[Film] « The Greatest Showman », Michel Gracey

26 mars 2018

GreatestShowman

Référence : The Greatest Showman, film musical réalisé par Michel Gracey, sur un scénario de Jenny Bicks et Bill Condon, avec une musique de John Debney et Joseph Trapanese, produit par Chemin Entertainment et Seed Productions, Laurence Mark Productions et TSG Entertainment, États-Unis, 2017.

L’histoire

The Greatest Showman se présente comme une comédie musicale inspirée de la vie de Barnum, le célèbre homme de spectacle américain du XIXe siècle connu pour ses freak shows puis son cirque. Le film relate rapidement l’enfance de Barnum dans un milieu pauvre puis son accession progressive au rang de « maître de la scène » (ou d’expert en fumisteries, selon les avis), sa relation avec son épouse, l’ouverture du musée Barnum, le recrutement et la mise en avant de la troupe dite des « freaks » et la collaboration avec la chanteuse d’opéra Jenny Lind. Le film est ponctué de nombreuses chansons.

Mon avis

Le film opte pour deux partis pris contestables. D’abord, il n’a pas grand-chose à voir avec la vie réelle de Barnum : c’est une comédie dramatique calibrée à la mode disneyenne (ce serait mieux passé en dessin animé, d’ailleurs, je crois), où Barnum est un gentil idéaliste pauvre qui devient le self made man américain typique et en profite pour aider les femmes à barbe, les nains, les géants, les siamois et tous les gens pas pareils à faire leur coming out dans un grand élan généreux et humaniste. Le film se veut rempli de bonnes intentions, mais, sur le plan de la vérité historique, ça ne tient pas la route une seconde dès qu’on connaît un peu le bonhomme. L’écart avec la réalité est si criant que j’ai eu l’impression d’entendre grincer des aiguillages à chaque nouvelle péripétie montrant la grande âme de celui qui était avant tout un homme d’affaires opportuniste et cupide.

Il y a deux façons de regarder le film à partir de là. Soit on le subit comme un exercice de révisionnisme révoltant par lequel Hollywood réitère le « humbug » (la duperie) de Barnum en réécrivant sa biographie de la façon la plus complaisante afin de légitimer sa propre industrie de grand spectacle opportuniste. Soit on accepte The Greatest Showman comme un film symboliste à message et non comme une biographie historique. Le problème n’est pas nouveau et s’est posé récemment pour d’autres films, comme l’obligeant Confident Royal de Stephen Frears (sorti lui aussi en 2017), qui retraçait la biographie d’un serviteur indien à la cour de la reine Victoria, Mohammed Abdul Karim (dit le Munshi), en conspuant le racisme de la cour britannique… tout en en exemptant la reine elle-même, présentée comme un parangon d’humanisme, là encore au prix de quelques écarts avec la réalité historique.

Faut-il s’attacher à la lettre ou à l’esprit, au respect de la documentation ou au message délivré au public ? Je laisse la question ouverte. Confident Royal et The Greatest Showman prennent la précaution de botter en touche quant à leur appartenance ou non au genre du film biographique : le premier parce qu’il se présente ouvertement comme un film comique, le second parce qu’il se réclame avant tout du genre des comédies dramatiques musicales hollywoodiennes. Mais Confident Royal ne réécrit pas l’histoire dans les mêmes proportions que The Greatest Showman, dont le principe tout entier repose sur un véritable révisionnisme béat. Imaginerait-on un film musical consacré à une exposition coloniale, qui présenterait les organisateurs comme des humanistes bienfaiteurs des minorités qu’ils exposent à la vue des foules moyennant paiement ?

Venons-en au deuxième parti pris du film : sa musique. Elle n’a rien à voir avec la musique réelle de l’époque de Barnum : c’est de la grosse pop commerciale qui tache. Non que j’aie quoi que ce soit contre la pop en général. Le problème, c’est que la réalisation aboutit à des scènes où la musique jure complètement avec les décors, costumes et accessoires, qui, eux, forment une reconstitution assez soignée de l’époque. Il y a en particulier une scène où Jenny Lind, la chanteuse d’opéra, chante quelque chose qui, dans l’histoire, est censé être un air d’opéra très émouvant, mais qui prend la forme d’une chanson aux sonorités complètement anachroniques (« Never Enough »), façon Adèle en moins bien. Le résultat est vraiment bizarre. Ce type d’anachroisme musical assumé a déjà été fait ailleurs au cinéma, par exemple dans le réjouissant Chevalier de Brian Helgeland en 2001, qui relatait la carrière d’un chevalier au fil de tournois scandés par du rock’n’roll (le film s’ouvrait sur un public de paysans occupés à scander We Will Rock You !). Un parti pris que The Greatest Showman semble avoir bien envie d’égaler.

J’ai eu du mal avec les deux partis pris, mais je pense qu’ils auraient pu emporter mon adhésion (ou au moins mon accord relatif) si je n’avais pas trouvé plusieurs défauts sérieux au film.

D’abord, le scénario est vraiment très sirupeux, rempli de clichés, avec des personnages assez inconsistants en dehors de Barnum et de son épouse (eux-mêmes très stéréotypés, tout de même). L’ambiguïté de Barnum dans ses relations avec les freaks (veut-il les aider à se faire respecter ou seulement les exploiter comme des animaux de foire ?) est un peu abordée vers le milieu du film, mais à peine, et sans rien qui écorne vraiment l’image très positive de Barnum qui est ici présentée. L’intrigue secondaire entre Carlyle (joué par Zac Efron) et Anne Wheeler (Zendaya) est clichée au possible et les dialogues ne relèvent vraiment pas le niveau. Pas plus que les paroles des chansons, qui feraient passer la bluette hollywoodienne la plus insipide des années 1950-60 pour un sommet de la chanson à texte.

