[Film] « Adama », de Simon Rouby

16 janvier 2017

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Un OVNI de l’animation française, cet Adama, mais globalement au meilleur sens du terme. Sorti en salles fin 2015 pendant les vacances de la Toussaint, ce film raconte l’histoire d’un jeune garçon d’un village d’Afrique dont le frère, Samba, un adolescent turbulent, quitte le village pour aller s’engager dans l’armée des mystérieux Nassara qui vivent au-delà des falaises qui entourent et enferment le village. Adama jure de retrouver son frère et de le ramener chez leurs parents. Mais plus Adama avance dans son voyage, plus le conte initiatique dépaysant se mêle de références à un passé historique bien connu du public français : l’armée des Nassara, c’est l’armée française, venu recruter des soldats noirs dans ses colonies ; la guerre, c’est la Première guerre mondiale ; et le front vers où Samba est en train d’être envoyé, c’est Verdun. On est en 1916.

La grande originalité du scénario du film consiste à adopter le regard d’Adama. Ce regard est d’abord celui d’un jeune garçon qui est encore un enfant et qui s’effraie encore du masque de l’esprit qui doit faire passer à Samba rite d’accession à l’âge adulte. C’est aussi celui d’un jeune Africain qui a toujours vécu dans un petit village rural isolé et qui n’a jamais eu le moindre contact avec une quelconque culture européenne. Son voyage n’est pas une rencontre entre deux cultures, c’est une collision à pleine vitesse au coin d’une rue. Ce choix de point de vue fait que le public comprend beaucoup de choses par-dessus l’épaule du héros  – essentiellement, qu’il est en train de foncer tête baissée vers un danger terrible.

Le film s’inspire pourtant bel et bien d’une réalité historique : l’expérience vécue par les tirailleurs sénégalais engagés dans l’armée française pendant cette guerre (Samba et donc Adama se retrouvent dans le 31e bataillon). En dépit du fait que Verdun a eu lieu il y a cent ans maintenant, le sujet des soldats noirs parmi les « poilus » de l’armée française reste étrangement peu évoqué. En dépit des hommages, l’actualité fin décembre montrait encore que ces vétérans n’étaient pas toujours bien traités, puisqu’il a fallu une pétition en ligne et diverses démarches militantes indignées pour que, le 21 décembre 2016, le président François Hollande promette de faciliter les démarches pour ceux de ces tirailleurs (désormais des vieillards) qui demandaient à être naturalisés français : voilà donc des gens qui se sont battus pour le pays depuis maintenant un siècle et qui risquaient encore de se voir refuser l’accès à la nationalité française ! Bref, il y a largement de quoi dire sur le sujet, et la fiction a son rôle à jouer. On aurait donc pu attendre un utile et sage film de mémoire traitant son sujet sur un mode proche du docu-fiction…

… mais on se tromperait, car le film conserve de bout en bout ce regard enfantin et même magique, ou plutôt fantastique, qu’implique le choix du point de vue du jeune garçon. Le refus du traitement historique est très net : le village natal d’Adama n’est jamais nommé ni situé exactement, rien n’est dit ou montré sur le contexte colonial, et le scénario du film ne tiendrait pas debout une seconde s’il fallait le prendre sur un mode réaliste. Le dénouement confirme ce parti pris, puisqu’il reste largement ambigu et peut se comprendre de plusieurs façons. Le film brouille même parfois les pistes, puisqu’il es supposé s’inspirer de l’histoire des tirailleurs sénégalais mais montre un village dont certaines caractéristiques rappellent plutôt le pays dogon au Mali, avec ses hautes falaises et le nom d’Ogotemmêli donné à l’un des sages (nom qui fait certainement référence au griot qui narre la cosmogonie dogon réécrite par Marcel Griaule dans Dieu d’eau). Adama est donc un conte initiatique, et j’ai presque envie de dire que c’est un conte africain dans son esprit, tant le recours aux symboles et à différents niveaux de lecture y est constant. Le masque de l’esprit, les peintures à motifs en chevrons, l’albatros et d’autres images y forment des indices récurrents qui confèrent une cohérence non rationnelle à l’intrigue et l’ancrent fortement dans (au moins) le réalisme magique, voire (au plus) l’allégorie, dans un scénario qui parle peu, montre beaucoup et en laisse encore plus à deviner ou à interpréter. L’aspect initiatique du voyage d’Adama est subsumé par la figure du fou, qui se trouve là en apparence par hasard au début mais prend toujours plus d’ampleur au fil du film.

