situer les forges d’Héphaistos sur  »île de jesaisplusquoi. Ils avaient peur de laisser les forges d’Héphaistos là où elles sont normalement ? Enfin bon c’est pas le plus grave, ça justifie le rôle d’Agénor.

– La lance de Trium. Et la Gorgone elle met le chocolat dans le papier d’alu. Franchement, ils auraient dû aller jusqu’au bout et appeler ça la Triforce, ça aurait évité ce nul nom de « lance de Truc-qui-veut-dire-trois ». (Et naturellement ça ne correspond à rien dans la mythologie grecque antique non plus.)[/spoiler]

Et si on a vu le vrai Choc des titans, celui de 81, il y a un caméo marrant (avec une allusion mieux faite que dans le Choc des titans 2010), à savoir, pour l’anecdote :

[spoiler]une autre apparition de Bubo conjuguée à celle d’Héphaistos, qui fabrique Bubo dans le Choc des titans de 1981.[/spoiler]

Au chapitre des reproches, comme je l’ai dit, le scénario est bourré d’invraisemblances et de trous gros comme ça. Et en plus, il manque cruellement d’originalité : si vous avez vu Les Immortels, vous retrouverez de GROSSES ressemblances dans le scénario et même plusieurs scènes… sauf qu’à tout prendre je préfère encore Les Immortels, plus audacieux visuellement et plus habiles dans sa réappropriation de la mythologie (quoique plus nanardesque pour les mêmes raisons de 300, à savoir à la fois ultra-violent et terrrrrrriblement bas du front). Ajoutons à ça des allusions à  Star Wars qui servent à rien, une tendance à copier Le Seigneur des Anneaux dans la réalisation… et j’ai dû en manquer.

Pitié, pour les prochains, laissez ces pauvres titans tranquilles et prenez enfin un autre thème. Les mythologies sont assez riches pour ça…

Les acteurs font leur boulot, je n’ai rien remarqué de trop horrible. J’ai découvert les deuxième et troisième expressions faciales possibles de Sam Worthington, ce qui fait déjà trois fois plus que dans le premier. Ce n’est franchement pas désagréable d’avoir Liam Neeson et Ralph Fiennes à l’écran, on sent qu’ils s’amusent mais c’est communicatif. Même Andromède fait des jolis sourires (et dirige des bataillons, aussi – ça sert à rien mais bon voilà, il y a un personnage féminin dans le film qui fait des trucs vaguement classes : c’est vraiment pour l’alibi).

La musique fait son boulot pas trop mal, à vue d’oreilles.

Conclusion : légèrement mieux que le premier, ça bâtit un peu un univers autour, c’est meilleur en effets spéciaux et en réalisation. Mais ça reste trèèèès léger et popcornesque. Ça ne fait réfléchir à à peu près rien, ça n’a pas de souffle épique, ça n’est même pas vraiment une aventure prenante. Dispensable, sauf si ça vous fait vraiment triper de voir de la mythologie sur grand écran (c’est mon cas).

(Et si vous voulez voir une aventure prenante, un univers cohérent, un scénario mieux foutu et qui fait au moins réfléchir et rêver un brin plus, il y a toujours John Carter, mais je ne suis pas objectif.)

EDIT le 24 juin 2013 : des visiteurs aboutissent régulièrement à mon blog en cherchant « lance de Trium« . À leur attention : 1) Oui, c’est bien dans La Colère des titans qu’il est question de cet objet. 2) Non, il ne correspond à rien dans les mythologies antiques, c’est une pure invention qui fait plus penser à Zelda qu’autre chose. (Pour le coup je trouve cette invention ratée, cet objet ne ressemble à rien et a vraiment l’air d’être là pour les besoins du scénario à un instant t. Quand on sait à quel point la vraie mythologie grecque antique regorge d’objets intéressants et de lieux extraordinaires, on se dit qu’il y a comme un potentiel gâché dans cette affaire…)


[Film] « John Carter », d’Andrew Stanton (Disney/Pixar)

19 juillet 2012

Affiche du film John Carter, représentant au premier plan John Carter monté sur un animal reptilien à six pattes. A l'arrière-plan, deux autres personnages principaux, la princesse de Mars Dejah Thoris et la Thark Sola, montant des animaux similaires, et sur le côté Woola, sorte de chien extra-terrestre à dix pattes. Le tout sur fond de désert martien, avec la silhouette de la Terre à l'horizon.