Ensuite, les chorégraphies des chansons m’ont paru moyennement convaincantes, soit parce qu’elles étaient mal conçues en elles-mêmes, soit parce qu’elles étaient desservies par la réalisation et le montage. Le film essaie de réendosser, en la renouvelant un peu, une esthétique de vieille comédie musicale hollywoodienne classique, mais il n’y parvient que rarement parce que tout s’enchaîne bien trop vite : les mouvements des danseurs sont frénétiques, les changements de plans (cuts) sont trop rapides et ne laissent pas le temps d’admirer la beauté d’un décor ou des mouvements des danseurs. Dans certaines chorégraphies, les danses elles-mêmes sont brouillonnes et assez pauvres (dans la chanson « A Million Dreams », j’ai eu l’impression que Barnum et sa jeune épouse passaient leur temps à courir d’un bord à l’autre d’un toit d’immeuble pour menacer romantiquement de s’en jeter : sans doute le résultat d’un visionnage quelque peu hâtif de Chantons sous la pluie ou de West Side Story).

Quant aux chansons elles-mêmes, beaucoup m’ont semblé réutiliser dans leurs mélodies des ficelles musicales commerciales éculées qu’on entend partout depuis quelques années, ce qui fait que le résultat ne se hissait souvent pas beaucoup plus haut, à mes oreilles, que le niveau d’une mauvaise chanson de générique de fin de Disney ou qu’un tube pop préformaté imposé à grands coups de pub. Les percussions boum-boum pas subtiles et assourdissantes du début du film semblent copier l’ouverture de Chevalier à coups de marteau. Les choeurs sans paroles de « This Is Me » semblent récupérer allègrement les trucs remis au goût du jour par le groupe Of Monsters and Men (vous savez, ceux qui font « oh-oh-oh » ou « ouo-oua-ouoh » en fond tout le temps). Et j’ai été mis mal à l’aise par la chanson « This Is Me », qui se présente comme un numéro de coming out et d’empowerment des minorités inclues dans les spectacles de Barnum. Là encore, à s’en tenir au message proprement dit, tout cela semble plein de bonnes intentions. Mais j’ai eu l’impression que cet air se contentait de copier, en moins bien, les chansons LGBT du type I Will Survive ou I Am What I Am rendues célèbres par Gloria Gaynor, et qui, bizarrement, me convainquent plus, sans doute parce que la question du degré de sincérité ou d’opportunisme dans leur engagement inclusif est moins douteuse. Je ne peux pas m’empêcher d’y voir une récupération opportuniste de la part de studios hollywoodiens qui n’ont pourtant pas fait mieux que Barnum dans leur représentation à l’écran des minorités, LGBT ou autres. Cet exercice de vertu m’a laissé un goût de humbug.

La musique du Greatest Showman colle aux oreilles, ça se réécoute, mais ça ne gagne pas à la réécoute : ce n’est pas du Alan Menken, ni du Andrew Lloyd Webber, clairement. La musique n’invente absolument rien, elle essaie de récupérer tout ce qui marche en ce moment sans parvenir non plus à proposer quelque chose de cohérent, et ça m’agace. Ça fait regretter les comédies musicales de Broadway ou les productions françaises un peu plus cohérentes du type Notre-Dame de Paris.

En dépit de ses nombreux défauts et de ses partis pris embarrassants, le film a des qualités. À commencer par son acteur principal, Hugh Jackmann, qui n’est pas loin de porter le film à lui tout seul, tant il parvient à donner vie, chaleur et crédibilité à un personnage qui devait être bien plat sur le papier. J’ai été impressionné par sa performance. Le reste du casting, à défaut d’être très bien mis en valeur, joue correctement son rôle. Les décors et costumes sont soignés, sauf en quelques endroits (les lions en images de synthèse piquent les yeux). Il y a quelques belles scènes, notamment les chorégraphies avec les freaks, émouvantes et où tout le monde joue à fond, qui parviennent à donner un souffle incontestable à des moments comme la chanson « This Is Me ». Et le film multiplie tellement les efforts pour emporter le spectateur dans son mouvement que j’ai fini par m’y prendre en quelques endroits, en tout cas jusqu’à la réplique suivante vraiment trop plate ou jusqu’à la prochaine scène vraiment trop clichée.

Bref, je n’ai pas été bien convaincu. Le film m’a tout de même donné envie de voir La La Land, dont la bande originale est l’œuvre des mêmes compositeurs, mais qui a l’air un peu plus subtil.

Paragraphe contenant quelques révélations mineures. Le critique du Nouvel Observateur a relevé une énorme bévue dans le scénario en termes d’incohérence chronologique interne : les filles de Barnum ne vieillissent pas : elles sont enfants quand il débute, et toujours enfant 25 ans plus tard quand il ouvre son musée avec ses freak shows, et encore et toujours enfants à la fin du film plusieurs années après ! Fin des révélations.

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[Film] « Du blanc à l’âme », Aude Thuries

12 février 2018

Du-blanc-a-l-ame

Référence : Du blanc à l’âme, film en court-métrage écrit, réalisé et chorégraphié par Aude Thuries, produit par Topshot Films, France, 2018, 28 minutes. Première diffusion le 29 janvier 2018 à minuit sur la chaîne de télévision française France 2.

Avertissement : ce court-métrage contient des chansons composées et écrites par Alissa Wenz, qui est une amie dont j’apprécie beaucoup le travail. Il est possible que cela m’ait disposé favorablement envers le film dans son ensemble. Je ne connais pas le reste de l’équipe du film, en revanche. Ce court-métrage a été financé en partie par le prix « Les Enfants de Jacques Demy ! », décerné par la région Poitou-Charentes à l’occasion des 50 ans du tournage des Demoiselles de Rochefort, et que ce projet de film avait remporté. Le financement a été complété entre mars et juillet 2016 par un appel de fonds sur Ulule dont je n’avais pas eu connaissance.