J’ai beaucoup parlé du scénario et encore assez peu de l’animation elle-même. Elle est hybride et expérimentale. Au premier regard, le film peut sembler animé en images de synthèse, mais le très grand niveau de détail des personnages principaux et leurs mouvements un peu saccadés font davantage penser à de l’animation en volume faite à partir de statuettes articulées. Il s’avère que la technique employée tient un peu des deux : les poses-clés des personnages ont été entièrement sculptées en terre cuite, puis les statuettes ont été scannées et animées. Le résultat a une « patte » artistique beaucoup plus affirmée que des personnages qui auraient été directement modélisés sur ordinateur. Ajoutons à cela des décors et arrière-plans amples et colorés… en 2D, et des effets spéciaux employant des techniques franchement expérimentales pour les dernières séquences du film, avec utilisation de ferrofluides pour les explosions et les nuages de gaz de Verdun, ainsi qu’une belle scène de cauchemar de guerre animée à la limaille de fer (je crois). Vous l’avez compris : Adama est à voir absolument pour tous les amoureux de l’animation qui se respectent.

Un mot sur les voix, qui comptent toujours énormément pour poser l’univers d’un film d’animation. Elles m’ont tout de suite plu : vivantes, énergiques, tour à tour enthousiastes, colériques, rugueuses, gouailleuses, elles sont en grande majorité des voix de Noirs, chose pas si fréquente au cinéma, y compris hors animation.

J’ai déjà dit beaucoup de bien du film, mais je termine par ce qui m’a rendu vraiment enthousiaste : la musique. Pablo Pico, qui n’est visiblement pas un débutant en la matière, contribue puissamment à installer l’atmosphère de conte initiatique du film. Usant tour à tour de percussions entraînantes, et même par moments épiques, et de parties beaucoup plus douces tendant vers l’atmosphère sonore à l’aide des cordes harpesques d’une cora, le tout traversé par les éclairs fugaces d’une flûte peule, il signe ici une bande originale magnifique, sur laquelle je me suis jeté et que je n’ai pas fini de réécouter tant elle est évocatrice. La chanson d’Oxmo Puccino, qui surgit au moment du générique de fin, m’a surpris car je ne connaissais pas du tout ce qu’il fait et connaissais encore assez mal le rap, mais elle m’a bien plu et c’est une découverte qui a encore renforcé mon envie de mieux m’intéresser au genre. Elle forme à la fois un commentaire et un contrepoint au film.

Adama, je l’ai dit en commençant, était un OVNI. C’est un OVNI qui a obtenu en partie la reconnaissance qu’il méritait, puisqu’il a obtenu un prix pendant sa conception, puisqu’il a été applaudi à Annecy et figurait parmi les quelques nominés qui ont rivalisé pour le Cristal du long-métrage, et puisqu’à sa sortie il a obtenu un bon accueil dans la presse. Hélas, l’OVNI n’a pas su attirer les foules, et c’est même sans doute le film d’animation français sorti fin 2015 qui s’en est tiré le moins bien au box-office. Disons-le : il méritait mieux, et c’est bien pour ça que j’en parle ici, dans l’espoir de l’aider à trouver son public à présent qu’il est disponible en DVD à l’achat et à la location, et sans doute aussi en vidéo à la demande.

Pourquoi ce rendez-vous manqué dans les salles ? Pour plusieurs raisons, je suppose, et j’aimerais détailler un peu mes idées à ce sujet. D’abord, le film lui-même, quand on y pense, est extrêmement original et audacieux : par son scénario, il échappe allègrement aux catégories habituelles (un film évoquant un événement historique, mais sur un mode résolument non réaliste, ce qui fait qu’il n’est classable ni tout à fait dans les contes africains façon Kirikou, ni dans les « films de mémoire », ni dans les films d’aventure familiaux génériques) ; par son animation hybride et son scénario très épuré, il ressemble plus à un court-métrage qu’à un film formaté pour le marché des salles. C’est, encore une fois, un OVNI comme le cinéma d’animation français sait en produire souvent et jamais similaires les uns aux autres : l’existence même de ce film est un pied de nez réjouissant aux contraintes écrasantes de l’industrie du cinéma et une preuve de bonne santé du domaine (cette année, cette preuve a été apportée par la sortie en salles de La Jeune Fille sans main, dont les choix d’animation casse-cou font passer Adama pour un sage dessin animé des familles).