Forum elbakin.net, printemps 2012.

Et donc j’ai enfin vu John Carter hier soir. Eh bien, je ne regrette pas de m’être déplacé, j’ai passé un très bon moment.

Je n’ai pas lu le roman, donc je ne pourrai pas faire de comparaison avec, mais l’histoire a visiblement été un peu adaptée, notamment parce qu’on y voit brièvement Edgar Rice Burroughs lui-même (ce n’est pas vraiment un spoiler, il apparaît très vite).

L’intrigue générale « sent » sa SF du début XXe… et c’est très bien comme ça : ce sont des ficelles classiques mais qui, en l’occurrence, sont très bien exploitées par le réalisateur. Le « récit-cadre » sur Terre est un peu surprenant et peut paraître téléphoné au départ, mais prend tout son sens au moment du dénouement, ingénieux et bien pensé, qui clôt l’histoire de façon assez satisfaisante tout en ménageant une suite possible. Le gros de l’histoire, sur Mars, a son côté « pulp », mais c’est du pulp au bon sens du terme : du divertissement de qualité, classique dans ses grands ressorts mais soigné dans le détail et contenant quelques bonnes idées dans le scénario et la mise en place de l’univers.

La complexité du scénario et la profondeur donnée au personnage principal placent clairement l’ensemble un cran au-dessus du blockbuster de base. Le film ne révolutionne pas le genre (ce serait difficile à faire quand on adapte un classique déjà ancien), mais c’est un bon film d’aventure, qui arrive à mes yeux à planter un univers différent de Star Wars et compagnie. Personnellement ça m’a paru plus loucher du côté de Dune (probablement à cause du mélange planète désertique + complots), avec une atmosphère générale moins sombre et moins mystique. Ou alors de Stargate (le film), pour le côté « étranger débarquant au milieu d’une guerre sur une autre planète », en beaucoup moins primaire (heureusement) et sans le côté militaire agaçant.

Sur le plan visuel, c’est très beau. C’est une Mars de SF comme on aimerait la voir plus souvent (c’est vrai, quoi, c’est pas parce que les astronomes nous disent que les autres planètes sont toutes mortes qu’on n’a plus le droit de les imaginer autrement). J’ai été particulièrement conquis par les vaisseaux volants, splendides. Les Martiens rouges ont des tenues et des maquillages parfois un peu kitsch, mais ça n’est pas pire que l’épisode de Doctor Who moyen (ni que les costumes d’Amidala dans l’Episode I) et ça ne manque pas d’un certain charme – je range ça dans la même catégorie que le « neuvième rayon » et les robes affriolantes, ça fait partie du truc ! Les Tharks sont d’un réalisme étonnant et acquièrent peu à peu une identité propre, même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux orques de WarCraft III ou aux ET de Star Wars en voyant leur tête. L’univers visuel est vraiment très soigné et bien mis en valeur, et c’est la première fois que je regrette de ne pas être allé voir le film en 3D, je me serais sûrement beaucoup plus amusé que devant Avatar.

Je n’avais rien lu sur la BO avant de voir le film, mais j’ai été agréablement surpris par sa qualité, dans le genre classique mais bien fait, là aussi.

Une qualité du film qui n’a pas été assez mise en valeur à mon sens, c’est qu’il pose vraiment un univers de SF très grand public, compatible enfants, et pour une intrigue pareille il fallait réussir à le faire. Il y a de la fantaisie, de l’humour, et en même temps des enjeux dramatiques forts, et le tout s’équilibre bien. Il y a plein de combats mais la violence reste très édulcorée. Là encore, la promo n’a pas su tirer parti de ça, alors que c’est une force du film : ça change agréablement des films plus orientés action et je suis à peu près certain que si j’avais vu ça à 9-10 ans, non seulement ça ne m’aurait pas fait trop peur, mais j’aurais été complètement fan.