Résumé

Quelque part dans une ville, en France, de nos jours, un jeune homme au teint pâle, vêtu de blanc, porteur d’un attaché-case blanc, s’arrête devant la porte d’un immeuble. Il revoit brièvement un contrat, puis entre. Il se trouve chez une famille inconnue occupée à discuter. Au moment convenu, l’homme blanc s’approche des gens qui discutent sans le voir. Un silence gêné s’établit quelques instants, puis l’homme repart, sans avoir été vu. Tel est son métier : il provoque les blancs dans les conversations. Un métier plus difficile qu’il n’en a l’air, puisqu’il implique d’apporter toujours avec soi l’embarras, la gêne, la déception, la timidité… C’est pourquoi Blanc n’a pas le moral. Il chante son désarroi et ses complexes envers les autres couleurs du monde : si seulement il était Rouge, pour apporter avec lui l’énergie, la force, la passion, ou bien Vert, pour être celui qui prodigue détente et réconfort, ou bien Rose pour apporter l’amour… Lui, Blanc, se sent insubstantiel, insipide, inexistant, comme vide. Bref, Blanc a le blues. Il va falloir trouver moyen de remonter la pente.

Mon avis

Voici un beau petit film, émouvant et poétique, qui utilise jeux de mots et chansons pour conter une histoire qui donne à réfléchir, tout en esquissant au passage un univers nourri d’inspirations nombreuses, mais qui apporte tout de même quelque chose de neuf. Le personnage de Blanc, avec sa tristesse et son complexe d’infériorité, rappelle le clown blanc du cirque, ou bien Plume, ce personnage des poèmes d’Henri Michaux. Il semble au départ comme un fantôme de lui-même et l’air de sa première chanson, presque monocorde, peut rappeler les mélodies douces-amères du film musical français Les Chansons d’amour. L’arrivée des couleurs tourbillonnantes nous emporte nettement du côté de Jacques Demy (par endroits, on pourrait aussi penser aux Frères Jacques avec leurs pulls colorés et leurs chansons riches en enchaînements de calembours).
Mais le film trouve sa force et sa cohérence dans sa capacité à remotiver et à approfondir les procédés habituels du film musical. Le recours à des costumes aux couleurs vives « façon Jacques Demy » reçoit ici une justification imparable puisque ce sont les incarnations des couleurs elles-mêmes qu’on voit danser et chanter. Les liens entre couleurs, son et musique sont eux aussi renforcés par les jeux de mots qui donnent toujours à voir, à rire ou sourire et à penser en même temps, et sont ainsi exploités au meilleur de leur puissance créative, pour ne pas dire littéralement cosmogonique, puisque c’est bel et bien d’eux que naît tout l’univers qui se développe pour le plaisir de nos yeux et de nos oreilles. Le blanc est à la fois une couleur et un certain type de silence (on en voit un autre plus loin dans le film), le blanc et le rouge s’affirment à la fois par leurs costumes, leurs mélodies et leurs chorégraphies, rigide et contrainte pour le blanc qui n’ose pas s’approprier l’espace, puissante et contraignante du côté du rouge qui (é)meut les gens en les faisant se lever, se rasseoir, courir, s’arrêter, etc., chaque couleur agissant sur le monde comme une invisible magicienne.
Au fil des péripéties, des couleurs nouvelles apparaissent et, avec elles, de nouvelles sonorités (blues, jazz, voire tango) qui donnent une personnalité propre à chaque scène et explorent de nouveaux développements possibles de l’idée de départ. On pourrait croire qu’un univers fondé ainsi sur l’incarnation d’expressions langagières liées aux couleurs prête le flanc à l’accusation de facilité, mais cela n’a pas été mon impression, grâce au renouvellement créatif constant dont l’histoire s’alimente et au soin accordé au détail. Tout s’assemble avec une belle harmonie : les jeux de mots, la musique, les danses, gestes et postures, les paroles des chansons alternant avec les dialogues, les costumes, les décors remplis de petites trouvailles (notamment la chambre de Blanc), les ambiances lumineuses bien plantées et variées, le montage…
Le seul défaut que j’aie trouvé à cet univers des couleurs n’est que de constituer un monde très masculin où femmes et minorités en restent à des places un peu clichées. Toutes les couleurs montrées sont des hommes, sauf le rose qui est une femme dépeinte avec une outrance volontaire et le rouge, violent et primal, qui est… un homme noir. Certes, il est difficile d’échapper à l’accusation de tomber dans les clichés quand on élabore un univers précisément basé sur des stéréotypes. Que penser par exemple de la danse entre deux hommes, pleine de tension romantique : cliché sur les liens entre danse masculine et homosexualité, ou alors écart original et bienvenu par rapport aux danses de couples de sexes différents communes dans les films musicaux plus anciens ? J’opterais ici pour le second avis. Les clichés sont retors et vous rattrapent toujours : disons simplement, alors, que j’aurais aimé voir un peu plus de personnages féminins.
Ce film élabore en peu de temps et avec peu de moyens un univers poétique d’une grande cohérence, qui fait rêver et donne à réfléchir… en redonnant le moral par la même occasion. En effet, si le film dans son ensemble offre une réflexion poétique sur la complexité nécessaire des sentiments et de la communication humaine, sa dernière partie constitue également une mise en abyme du geste artistique du cinéaste, présenté comme un moyen de nuancer notre regard sur le monde et de retrouver goût à la vie.