Ensuite, par sa nature même, le film n’était pas facile à promouvoir en termes de publicité et de dossier de presse. Comment fallait-il le présenter ? Ma crainte est que la mention de l’inspiration prise auprès du témoignage d’un tirailleur sénégalais ait classé le film dans l’esprit des spectateurs potentiels comme un « film difficile » ou un « film sérieux », une de ces leçons d’histoire moralisantes dont l’existence est un bon signe mais qu’on regarde plus à la télévision qu’au cinéma… or Adama n’est rien de tout ça, il est complètement ailleurs que là où on semble avoir craint qu’il soit. Film au budget modeste, Adama pouvait difficilement prétendre en mettre plein la vue aux spectateurs comparé à je ne sais plus laquelle des grosses productions américaines animées à la chaîne qui sortait au même moment… et pourtant Adama regorge de belles images, de scènes cinématographiquement réussies et d’une animation qui sort des sentiers battus pour proposer autre chose au public.

Enfin, le contexte n’a malheureusement pas aidé Adama à se faire remarquer en salles. Outre la concurrence extrêmement agressive des grosses productions américaines, toujours précédées, accompagnées et suivies par un rouleau compresseur publicitaire nauséeusement omniprésent, Adama s’est trouvé en concurrence fin 2015 avec pas moins de trois autres films d’animation français, tous sortis peu avant ou pendant les vacances de la Toussaint, et tous à peu près destinés au même public (enfants, potentiellement familles) : Mune, le gardien de la Lune ; Phantom Boy et Adèle et le monde truqué. Trois autres films qui étaient tous au pire honorables et au mieux génialissimes, tous avec un univers graphique radicalement différent des autres, un imaginaire bien affirmé, une histoire prenante… et qui ont sûrement paru plus divertissants vus de l’extérieur. Si je tenais les diffuseurs qui ont eu la brillante idée de sortir à si peu de temps d’intervalle ces quatre films, qui méritaient tous la plus grande attention  des cinéphiles, je leur ferais passer un mauvais quart d’heure. Car ça a été en partie la mésaventure d’Adama, comme c’est régulièrement celle des films originaux à petit budget qui ne peuvent pas se permettre de se faire annoncer bruyamment par des torrents d’affiches et de clips promotionnels.

Adama mérite donc d’être vu, et j’espère bien vous avoir donné envie de lui donner sa chance !


[Film] « Kochadaiiyaan », de Soundarya R. Ashwin

1 juin 2014

2014, Kochadaiiyaan

L’Inde dispose d’un cinéma foisonnant, extrêmement varié, mais trop peu connu en France où les films indiens sont encore trop mal diffusés ou peu commentés par les médias, en dehors de quelques exceptions (notamment la fastueuse version de Devdas réalisée par Sanjay Leela Bhansali en 2002, avec les stars Shahrukh Khan et Aishwarya Rai Bachchan dans les rôles principaux). Or depuis une bonne quinzaine d’années, l’Inde s’est aussi dotée d’un cinéma d’animation de plus en plus florissant. D’abord cantonnés au rôle de sous-traitants pour des studios étrangers (le plus souvent américains ou européens), les animateurs indiens ont pris leur autonomie, ouvert leurs propres studios et commencé à réaliser leurs propres films animés, destinés avant tout au public indien et jamais diffusés en France… jusqu’à maintenant.