Bon, j’ai bien quelques reproches :

– le montage est parfois trop nerveux (il y a quelques enchaînements de plans trop rapides, voire moyennement compréhensibles, qui nécessitent un temps d’arrêt pour se dire « … Ah, OK, il s’est passé ça » ; heureusement ça n’arrive que 3-4 fois dans le film)

– les acteurs principaux ne brillent pas toujours par leurs performances ébouriffantes : Carter, ça va, sans plus, et la princesse est franchement un peu cruche par moments (dommage, avec un meilleur jeu ça aurait terminé de donner de l’ampleur à son personnage, par ailleurs bien pensé et qui fait bien la paire avec Carter).

– il y a quelques invraisemblances ou éléments pas bien expliqués :

Spoiler: * Le moment où pouf, d’un coup Carter comprend les langues martiennes alors qu’avant il n’y entravait rien. C’est peut-être dû à la « voix de Barsoom » qu’il entend quand on lui fait son initiation truc-chose chez les Tharks, mais si c’est ça c’est franchement pas clair dans le film.

* Dans la grande baston finale, au moment où Carter est sur le point de se faire étouffer, le Woolah arrive et bousille par miracle le bracelet du méchant, et pouf, Carter est libéré. Intelligent, le chien alien… /Spoiler.

Mais ça reste bénin par rapport au blockbuster moyen, quand même.

Je comprends aussi un peu les reproches qu’on a pu faire au scénario – c’est vrai que l’intrigue prend du temps à se mettre en place et peut sembler manquer de cohérence, mais personnellement je trouve que l’histoire y gagne en richesse et en complexité, je ne crois pas que ce soit un défaut.

Les Grands Méchants m’ont paru particulièrement réussis, même si

Spoiler: effectivement les motivations des « Therns » restent assez floues, on a l’impression qu’ils sèment le chaos simplement pour le plaisir (ou alors ils épuisent les ressources des planètes pendant que les indigènes se tapent dessus entre eux ?). D’un autre côté, la peur qu’ils inspirent vient aussi du mystère qui les entoure, et je ne sais pas s’ils auraient gagnés à être mieux « expliqués ». On en fait qu’entrevoir leur existence, on sait qu’ils sont actifs sur plusieurs planètes et qu’ils ont des pouvoirs redoutables… On en saurait plus dans une suite, mais dévoiler tout tout de suite n’aurait sans doute pas été un bon calcul. /spoiler

Bref, un fort bon film, qui a vraiment l’air d’être sous-estimé, voire snobé, pour je ne sais pas trop quelle raison. C’est fou comme les marketingeurs/critiques ont pu être formatés par Star Wars et les licences à gros sabots…. J’espère tout de même que le film fera une bonne fin de carrière en salles, et s’il y a une suite, j’irai la voir volontiers.

Et ça donne envie de lire les livres, aussi.

EDIT : Ainsi je lus les livres, ou du moins, pour commencer, le premier tome du cycle : A Princess of Mars. Une petite présentation et mon avis se trouvent ici.


[Film] « Melancholia », de Lars Von Trier

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 28 août 2011.

Vu Melancholia. Pas convaincu, j’hésite entre Déconseillé et Sans plus. Le film m’attirait malgré les commentaires beaufesques de Lars Von Trier au festival. Le sujet est intéressant, le traitement est vaguement plus subtil que ce que la grosse production américaine de base aurait fait… mais finalement pas beaucoup plus.
La première partie (sur Justine) est bien, peut-être en partie parce que le sujet de la fin du monde y reste assez effacé et se prête donc à des interprétations fantastiques (est-ce que ça va vraiment être la fin du monde ou est-ce que c’est juste l’histoire d’une dépression). Mais la deuxième partie (sur sa soeur, Claire) m’a paru bizarrement beaucoup plus faible. Le film hésite trop entre un traitement réaliste du sujet (avec données scientifiques, spéculation sur les réactions des gens, etc.) et quelque chose de plus symbolique ou psychologique. Et finalement ça ne ressemble pas à grand-chose, et ça ne se détache pas assez des clichés fantastiques (la femme qui sait les choses d’instinct, joue la prophète de malheur et regarde impassible le monde s’écrouler… ouais, bon, ça va deux secondes) et des stéréotypes  vus et revus (bon, on se retrouve tous en famille et on fait joujou avec les enfants). Du coup, il n’y a pas vraiment de réflexion fouillée, moins d’originalité que ce que j’attendais… et la claque visuelle du début du film ne se prolonge pas dans la suite. J’ai été déçu…