[Film] « Snowpiercer, le Transperceneige », de Bong Joon-ho

28 novembre 2013

Snowpiercer, le Transperceneige, Bong Joon-ho, 2013La sortie de l’adaptation au cinéma réalisée par le Coréen Bong Joon-ho (réalisateur de The Host) est l’occasion de redécouvrir ou, en ce qui me concerne, de découvrir, Le Transperceneige, BD française de science-fiction post-apocalyptique assez sombre aux allures d’allégorie politique. Bong Joon-ho donne une adaptation très différente de la BD d’origine, mais qui en respecte les grandes lignes pour mettre l’intrigue au service d’un film d’action intelligent, quoique sombre et entraîné par les conventions du genre à une surenchère de violence.

De la bande dessinée…

Le Transperceneige a été créée en 1982 par  Jacques Lob (au scénario) et  Alexis (au dessin). Malheureusement, Alexis meurt après avoir dessiné dix-sept pages. Le dessinateur Jean-Marc Rochette prend le relai et la BD peut être achevée. Elle rencontre alors un gros succès. Lob meurt en 1990. Mais un deuxième et un troisième tomes paraissent dans les années 1990-2000 avec un autre scénariste,  Benjamin Legrand. Malgré cela, la BD s’acheminait vers l’oubli jusqu’à ce qu’une édition coréenne pirate permette au réalisateur Bong Joon-ho de lire la BD : conquis, il décide d’en réaliser une adaptation libre au cinéma.

Le pitch de la BD en deux mots : le monde a été ravagé par un cataclysme dont on ne connaît pas bien la nature au début ; tout ce qu’on sait, c’est que le monde est devenu une étendue de neige glaciale où l’humanité ne peut plus survivre. Au beau milieu de ces déserts glacés, l’humanité survivante s’est calfeutrée dans les wagons d’un gigantesque train, le Transperceneige, qui roule sans fin au milieu des étendues arides. Dans ce train, les travers de la société humaine transparaissent aussi bien que dans les anciennes villes : les plus riches ont droit aux wagons de première classe en tête du train, tandis que les plus pauvres s’entassent en queue dans des wagons à bestiaux, survivant tant bien que mal dans ces conditions de vie épouvantables. L’histoire commence lorsqu’un misérable loqueteux quitte son wagon de queue pour tenter désespérément de rejoindre des wagons un peu plus habitables.

À ma honte, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout cette BD, alors que je pensais être à peu près au courant des grands classiques de la BD de SF des années 1980… L’occasion de combler une lacune, donc ! J’ai pris le parti de lire la BD avant d’aller voir le film, mais je n’ai pu mettre la main que sur le premier tome, qui forme déjà une intrigue complète. C’est de la SF noire solide, le huis clos oppressant dans le train aux allures de fin du monde fonctionne très bien et la seconde lecture d’allégorie politique (voire philosophique) ajoute à l’intérêt de l’ensemble. L’intrigue m’a paru très resserrée, parfois au point de me faire regretter qu’on n’en sache pas plus sur les détails de cet univers, mais il vaut mieux que l’histoire soit passée par-dessus tout, car, de, cette façon, le rythme ne faiblit pas et on ne quitte pas des yeux les grandes lignes de l’intrigue et de l’univers lui-même.

… au film

Venons-en au film. Je l’ai trouvé très bon, dans la catégorie « film d’action intelligemment conçu ». Le scénario contient pas mal de différences de détail et d’innovations par rapport à la BD, mais en conserve le principe général, l’état d’esprit et la réflexion politico-philosophique.

Le scénario va du bon à l’excellent, les deux heures sont densément utilisées, tous les côtés classiques ou prévisibles de l’histoire sont évités ou ingénieusement négociés pour éviter les gros poncifs (autrement dit, même dans les moments les plus attendus, on évite ces fameuses répliques hollywoodiennes creuses qui vous arrachent des soupirs ou des yeux au ciel). Les « méchants » sont tous très réussis, chose très importante dans un film à suspense. Les personnages principaux sont nuancés, ni tout noirs ni tout blancs. Et la dernière partie du film est riche en rebondissements bien trouvés qui maintiennent l’intérêt jusqu’au bout. Un certain nombre de choses à la toute fin sont laissées dans l’incertitude pour le plus grand bien du scénario (1).

L’image, les décors, costumes, lumières etc. sont très soignés même si ça reste un brin esthétisant par endroits. On sent un cinéaste aux commandes. Le montage arrive à générer l’angoisse et à alimenter la tension dramatique sans tomber dans la frénésie, le rythme du film est vraiment travaillé (plus lent et mieux dosé que ce qu’aurait fait un blockbuster attendu). La musique entretient à souhait l’angoisse et la peur, et les acteurs s’en tirent très bien.

Un choix du film qui contribue à rendre son visionnage éprouvant et qu’on pourrait lui reprocher, c’est une certaine surenchère dans la violence par rapport à la BD. C’est vraiment une tuerie, même si heureusement il n’y a pas que de ça. Ce qui fait la différence avec un film d’action bas du front, c’est l’absence de complaisance ou d’esthétisation de la violence la plupart du temps. D’abord parce que, comme les personnages sont bien posés, on a vraiment mal pour eux. Mais aussi parce que le film recourt parfois à l’humour grinçant et au grotesque, au point que j’ai parfois pensé aux sketches les plus noirs des Monty Python (mais c’est sûrement parce que j’ai revu leurs films récemment : en fait, on pourrait plutôt comparer ça à un film comme Brazil). Il y a des scènes extrêmement réussies de ce point de vue, comme celle du pont Ekaterina ou de l’école.
Cela dit, je me demande quand même si on avait besoin de tuer ou d’abîmer autant de personnages en cours de route… même la BD est moins meurtrière que ça. Il y a une part de saturation inutile dans les images de violence, comme dans pas mal de films récents. On pouvait faire aussi peur sans montrer autant de sang et de bouillie. Mais le film a la qualité d’être très loin de se résumer à ça ou de se laisser aller à la facilité de ce point de vue. Cette façon de coller à la tendance générale actuelle dans les films d’action me semble simplement limiter l’ambition du film, qui ne réussit qu’à être un exemple particulièrement bien ficelé de ce qui se fait en ce moment dans ce genre de film, plutôt qu’un film d’auteur complet qui saurait s’affranchir vraiment de ces conventions afin de développer une réflexion et une esthétique pleinement originales.