Pas encore de miracle, cela dit : Kochadaiiyaan est sorti dans très peu de salles (moins d’une dizaine, à ce que j’ai pu trouver), et dans un silence médiatique aussi impeccable que désolant, du moins de la part des grands titres de presse que j’ai pu consulter. Cela dit, cela valait peut-être mieux pour lui : les mauvais journalistes de cinéma ont tendance à méconnaître complètement la richesse extraordinaire des techniques et des styles d’animation et à estimer que tout ce qui n’est pas un film animé en images de synthèse à très gros budget, de préférence américain et avec un style à la Pixar, ne peut être qu’un mauvais film ou une curiosité anachronique (à l’exception des films de Hayao Miyazaki qui sont tous qualifiés de chefs-d’œuvre, mais c’est l’exception qui confirme la règle). C’est naturellement loin d’être le cas et, même si Kochadaiiyaan n’est certes pas un chef-d’œuvre, ce n’est pas une raison pour ne pas en dire quelques mots.

Une nouvelle pierre dans un édifice en plein chantier : l’animation indienne

Aller voir Kochadaiiyaan dans un cinéma français, en 3d relief, c’est avoir un aperçu d’une animation en plein essor dont les artistes et les techniciens accomplissent chaque année des pas de géants, et qui pourrait bien donner naissance dans peu d’années à de grosses productions capables de rivaliser avec Disney ou Dreamworks, voire  des œuvres uniques à la personnalité aussi forte que celle des films d’animation français ou japonais par exemple. Ce ne sont ni les studios, ni les animateurs, ni la technique, ni les idées, ni la personnalité qui manquent, seulement à la rigueur le budget (mais l’Inde, tout comme les États-Unis, possède ses énormes studios – ce qu’on appelle « Bollywood » ou « Kollywood » – capables d’aligner les films à gros budget chaque année) et surtout l’expérience. Passer de la sous-traitance ou bien de la production de publicités, de clips, de courts métrages ou de séries d’animation télévisées à un film au format long métrage, c’est un pas qui n’a rien d’évident et que n’importe quel studio d’animation dans le monde aborde toujours avec appréhension : les exigences de qualité sont sans commune mesure, les enjeux financiers aussi.

Il y a peu de temps, l’Inde en était encore au temps des pionniers. Les studios d’animation existent dans le pays depuis les années 1950 et, depuis une vingtaine d’années, l’arrivée de l’animation par images de synthèse a réclamé de former les animateurs à des techniques entièrement différentes. L’Inde a déjà produit des dessins animés de bonne qualité, comme Ramayana: The Legend of Prince Rama, certes co-produit avec le Japon (co-réalisé par Yugo Sako et Ram Mohan), en 1992, qui offre un aperçu du mariage aussi étonnant que réussi entre l’univers de la mythologie hindoue venu tout droit de l’épopée du Ramayana, un univers visuel nettement indien et un style d’animation très proche des dessins animés japonais. Mais, à ma connaissance, il n’y a pas eu tant que ça de grands dessins animés indiens avant le tournant de l’an 2000.

Kochadaiiyaan est loin d’être le premier dessin animé indien à être animé en images de synthèse. Ce titre ne revient pas non plus à Roadside Romeo, co-produit par Disney en 2008, qui s’en targuait abusivement. Non, il faut chercher bien plutôt autour de l’an 2000 (soit à peine cinq ans après Toy Story de Pixar qui était le premier film d’animation en images de synthèse tout court) pour trouver déjà une production indienne, Pandavas : The Five Warriors, réalisée par Usha Ganesarajah et produite par le studio Pentamedia Graphics (là encore, on est en pleine mythologie : le sujet du film est emprunté au Mahabharata, l’autre grande épopée indienne antique). Kochadaiiyaan n’est pas non plus le premier film indien animé en capture de mouvement, puisque Sindbad : Beyond the Veil of Mists, le précédent film de Pentamedia, sorti également en 2000, avait déjà systématisé cette technique à l’échelle d’un film. Tant les Pandavas que Sindbad recherchaient déjà un rendu réaliste. À visionner des scènes de ces films, on a le sentiment de voir des scènes cinématiques de jeu vidéo de la fin des années 1990 : les décors sont bien faits, les costumes et accessoires bien modélisés et riches en détail, mais l’animation elle-même et le rendu de détails comme les ombres et les effets de lumière ne sont pas encore très élaborés. Comme les effets spéciaux vieillissent vite ! Les spectateurs non avertis auront vite fait de se moquer de ces premiers essais, en oubliant la prouesse technique qu’ils représentaient encore aux États-Unis il y a quinze ans.