[Film] « Centurion », de Neil Marshall

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 13 juillet 2010.

Je reviens de voir Centurion, de Neil Marshall (en 2D). Le monsieur avait fait le film The Descent, et était donc surtout connu dans la catégorie horreur/action, semble-t-il. La bande-annonce laissait espérer le meilleur comme le pire. Avec ça, très très peu de promo autour du film, je n’en ai entendu parler que parce que j’ouvre l’oeil sur les sorties de péplums.
Et en fait, ce film est… bon !  Par rapport à d’autres péplums que j’ai vus récemment, surtout des grosses machines du genre Troie ou Le Choc des titans, il s’en tire très bien (avec un budget nettement plus bas, je suppose), et n’a rien à leur envier en subtilité – ce serait presque plutôt le contraire.
Un mot sur l’histoire : quelque part au IIe s. ap. J.C., les Romains ont changé l’Angleterre en une province d’empire, mais ont fort à faire avec les Pictes (ceux qui se peignent en bleu). Le personnage principal, Quintus Dias, est un centurion de l’armée romaine stationné dans une garnison locale. Lorsque la garnison est attaquée et saccagée par les Pictes, il est capturé par eux parce qu’il sait parler leur langue. Il finit par s’évader et par rejoindre la 9ème légion, qui a été chargée entre temps de lancer une attaque décisive contre les Pictes. Malheureusement, la bataille ne tourne pas exactement comme prévu, et Quintus Dias se retrouve à la tête d’une poignée d’hommes, en plein territoire barbare.
Difficile d’en raconter davantage sans dévoiler les rebondissements de l’intrigue. En termes d’exactitude historique, il y a quelques libertés, comme dans tous les péplums ; concernant les Pictes, je ne connais pas assez le sujet pour savoir. Mais (c’est le principal) l’ensemble est crédible, et tout sauf manichéen. Les Pictes sont certes l’ennemi par excellence, mais ils ont des raisons d’en vouloir aux Romains, qui ne sont pas blancs-bleus non plus – le film contient une véritable réflexion politique qui prend tout son sens vers la fin.

(spoiler) Autant, au début du film, tous les personnages sont galvanisés dans leur volonté de servir Rome, autant ils se rendent compte progressivement qu’ils ont été abandonnés, voire même, à la toute fin, que les généraux n’ont pas vraiment intérêt à laisser vivre les survivants de la 9e légion ! (/spoiler)