J’aurais tendance à conseiller de prévoir de voir le film à plusieurs et d’aller se boire un verre ou faire des trucs qui donnent le moral après, quand même. Le film partage la réflexion politico-philosophique de la BD et la rend même encore plus noire, même si elle n’est pas complètement désespérée non plus.

(1) <Quelques révélations sur le film :> La part de bluff et de manipulation dans les révélations de Wilford à Curtis à la fin, ou encore la part d’hallucination dans les combats finaux avec le tueur sadique qui se relève miraculeusement… <Fin des révélations.>

Message initialement publié sur le forum elbakin en octobre 2013, rebricolé ensuite.


[Film] « La Colère des Titans », de Jonathan Liebesman

19 juillet 2012

Affiche du film "La Colère des Titans", représentant Persée au premier plan, et, à l'arrière-plan, des humanoïdes monstrueux à six bras armés d'épées.Message posté sur le forum du site Elbakin le 11 avril 2012.

Vu hier. Bon… j’y allais en m’attendant vraiment au pire, et du coup j’ai plutôt passé un bon moment, même si ça s’oublie dès la porte de sortie passée.

Sur le plan des effets spéciaux et des scènes d’action, c’est globalement mieux que le premier, les monstres et les décors sont soignés et la réalisation met mieux les effets spéciaux en valeur, notamment dans la scène finale. Du coup on peut y aller en mode « Just Here For Godzilla ». (Quoique, si je devais conseiller un film à aller voir purement pour les effets spéciaux en ce moment, ce serait plutôt John Carter, c’est plus joli…)

Petites déceptions toutefois sur ce plan-là :

[spoiler]– Le minotaure est très laid. C’est un démon cornu, pas un homme-taureau.

– Cronos n’a pas la moindre personnalité, c’est un gros truc en lave inexpressif. Quand on a connu le Cronos de la BD Le Fléau des dieux, celui-ci fait très pâle figure. Encore une fois, je ne peux pas m’empêcher de penser à l’Hercule de Disney avec ses titans « élémentaires » gros et bêtes.[/spoiler]

Du côté de l’histoire, ça reste du très léger, avec des trous énormes dans le scénario, mais c’est un peu meilleur que le premier et ça se laisse regarder. L’avantage (et l’inconvénient), c’est que le film garde en gros le même esprit que le premier, c’est-à-dire qu’il ne se prend pas vraiment au sérieux. C’est un avantage parce que ça évite le sérieux-hollywoodien-bas-du-front qui est si agaçant dans d’autres films, et ça sauve le résultat de la nanarditude absolue. Mais c’est aussi un inconvénient parce que le résultat n’a aucune grandeur épique. Ça n’essaie même pas d’installer une grandeur épique quelconque, à vrai dire (on est à mille lieues des Immortels). C’est un peu comme le premier, ça me fait penser à un compte rendu de partie de jeu de rôle mythologique, juste avec un gros budget. Selon les avis, ce sera un moment sympa oubliable ou bien un navet (plus qu’un nanar, c’est-à-dire pas assez drôle pour être regardé en tant que nanar).

Si on a vu le premier, on voit que la suite tire quand même vaguement parti du fait d’être une suite, ce qui donne mécaniquement un tout petit peu d’épaisseur supplémentaire aux personnages. Bon, ça ne va vraiment pas loin, mais ça creuse quand même un poil l’histoire du cosmos mise en place par le premier pour justifier les divers retournements d’alliances entre divinités, et puis on retrouve Hélios (le fils de Persée).

Gros avantage : ce n’est pas trop long. Plus long que ça pour un film comme ça, ça aurait été barbant. Là, il y a deux-trois longueurs, mais globalement ça va.

Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il y a plus de rapports avec la vraie mythologie que dans le premier – mais toujours sur le mode « joujoux & réécritures » (d’autant qu’ici ce n’est plus l’adaptation d’un mythe antique précis, on bascule vraiment dans la fantasy mythologique – ce qui me convient limite mieux). Mais disons que si on connaît un peu la mythologie, il y a de quoi s’amuser avec quelques petits trucs pas mal réussis :

[spoiler]- Arès est vraiment tel qu’on l’imagine.

– Les Cyclopes et Héphaistos apparaissent dans des rôles globalement proches de leur vrai rôle dans les mythes antiques.

– La façon dont Héphaistos est introduit est amusante (il est présenté comme « the Fallen », ce qui est techniquement vrai puisque, enfant, il a été balancé du haut de l’Olympe par Zeus). Et sa personnalité un peu barrée n’est pas une invention absurde.

– Tout le côté « les dieux risquent de mourir » est bien sûr totalement copié sur plein d’autres trucs, mais n’est pas mal ficelé dans le scénario et rend notamment Hadès plus intéressant.

– La scène où Zeus et Hadès se tapent sur l’épaule en évoquant leur folle jeunesse de titanomaques avant de retourner jeter leurs derniers pouvoirs dans la baston m’a fait sourire.[/spoiler]

Il y a évidemment des choses qui sortent de nulle part avec des résultats aléatoires :

[spoiler]– Agénor. Le personnage en soi, pourquoi pas, mais pourquoi l’appeler Agénor ? Il n’a rien à voir avec le vrai Agénor, à part d’être le fils de Poséidon (et en plus c’est gênant parce qu’en vrai Agénor est supposé être le père d’Io et on avait une Io dans le Choc des titans, donc ça embrouille tout). Il ressemble beaucoup plus à un genre d’Ulysse (en étant méchant avec Ulysse).