Dans l’intervalle, l’industrie de l’animation indienne s’est développée à toute vitesse, portée par des succès comme celui de Hanuman en 2005 (en dessin animé). Toutes sortes de studios se sont créés et les films se sont multipliés, chacun tentant d’avoir sa part du gâteau auprès du public, sans que le succès soit toujours au rendez-vous. Les techniques employées restent aussi bien le dessin animé (comme dans la co-production indo-disneyenne Arjun, the Warrior Prince en 2012, de nouveau inspiré du Mahabharata et qui ne semble malheureusement pas avoir trouvé son public) que les images de synthèse (par exemple Bal Ganesh en 2008, qui raconte la jeunesse du dieu Ganesha dans un style cartoonesque, ou Ramayana : The Epic de Chetan Desai en 2010). Les sujets sont souvent mythologiques, voire franchement religieux (comme dans Dashavatar en 2008), ou bien reprennent sous forme animée les sujets et les conventions des gros films « bollywoodiens » (comme Roadside Romeo déjà cité ou Koochie Koochie Hota Hai en 2011).

Un prince parfait se venge d’un roi secrètement fourbe

Cette longue introduction permet de mieux comprendre l’intérêt de Kochadaiiyaan. À commencer par l’originalité de son sujet : contrairement à ses prédécesseurs qui ne se détachaient pas des sujets mythologiques préexistants, Kochadaiiyaan est un film d’aventure de fantasy situé cette fois dans un univers entièrement fictif, quoique toujours proche de l’atmosphère des grandes épopées indiennes et inspiré davantage par l’Inde médiévale réelle que par les fictions à forte dose de merveilleux : oubliez les elfes, les orques et les magiciens barbus, et sortez plutôt les guerriers à moustache, les princesses en sari, les chars à chevaux et les complots de palais. Précisons aussi que le film s’adresse davantage aux adolescents et aux adultes qu’aux très jeunes enfants (disons que je le classerais dans la catégorie des « 12 ans et plus »).

L’histoire est celle d’un bon film d’aventure rempli de ficelles classiques mais efficaces. Dans un lointain passé, deux royaumes rivaux sont constamment en guerre. Un tout jeune prince, Rana, entreprend, pour des raisons qu’on ignore, un voyage périlleux vers le royaume ennemi. Arrivé à moitié mort dans ledit royaume, sans qu’on connaisse son identité, il y grandit et devient un grand guerrier. Promu au titre de commandant en chef de l’armée royale, il découvre dans les mines secrètes du roi des milliers d’esclaves venus de son royaume natal, qu’il n’a pas oublié. Il obtient de changer ces esclaves en guerriers et de les mener au combat contre leur propre royaume… pour bien évidemment rentrer chez lui avec eux et rejoindre les armées de son royaume natal. Ce premier exploit ne couvre que les quelques premières minutes du film et ouvre une longue série de prouesses. Les enjeux réels du film ne se dévoilent que progressivement, lorsqu’on découvre la haine a priori inexplicable que Rana voue à l’actuel roi de son royaume natal. Pour la comprendre, il faudra un flashback relatant la vie du père de Rana, Kochadaiiyaan, le héros à la crinière de longs cheveux, injustement trahi par le roi.

Le film fait alterner avec une bonne régularité les scènes d’action épiques (un peu sanglantes, donc pas destinés à de très jeunes enfants, quoique sans surdose d’hémoglobine) et les scènes plus calmes de réflexion, de complots ou d’amour. Les rebondissements sur les motivations cachées de Rana et du roi sont bien amenés et confèrent à l’histoire un côté feuilletonnesque pas désagréable. L’ensemble fait parfois penser au Comte de Monte-Christo d’Alexandre Dumas pour la vengeance et les secrets, et au Cid de Corneille pour les exploits guerriers et les dilemmes familiaux, le tout dans un univers qui emprunte tout de même au Mahabharata ses héros surpuissants et moralement irréprochables et ses royaumes rivaux.