En dehors de cela, c’est un film d’aventure et d’action très honorable, qui prend rapidement la forme d’une chasse à l’homme où les Romains ont le dessous, et où il s’agit avant tout de survivre et de rentrer chez soi. Les scènes d’action et de combat sont fréquentes et pas propres, mais elles ne remplacent pas le scénario et la violence n’est ni gratuite, ni complaisante, ni esthétisée (rien à voir avec 300 par exemple). Les Pictes sont campés en guerriers farouches, et la chasseresse Etain fait un Grand Méchant particulièrement réussi, avec un côté « Princesse Mononoke maléfique ». Si Olga Kurylenko ne fournit pas à Etain un registre d’expression ahurissant de subtilité (je ne sais pas si le rôle s’y prêtait énormément), Michael Fassbender joue très bien et campe un Quintus Dias qui a tout d’un bon héros hollywoodien et qui ne manque pas d’une certaine classe (en plus il est beau).
La réalisation est plutôt bonne, les scènes d’action sont confuses quand c’est confus (i.e. un gros massacre) et lisibles quand il le faut (en particulier vers la fin). Les paysages et les décors sont très réussis, il y a vraiment de belles images, et la musique d’Ilan Eshkeri (qui avait fait celle de Kick Ass, semble-t-il) fait bien son travail. Le seul truc que je n’ai pas aimé sur le plan esthétique, ce sont les génériques visiblement taillés pour la 3D et qui sont plus kitsch qu’autre chose, mais le film lui-même, heureusement, n’a pas recours à des facilités de ce genre.
L’ensemble m’a surpris en bien, et m’a fait penser, pour l’histoire et l’atmosphère, à un bon Thorgal, ou à la nouvelle de Janua Vera de Jaworski qui met en scène des « barbares ». Du coup, je regrette que ce film n’ait pas eu droit à plus de promotion, parce qu’il en vaut largement la peine. Dire qu’à Paris il passait dans trois salles, en première semaine ! Il n’y a plus qu’à espérer que le bouche à oreille joue en sa faveur et qu’il fasse une bonne carrière en DVD, parce qu’à mon sens il le mérite largement.


[Film] « Le Choc des titans », Louis Leterrier

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 9 avril 2010.

Or donc j’ai vu le film hier soir, en VO et en 2D. J’avais pris la précaution de ne pas trop m’emballer et de partir sans attente particulière, pour ne pas être trop déçu au cas où, et j’ai bien fait. J’ai passé un bon moment, mais mon avis global reste : pas mal, mais peut mieux faire.

Ce que j’ai bien aimé :
– c’est ENFIN un vrai péplum mythologique. Entre Troie et son adaptation pseudo-historique privée de merveilleux et 300 avec son look de Léonidas au pays des Duke Nukem qui remplaçait tout par des zombies et des piercings, ça fait combien de temps qu’on avait pas eu ça ? Enfin quelqu’un qui ose ressusciter le genre ! Enfin des bonnes vieilles créatures mythologiques et des dieux à l’écran ! Youpi !

– visuellement, c’est beau. Les décors, costumes, dieux, monstres, etc. sont bien faits. Il y a des plans vraiment superbes, notamment la ville d’Argos, et des paysages bien choisis. La qualité globale des effets spéciaux est là. Les dieux sont kitsch, mais ils sont objectivement très durs à représenter à l’écran, et Leterrier a le mérite de s’y être essayé franchement (contrairement à ce lâcheur pseudo-historicisant de Wolfgang Petersen avec Troie). Et le résultat n’est pas si mal, c’est une vision des dieux très au goût du jour : des dieux en armure, puissants et très conscients de l’être – l’ensemble a un côté très comic (et m’a fait penser au Fléau des dieux, aussi). On peut aimer ou non, personnellement je trouve que ça ne rend pas si mal.
– ce n’est heureusement pas *juste* une guerre entre les humains et les dieux, c’est un peu plus subtil que ça. Il y a beaucoup de trucs dans le film qui ne sont pas subtils, mais là ça va. J’ai eu les mêmes craintes que Roland Vartogue quand j’ai vu les bandes-annonces : « encore un film qui plaque un affrontement hommes/dieux sur la mythologie grecque ». En fait, non : sans dévoiler le détail du scénario, tous les dieux ne sont pas méchants, et Persée ne fait pas *que* lutter contre « les dieux » (il est surtout fâché contre un, en fait). Et le cours du film apporte quelques nuances. Le Grand Méchant du film est certes Hadès, et, certes, l’histoire selon laquelle il a été « arnaqué » par Zeus ne correspond à rien. Mais ce n’est pas si choquant, dans la mesure où :
1) même si ça ne va jamais aussi loin, Hadès est tout sauf une divinité sympathique dans la mythologie (en fait on le voit assez peu, sauf quand il enlève Perséphone, mais il est très craint, comme tout ce qui touche aux Enfers), et accessoirement, les disputes entre les « trois frères » Zeus/Poséidon/Hadès existent, on voit notamment des accrochages entre Zeus et Poséidon dans l’Iliade, donc Hadès pourquoi pas ?
2) si on revient sur ce qui se fait en récits mythologiques de nos jours, c’est quand même une tendance lourde de faire soit d’Hadès, soit des Titans (soit des deux) les méchants de l’histoire. En l’occurrence, on est complètement dans la lignée de l’Hercule de Disney ^^