– Situer les forges d’Héphaistos sur  »île de jesaisplusquoi. Ils avaient peur de laisser les forges d’Héphaistos là où elles sont normalement ? Enfin bon c’est pas le plus grave, ça justifie le rôle d’Agénor.

– La lance de Trium. Et la Gorgone elle met le chocolat dans le papier d’alu. Franchement, ils auraient dû aller jusqu’au bout et appeler ça la Triforce, ça aurait évité ce nul nom de « lance de Truc-qui-veut-dire-trois ». (Et naturellement ça ne correspond à rien dans la mythologie grecque antique non plus.)[/spoiler]

Et si on a vu le vrai Choc des titans, celui de 81, il y a un caméo marrant (avec une allusion mieux faite que dans le Choc des titans 2010), à savoir, pour l’anecdote :

[spoiler]une autre apparition de Bubo conjuguée à celle d’Héphaistos, qui fabrique Bubo dans le Choc des titans de 1981.[/spoiler]

Au chapitre des reproches, comme je l’ai dit, le scénario est bourré d’invraisemblances et de trous gros comme ça. Et en plus, il manque cruellement d’originalité : si vous avez vu Les Immortels, vous retrouverez de GROSSES ressemblances dans le scénario et même plusieurs scènes… sauf qu’à tout prendre je préfère encore Les Immortels, plus audacieux visuellement et plus habiles dans sa réappropriation de la mythologie (quoique plus nanardesque pour les mêmes raisons de 300, à savoir à la fois ultra-violent et terrrrrrriblement bas du front). Ajoutons à ça des allusions à  Star Wars qui servent à rien, une tendance à copier Le Seigneur des Anneaux dans la réalisation… et j’ai dû en manquer.

Pitié, pour les prochains, laissez ces pauvres titans tranquilles et prenez enfin un autre thème. Les mythologies sont assez riches pour ça…

Les acteurs font leur boulot, je n’ai rien remarqué de trop horrible. J’ai découvert les deuxième et troisième expressions faciales possibles de Sam Worthington, ce qui fait déjà trois fois plus que dans le premier. Ce n’est franchement pas désagréable d’avoir Liam Neeson et Ralph Fiennes à l’écran, on sent qu’ils s’amusent mais c’est communicatif. Même Andromède fait des jolis sourires (et dirige des bataillons, aussi – ça sert à rien mais bon voilà, il y a un personnage féminin dans le film qui fait des trucs vaguement classes : c’est vraiment pour l’alibi).

La musique fait son boulot pas trop mal, à vue d’oreilles.

Conclusion : légèrement mieux que le premier, ça bâtit un peu un univers autour, c’est meilleur en effets spéciaux et en réalisation. Mais ça reste trèèèès léger et popcornesque. Ça ne fait réfléchir à à peu près rien, ça n’a pas de souffle épique, ça n’est même pas vraiment une aventure prenante. Dispensable, sauf si ça vous fait vraiment triper de voir de la mythologie sur grand écran (c’est mon cas).

(Et si vous voulez voir une aventure prenante, un univers cohérent, un scénario mieux foutu et qui fait au moins réfléchir et rêver un brin plus, il y a toujours John Carter, mais je ne suis pas objectif.)

EDIT le 24 juin 2013 : des visiteurs aboutissent régulièrement à mon blog en cherchant « lance de Trium« . À leur attention : 1) Oui, c’est bien dans La Colère des titans qu’il est question de cet objet. 2) Non, il ne correspond à rien dans les mythologies antiques, c’est une pure invention qui fait plus penser à Zelda qu’autre chose. (Pour le coup je trouve cette invention ratée, cet objet ne ressemble à rien et a vraiment l’air d’être là pour les besoins du scénario à un instant t. Quand on sait à quel point la vraie mythologie grecque antique regorge d’objets intéressants et de lieux extraordinaires, on se dit qu’il y a comme un potentiel gâché dans cette affaire…)


[Film] « John Carter », d’Andrew Stanton (Disney/Pixar)

19 juillet 2012

Affiche du film John Carter, représentant au premier plan John Carter monté sur un animal reptilien à six pattes. A l'arrière-plan, deux autres personnages principaux, la princesse de Mars Dejah Thoris et la Thark Sola, montant des animaux similaires, et sur le côté Woola, sorte de chien extra-terrestre à dix pattes. Le tout sur fond de désert martien, avec la silhouette de la Terre à l'horizon.

Forum elbakin.net, printemps 2012.

Et donc j’ai enfin vu John Carter hier soir. Eh bien, je ne regrette pas de m’être déplacé, j’ai passé un très bon moment.

Je n’ai pas lu le roman, donc je ne pourrai pas faire de comparaison avec, mais l’histoire a visiblement été un peu adaptée, notamment parce qu’on y voit brièvement Edgar Rice Burroughs lui-même (ce n’est pas vraiment un spoiler, il apparaît très vite).

L’intrigue générale « sent » sa SF du début XXe… et c’est très bien comme ça : ce sont des ficelles classiques mais qui, en l’occurrence, sont très bien exploitées par le réalisateur. Le « récit-cadre » sur Terre est un peu surprenant et peut paraître téléphoné au départ, mais prend tout son sens au moment du dénouement, ingénieux et bien pensé, qui clôt l’histoire de façon assez satisfaisante tout en ménageant une suite possible. Le gros de l’histoire, sur Mars, a son côté « pulp », mais c’est du pulp au bon sens du terme : du divertissement de qualité, classique dans ses grands ressorts mais soigné dans le détail et contenant quelques bonnes idées dans le scénario et la mise en place de l’univers.