Pour un public européen ou américain, le scénario du film rappellera surtout les films d’aventure du milieu du XXe siècle comme ceux mettant en scène Errol Flynn (Les Aventures de Robin des bois, L’Aigle des mers) ou, sous nos latitudes, les films de cape et d’épée façon Scaramouche ou Le Bossu. Comme dans ces films, le héros est présenté comme foncièrement bon (« Loyal Bon », diraient les joueurs de Donjons et Dragons) et lutte contre l’injustice avec un esprit de sacrifice qui n’a d’égal que son sens de la répartie. Rana et Kochadaiiyaan ne sont cependant pas aussi rebelles et insolents que leurs cousins à rapière : ils sont parfaits, trop parfaits, et tombent parfois dans les travers des personnages de ce type, un peu trop lisses, comme Mickey ou Tintin. La critique vaut surtout pour Kochadaiiyaan lui-même, dont on comprend qu’il finisse par taper sur les nerfs de son roi à force d’être un modèle de vertu. Rana, de son côté, offre heureusement un personnage plus nuancé, vengeance secrète oblige. En outre, Kochadaiiyaan contient aussi une part d’humour qui équilibre bien ses éléments de drame, même si le tout devient peut-être un peu trop sérieux dans le dernier tiers du film.

Les héros principaux sont tous des hommes ; la plupart des personnages féminins ont simplement le rôle d’épouses ou de mères, mais la princesse royale est un peu mieux traitée puisqu’elle est aussi douée pour les arts martiaux que pour tomber amoureuse du héros. Si le film ne m’a paru contenir aucun message politique, social ou religieux particulier (les quelques allusions à Shiva sont banales dans le cinéma indien, majoritairement hindou, et se rapportent autant à l’univers des épopées mythologiques qu’aux réalités actuelles du pays), l’une des péripéties secondaires du film consiste en un mariage entre deux personnes de castes différentes encouragé par le héros, sujet qu’on retrouve fréquemment dans le cinéma bollywoodien mais qui n’est pas encore si évident dans la société indienne.

Dans la plus pure tradition bollywoodienne, le film est ponctué par de nombreuses chansons allant de pair avec autant de chorégraphies de la part des héros et de foules de figurants animés. Pour un public non habitué aux films de Bollywood, cela peut paraître un peu surprenant de voir des foules de danseuses, de villageois, de hauts dignitaires royaux ou même de soldats entonner une chanson en dansant au beau milieu d’une scène, mais c’est l’une des conventions les plus classiques de ce cinéma et pour autant qu’on l’accepte, elle ne manque pas de charme.

Reste une question qui m’a taraudé pendant plusieurs scènes : puisque Kochadaiiyaan et son fils sont supposés être des modèles de vertu si parfaits, pourquoi diable ne s’arrangent-ils pas pour faire la paix entre les deux royaumes au lieu de jouer les patriotes belliqueux ? D’accord, la guerre fait partie des conventions de ce genre de film, et il n’y aurait pas vraiment d’aventure si nos deux héros étaient encore plus doués. Mais une autre réponse apparaît à la toute fin, dont l’ultime rebondissement semble clairement fait pour permettre une suite au cas où le film aurait du succès. Pour le coup, c’est de bonne guerre.

Des images réussies, l’animation et la réalisation encore  inégaux

Parlons maintenant des images et de l’animation – c’est là que les Athéniens s’atteignent et que les Pixar se pixélisent. Outre tout ce que j’ai dit sur le contexte propre à l’animation indienne, il faut ajouter que le film se revendique d’un rendu aussi photoréaliste que possible, à l’aide notamment de la technique de la capture de mouvements, et aussi que la production a été menée tambour battant en un temps record d’un an et demi. Une accumulation de paris périlleux.

Si l’on tient compte de ce contexte particulier, surtout par rapport aux précédents films d’animation indiens en images de synthèse, il faut convenir que les progrès sont sensibles. Kochadaiiyaan contient tout ce dont un film d’aventure épique a besoin, et il ne lésine pas dessus : villes et palais ou paysages naturels, armées en marche ou foules chamarrées de courtisans et de danseuses, jardins, tours, prisons, combats à pied, à cheval, en char ou sur mer, duels héroïques et assassins infiltrés, tout y est. Décors, costumes et accessoires impressionnent par leur luxe de détails, qu’il s’agisse des motifs des vêtements, de la texture de cuir des rênes d’un cheval ou de la peau des acteurs et actrices principaux. Bref, il y a des images superbes et le film n’est pas avare en grand spectacle.