– le film est très enlevé, les péripéties s’enchaînent vite, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Ce qui explique aussi que tout soit plié en moins de deux heures. Ça contribue en partie à sauver le film de ses défauts, parce que si ça avait duré plus longtemps, on se serait ennuyé, sans aucun doute possible…
– le film est un remake qui s’assume, c’est-à-dire qu’il y a une ou deux allusions au premier film qui sont plutôt sympathiques (j’en ai repéré une, la plus évidente, mais il y en a peut-être d’autres, je n’ai pas eu le temps de revoir l’ancien en entier avant d’aller voir le remake). De même, le scénario est repris du premier, mais apporte son lot de nouveautés plutôt intéressantes. Bref, c’est un remake qui contient une part d’hommage et qui n’ignore pas superbement son prédécesseur : plutôt élégant de la part de Leterrier.

(Spoiler) L’allusion : quand Persée tombe sur la chouette mécanique parmi l’équipement des soldats d’Argos. Un instant j’ai même cru qu’ils allaient vraiment utiliser ce personnage, dommage ! (/spoiler)

Les modifications :
– tout l’épisode des scorpions a été très amplifié et nuancé par rapport au premier film, où, dans mon souvenir en tout cas, il se résumait à « faire apparaître deux gros scorpions qui essaient de tuer Persée, qui les tue, et c’est tout ». Ici, outre que la naissance des scorpions est bien amenée (la main tranchée et les gouttes de sang), ils jouent un rôle plus nuancé grâce à l’intervention des djinns, qui n’étaient pas dans le premier film si je ne me trompe, et qui sont l’occasion d’un petit cross-over mythologique assez sympathique (très politiquement correct, les « Orientaux qui en fait sont nos alliés », certes, mais ça change agréablement de 300).
– en revanche, il me semble qu’Io est un ajout pur et simple, puisque dans mon souvenir c’est Athéna qui jouait un rôle équivalent dans le premier film (d’où la chouette mécanique). Ce changement-là ne s’imposait pas et il dessert le scénario plus qu’autre chose – dommage.

Ce que j’ai pas aimé :
– la musique est, heu, basique, pas subtile du tout, à base de « broum broum » (et de petites flûtes dans les scènes émouvantes). On a évité le « yaryaryar tribal plaintif » de Troie qui donne envie de mettre des baffes, mais quand même, ça ne dépasse pas le minimum syndical. Dommage.
– Sam Worthington est *snif* mauvais 😦 Dans Avatar ça ne se voyait pas, mais là, ça ne pardonne pas. Ce type est aussi peu expressif que Charon (et encore).

(Spoiler) Il est victime du tic qui consiste, pour essayer de rendre une réplique crédible, à hocher la scène en fronçant les sourcils d’un air déterminé. C’est juste mauvais (mais très hollywoodien). Autre exemple, la scène où il voit Pégase pour la première fois : il devrait au moins essayer d’avoir l’air étonné, je ne sais pas, moi, un cheval avec des ailes, ça ne se voit pas tous les jours, surtout quand on est pêcheur – mais non. (/spoiler)

– la réalisation est très inégale, parfois très brouillonne. Certaines scènes de bastons sont beaucoup trop confuses, ça va à toute vitesse, on ne comprend pas forcément tous les enchaînements et on n’a pas toujours le temps de profiter des effets spéciaux. D’autres scènes tombent complètement à plat :

(spoiler) l’entrée en scène de Pégase, par exemple. (/spoiler)

Heureusement, les scènes les plus importantes (en particulier le Kraken) restent soignées.
– les dialogues sont affreusement… je ne sais pas, hollywoodiens (mais du mauvais Hollywood). On ne compte pas les phrases à l’emporte-pièce sur le destin, le courage, etc., les petites phrases taillées comme des « répliques qui font classe » (sauf qu’en fait non), les harangues ratées, et certaines scènes sont simplement navrantes : (spoiler) la harangue avant l’entrée dans la tanière de Méduse, la mort d’Io… (/spoiler)