La complexité du scénario et la profondeur donnée au personnage principal placent clairement l’ensemble un cran au-dessus du blockbuster de base. Le film ne révolutionne pas le genre (ce serait difficile à faire quand on adapte un classique déjà ancien), mais c’est un bon film d’aventure, qui arrive à mes yeux à planter un univers différent de Star Wars et compagnie. Personnellement ça m’a paru plus loucher du côté de Dune (probablement à cause du mélange planète désertique + complots), avec une atmosphère générale moins sombre et moins mystique. Ou alors de Stargate (le film), pour le côté « étranger débarquant au milieu d’une guerre sur une autre planète », en beaucoup moins primaire (heureusement) et sans le côté militaire agaçant.

Sur le plan visuel, c’est très beau. C’est une Mars de SF comme on aimerait la voir plus souvent (c’est vrai, quoi, c’est pas parce que les astronomes nous disent que les autres planètes sont toutes mortes qu’on n’a plus le droit de les imaginer autrement). J’ai été particulièrement conquis par les vaisseaux volants, splendides. Les Martiens rouges ont des tenues et des maquillages parfois un peu kitsch, mais ça n’est pas pire que l’épisode de Doctor Who moyen (ni que les costumes d’Amidala dans l’Episode I) et ça ne manque pas d’un certain charme – je range ça dans la même catégorie que le « neuvième rayon » et les robes affriolantes, ça fait partie du truc ! Les Tharks sont d’un réalisme étonnant et acquièrent peu à peu une identité propre, même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux orques de WarCraft III ou aux ET de Star Wars en voyant leur tête. L’univers visuel est vraiment très soigné et bien mis en valeur, et c’est la première fois que je regrette de ne pas être allé voir le film en 3D, je me serais sûrement beaucoup plus amusé que devant Avatar.

Je n’avais rien lu sur la BO avant de voir le film, mais j’ai été agréablement surpris par sa qualité, dans le genre classique mais bien fait, là aussi.

Une qualité du film qui n’a pas été assez mise en valeur à mon sens, c’est qu’il pose vraiment un univers de SF très grand public, compatible enfants, et pour une intrigue pareille il fallait réussir à le faire. Il y a de la fantaisie, de l’humour, et en même temps des enjeux dramatiques forts, et le tout s’équilibre bien. Il y a plein de combats mais la violence reste très édulcorée. Là encore, la promo n’a pas su tirer parti de ça, alors que c’est une force du film : ça change agréablement des films plus orientés action et je suis à peu près certain que si j’avais vu ça à 9-10 ans, non seulement ça ne m’aurait pas fait trop peur, mais j’aurais été complètement fan.

Bon, j’ai bien quelques reproches :

– le montage est parfois trop nerveux (il y a quelques enchaînements de plans trop rapides, voire moyennement compréhensibles, qui nécessitent un temps d’arrêt pour se dire « … Ah, OK, il s’est passé ça » ; heureusement ça n’arrive que 3-4 fois dans le film)

– les acteurs principaux ne brillent pas toujours par leurs performances ébouriffantes : Carter, ça va, sans plus, et la princesse est franchement un peu cruche par moments (dommage, avec un meilleur jeu ça aurait terminé de donner de l’ampleur à son personnage, par ailleurs bien pensé et qui fait bien la paire avec Carter).

– il y a quelques invraisemblances ou éléments pas bien expliqués :

Spoiler: * Le moment où pouf, d’un coup Carter comprend les langues martiennes alors qu’avant il n’y entravait rien. C’est peut-être dû à la « voix de Barsoom » qu’il entend quand on lui fait son initiation truc-chose chez les Tharks, mais si c’est ça c’est franchement pas clair dans le film.

* Dans la grande baston finale, au moment où Carter est sur le point de se faire étouffer, le Woolah arrive et bousille par miracle le bracelet du méchant, et pouf, Carter est libéré. Intelligent, le chien alien… /Spoiler.

Mais ça reste bénin par rapport au blockbuster moyen, quand même.

Je comprends aussi un peu les reproches qu’on a pu faire au scénario – c’est vrai que l’intrigue prend du temps à se mettre en place et peut sembler manquer de cohérence, mais personnellement je trouve que l’histoire y gagne en richesse et en complexité, je ne crois pas que ce soit un défaut.

Les Grands Méchants m’ont paru particulièrement réussis, même si

Spoiler: effectivement les motivations des « Therns » restent assez floues, on a l’impression qu’ils sèment le chaos simplement pour le plaisir (ou alors ils épuisent les ressources des planètes pendant que les indigènes se tapent dessus entre eux ?). D’un autre côté, la peur qu’ils inspirent vient aussi du mystère qui les entoure, et je ne sais pas s’ils auraient gagnés à être mieux « expliqués ». On en fait qu’entrevoir leur existence, on sait qu’ils sont actifs sur plusieurs planètes et qu’ils ont des pouvoirs redoutables… On en saurait plus dans une suite, mais dévoiler tout tout de suite n’aurait sans doute pas été un bon calcul. /spoiler

Bref, un fort bon film, qui a vraiment l’air d’être sous-estimé, voire snobé, pour je ne sais pas trop quelle raison. C’est fou comme les marketingeurs/critiques ont pu être formatés par Star Wars et les licences à gros sabots…. J’espère tout de même que le film fera une bonne fin de carrière en salles, et s’il y a une suite, j’irai la voir volontiers.

Et ça donne envie de lire les livres, aussi.

EDIT : Ainsi je lus les livres, ou du moins, pour commencer, le premier tome du cycle : A Princess of Mars. Une petite présentation et mon avis se trouvent ici.


[Film] « Melancholia », de Lars Von Trier

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 28 août 2011.