– Io (Gemma Arterton, d’ailleurs mignonne comme tout) doit porter à peu près un coup au combat pendant tout le film et se cantonne ensuite à un rôle de vague conseillère sentimentale. Pour la touche de féminité au sein du groupe d’aventuriers, on repassera…
– on ne voit pas assez Nicholas Hoult (une vraie bombe sexuelle en jeune étudiant dans A Single Man, et ici dans le rôle d’Eusabios) !

Ce qui est à double tranchant :
– contrairement à ses prédécesseurs néo-péplumesques, ce Choc des Titans ne se prend pas complètement au sérieux. Il y a pas mal d’humour, qui marche plus ou moins bien selon les séquences (ex. les deux chasseurs de monstres deviennent un peu lourdingues sur la fin, heureusement on les voit assez peu), mais surtout l’ensemble a un aspect très ludique, Leterrier s’amuse avec son histoire et ses personnages et y prend plaisir – ça se voit, et c’est assez communicatif. J’ai eu parfois l’impression d’être devant une gigantesque bonne vieille partie de jeu de rôle filmée, qui me donnait envie de sortir mes dés et mes feuilles de persos et d’aller jouer la suite entre amis. L’inconvénient, c’est que le film y perd en élégance et en « standing », et que cette composante d’autodérision tire l’ensemble vers la série B de luxe plutôt que vers la « grande épopée impressionnante » que recherchait le premier Choc.
– le générique de fin, très drôle mais horriblement kitsch.

Bref, un bon moment, et un péplum amusant, une fois qu’on le replace dans le contexte du genre et de ce qu’on peut en attendre ces temps-ci ; mais ce n’est pas le grand film que j’espérais, et il aurait été possible de faire nettement mieux sans trop de difficultés (ne serait-ce qu’en soignant un peu plus la mise en scène, en virant les infidélités mythologiques les plus inutiles, et en engageant un meilleur compositeur pour la BO). Mais le film a le mérite d’exister : il n’y a plus qu’à espérer qu’il aura assez de succès pour convaincre d’autres réalisateurs de faire revivre le genre.

L’affiche du premier « Choc des Titans », celui de Desmond Davis, en 1981.


[Film] « Avatar », de James Cameron

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 8 janvier 2010.

Vu hier. En 3D, naturellement (mon premier film en 3D, et j’espère pas le meilleur).
C’est un très beau nanard…

Visuellement, c’est pas mal, ça va du moyen au très bon selon les séquences. On sent quand même lourdement l’ordinateur, un peu comme dans les derniers Star Wars, et les choix graphiques pour les animaux et les plantes donnent des résultats très variables, allant du très beau au « Pitié, j’ai mal aux yeux… ». Certaines ambiances colorées font penser à des posters cheap avec du bleu nuit, du violet et du rose et des effets lumineux faciles (i.e. même pas spécialement beaux). Et certains plans sont ruinés par une mise en scène pas spécialement raffinée…

(spoiler : exemple : les montagnes volantes de l’affiche : on a une belle montée en puissance avec le dialogue entre les personnages, puis le vol et l’arrivée devant les monts flottants ; les personnages découvrent les monts Hallelujah, plan large sur les rochers volants, bouches ouvertes des personnages… et c’est déjà fini. J’ai eu l’impression de les voir à peine, alors que pour le coup c’était beau.)

(spoiler : autres exemples : certains plans larges, vers la fin, sur la flotte des vaisseaux approchant des montagnes, ou bien sur les ikrans, sont ruinés par des effets d’ajustement de zoom complètement inutiles.)

Les Na’vis sont très crédibles, très humains… beaucoup trop proches des humains ! Au point qu’on a parfois l’impression de voir des acteurs grossièrement maquillés. Pour une peuplade lointaine, ça aurait marché, mais pour une espèce extra-terrestre, ce n’est pas génial.