Vu Melancholia. Pas convaincu, j’hésite entre Déconseillé et Sans plus. Le film m’attirait malgré les commentaires beaufesques de Lars Von Trier au festival. Le sujet est intéressant, le traitement est vaguement plus subtil que ce que la grosse production américaine de base aurait fait… mais finalement pas beaucoup plus.
La première partie (sur Justine) est bien, peut-être en partie parce que le sujet de la fin du monde y reste assez effacé et se prête donc à des interprétations fantastiques (est-ce que ça va vraiment être la fin du monde ou est-ce que c’est juste l’histoire d’une dépression). Mais la deuxième partie (sur sa soeur, Claire) m’a paru bizarrement beaucoup plus faible. Le film hésite trop entre un traitement réaliste du sujet (avec données scientifiques, spéculation sur les réactions des gens, etc.) et quelque chose de plus symbolique ou psychologique. Et finalement ça ne ressemble pas à grand-chose, et ça ne se détache pas assez des clichés fantastiques (la femme qui sait les choses d’instinct, joue la prophète de malheur et regarde impassible le monde s’écrouler… ouais, bon, ça va deux secondes) et des stéréotypes  vus et revus (bon, on se retrouve tous en famille et on fait joujou avec les enfants). Du coup, il n’y a pas vraiment de réflexion fouillée, moins d’originalité que ce que j’attendais… et la claque visuelle du début du film ne se prolonge pas dans la suite. J’ai été déçu…


[Film] « Centurion », de Neil Marshall

19 juillet 2012

Forum elbakin.net, 13 juillet 2010.

Je reviens de voir Centurion, de Neil Marshall (en 2D). Le monsieur avait fait le film The Descent, et était donc surtout connu dans la catégorie horreur/action, semble-t-il. La bande-annonce laissait espérer le meilleur comme le pire. Avec ça, très très peu de promo autour du film, je n’en ai entendu parler que parce que j’ouvre l’oeil sur les sorties de péplums.
Et en fait, ce film est… bon !  Par rapport à d’autres péplums que j’ai vus récemment, surtout des grosses machines du genre Troie ou Le Choc des titans, il s’en tire très bien (avec un budget nettement plus bas, je suppose), et n’a rien à leur envier en subtilité – ce serait presque plutôt le contraire.
Un mot sur l’histoire : quelque part au IIe s. ap. J.C., les Romains ont changé l’Angleterre en une province d’empire, mais ont fort à faire avec les Pictes (ceux qui se peignent en bleu). Le personnage principal, Quintus Dias, est un centurion de l’armée romaine stationné dans une garnison locale. Lorsque la garnison est attaquée et saccagée par les Pictes, il est capturé par eux parce qu’il sait parler leur langue. Il finit par s’évader et par rejoindre la 9ème légion, qui a été chargée entre temps de lancer une attaque décisive contre les Pictes. Malheureusement, la bataille ne tourne pas exactement comme prévu, et Quintus Dias se retrouve à la tête d’une poignée d’hommes, en plein territoire barbare.
Difficile d’en raconter davantage sans dévoiler les rebondissements de l’intrigue. En termes d’exactitude historique, il y a quelques libertés, comme dans tous les péplums ; concernant les Pictes, je ne connais pas assez le sujet pour savoir. Mais (c’est le principal) l’ensemble est crédible, et tout sauf manichéen. Les Pictes sont certes l’ennemi par excellence, mais ils ont des raisons d’en vouloir aux Romains, qui ne sont pas blancs-bleus non plus – le film contient une véritable réflexion politique qui prend tout son sens vers la fin.

(spoiler) Autant, au début du film, tous les personnages sont galvanisés dans leur volonté de servir Rome, autant ils se rendent compte progressivement qu’ils ont été abandonnés, voire même, à la toute fin, que les généraux n’ont pas vraiment intérêt à laisser vivre les survivants de la 9e légion ! (/spoiler)

En dehors de cela, c’est un film d’aventure et d’action très honorable, qui prend rapidement la forme d’une chasse à l’homme où les Romains ont le dessous, et où il s’agit avant tout de survivre et de rentrer chez soi. Les scènes d’action et de combat sont fréquentes et pas propres, mais elles ne remplacent pas le scénario et la violence n’est ni gratuite, ni complaisante, ni esthétisée (rien à voir avec 300 par exemple). Les Pictes sont campés en guerriers farouches, et la chasseresse Etain fait un Grand Méchant particulièrement réussi, avec un côté « Princesse Mononoke maléfique ». Si Olga Kurylenko ne fournit pas à Etain un registre d’expression ahurissant de subtilité (je ne sais pas si le rôle s’y prêtait énormément), Michael Fassbender joue très bien et campe un Quintus Dias qui a tout d’un bon héros hollywoodien et qui ne manque pas d’une certaine classe (en plus il est beau).
La réalisation est plutôt bonne, les scènes d’action sont confuses quand c’est confus (i.e. un gros massacre) et lisibles quand il le faut (en particulier vers la fin). Les paysages et les décors sont très réussis, il y a vraiment de belles images, et la musique d’Ilan Eshkeri (qui avait fait celle de Kick Ass, semble-t-il) fait bien son travail. Le seul truc que je n’ai pas aimé sur le plan esthétique, ce sont les génériques visiblement taillés pour la 3D et qui sont plus kitsch qu’autre chose, mais le film lui-même, heureusement, n’a pas recours à des facilités de ce genre.
L’ensemble m’a surpris en bien, et m’a fait penser, pour l’histoire et l’atmosphère, à un bon Thorgal, ou à la nouvelle de Janua Vera de Jaworski qui met en scène des « barbares ». Du coup, je regrette que ce film n’ait pas eu droit à plus de promotion, parce qu’il en vaut largement la peine. Dire qu’à Paris il passait dans trois salles, en première semaine ! Il n’y a plus qu’à espérer que le bouche à oreille joue en sa faveur et qu’il fasse une bonne carrière en DVD, parce qu’à mon sens il le mérite largement.