Restent les vaisseaux, les engins et les décors des jungles de Pandora, qui sont en effet superbes (sauf les passages en violet et rose).

L’univers ? Passable. L’aspect visuel est bien, oui, pas de problème. Mais Pandora est un monde très classique, ce qui pourrait quand même donner quelque chose de très bien si le background ne restait pas aussi affreusement simpliste. Deux ou trois décors, deux ou trois créatures, un cadre général beaucoup trop terrien (la jungle) avec quelques plantes assez jolies, mais, au niveau créativité, ça n’atteint pas la cheville d’un Dark Crystal. Le tout sous-tendu par un symbolisme lourdingue au possible qui n’a aucun scrupule à utiliser des ficelles énormes déjà archi rebattues :

(spoiler) l’arbre-monde, le coup du « Mais en fait tout ça forme un réseau », la divinité simili-Gaia (évidemment ils sont monothéistes et évidemment c’est une déesse-mère) qui fournit d’ailleurs opportunément le deus ex machina de la fin, sans oublier l’élément le plus nanar du monde : les animaux USB. (/spoiler)

Et les Na’vis sont têtes à claque au possible : le cliché du peuple proche de la nature, au niveau technologique bas (aucune trace d’une évolution technologique, naturellement), réduit à une religion (aucune tension politique ou sociale, pas d’économie, pas de rivalité avec les voisins…), avec une culture réduite au minimum syndical (quelques colifichets génériques au possible, c’est tout ce qu’on verra de leurs arts), incapable de prendre des décisions par lui-même sans l’intervention du Bl- heu, Terrien venu de l’extérieur, et dont on retourne l’opinion comme une crêpe sans aucun problème, puisqu’il se comporte comme un bloc de foule soudé derrière un ou deux « vrais » personnages qui sont les seuls à avoir un minimum de volonté (et encore). Bref, le cliché du personnage collectif muet et télécommandé par les personnages principaux…

J’avais entendu le pire au sujet du scénario, et j’avais très peur, mais j’ai plutôt bien accroché… pendant la première demi-heure. Hélas, le film durait 2h40, et le scénario est devenu de plus en plus à baffer. C’est un amoncellement de clichés usés jusqu’à la corde, complètement téléphoné, bourré d’incohérences et d’invraisemblances plus grosses que le budget du film et si évidentes que ça en devient indécent. Le tout mortellement sérieux (ou alors drôle involontairement). On m’avait dit que c’était outrageusement copié sur Pocahontas : on avait eu raison. J’ajoute que si vous avez vu le dessin animé récent Mia et le migou, c’est exactement la même histoire, avec exactement le même pseudo-écologisme affreusement moralisant et culpabilisateur qui semble à la mode en SF/fantasy en ce moment (l’homme est forcément opposé à la nature, d’ailleurs la Nature va finir par tous nous tuer et ce sera bien fait pour nous ! *coups de fouet répétés*).

Bref, j’ai eu l’impression très agaçante de voir un film qui prend le spectateur pour un crétin, qui lui parle comme à un petit enfant, et qui n’hésite pas à sacrifier au passage l’univers et le scénario à un esprit allégorique moralisant dépourvu de toute nuance. Pour les gens qui n’ont jamais vu/lu de SF ou de fantasy, et qui ne verront pas à quel point c’est bourré de clichés, ça passera peut-être pour une belle fable écologique. Mais pour quelqu’un qui a un minimum l’habitude des (bons) univers de SF/fantasy, Avatar ressemblera surtout à un énorme gâchis de temps et de moyens, alors même que la trilogie du Seigneur des Anneaux et plusieurs autres bons films des années suivantes avaient montré que ce n’est pas parce qu’on a un gros budget et qu’on vise un large public qu’on est obligé de restreindre le scénario à un truc à peine digne d’être vu par un enfant de 5 ans.

Je continue à rêver à ce qu’un Spielberg aurait pu faire avec un sujet pareil… pas forcément beaucoup mieux, mais au moins la réalisation aurait été meilleure et le scénario un minimum décent…