L’animation elle-même est plus inégale. Les ombres, les reflets et les effets de lumière sont correctement rendus et l’ensemble garde un niveau de qualité professionnel, mais certaines scènes sont moins réussies que d’autres. Les ombres, parfois, sont un peu rares, et certains plans font penser à des scènes cinématiques de jeux vidéo du début des années 2000. Ça ne pique pas les yeux et ça reste regardable, mais ça n’atteint pas le niveau des grosses productions des pays riches. Le « photoréalisme » revendiqué n’est donc pas toujours au rendez-vous, bien que les éléments les plus importants, notamment les corps et les visages des acteurs principaux, restent particulièrement soignés.

Rien de surprenant là-dedans : je ne vois pas comment cela aurait été possible étant données les contraintes de temps et de budget des animateurs du film. Mais encore une fois, on serait trop sévère de voir dans le film un nanar sur la base de cette simple différence de niveau. À mes yeux, on est plutôt dans la catégorie intermédiaire, celle des films qui maîtrisent déjà bien les techniques numériques mais qui n’ont simplement pas les moyens de mettre des centaines de millions de dollars, d’euros ou de yens dans leurs effets spéciaux. Cela n’a jamais empêché personne de faire de bonnes choses avec des ordinateurs (par exemple, voyez L’Ours montagne d’Esben Toft Jacobsen, film danois sorti en 2011, ou Sam et les monstres de feu de Kompin Kemgumnird, thaïlandais cette fois, sorti en 2012).

Le film trouve ses défauts les plus gênants dans certains détails plus particuliers. Si les scènes de chorégraphies ne sont pas si mal transposées en animation dans l’ensemble, les expressions des personnages et les mouvements des lèvres sont parfois ratés, notamment dans certaines des premières chansons. Dans la première chanson d’amour, surtout, la princesse avait un regard terriblement inexpressif et prenait une allure de Barbie en plastique dans certains plans (mais faut-il blâmer les compétences des animateurs ou le jeu de l’actrice ?). Cela m’a inquiété pour la suite, mais les choses s’amélioraient ensuite, avec des scènes parfois franchement réussies.

Deuxième défaut, qui m’a davantage gêné pendant le film : la vitesse des déplacements de la caméra et la brièveté des plans, notamment dans les scènes d’action. Le film contient de nombreux plans magnifiques, mais trop vite expédiés. Est-ce par peur que des plans plus longs laissent voir les défauts de l’animation (alors que les décors et les costumes peuvent sans problème supporter d’être admirés), ou bien une concession abusive à la mode actuelle des montages frénétiques ? Toujours est-il que certaines scènes m’ont paru y perdre, que ce soient des scènes de combat (le combat contre les hyènes, par exemple) ou des scènes de danse (la danse de Kochadaiiyaan, par ailleurs visuellement et musicalement très réussie).

Dernier défaut : la 3d relief, correcte, mais qui ne supporte pas toujours bien ce montage trop nerveux, d’où quelques effets de relief aberrants dans quelques plans. Cependant, cela ne m’a pas beaucoup gêné, même si je reverrais bien le film en 2d à l’occasion.

Le bilan technique de Kochadaiiyaan reste globalement bon : le travail accompli est impressionnant, les images du film sont belles et riches en détails, les progrès par rapport aux précédentes productions du même type sont indéniables. L’animation indienne s’approche à grande vitesse de la cour des grands. Il est d’autant plus frustrant de voir des plans à l’animation perfectible ou au rendu imparfait. En sortant de la séance, je rêvais à ce que le film pourrait donner dans une version non pas « director’s cut » mais, disons, une version peaufinée qui améliorerait la finition de l’ensemble pour le rendre vraiment magnifique.

Une bande originale réussie

J’ai mentionné plus haut les chansons. Un film de Bollywood ne serait rien sans sa musique. Celle de Kochadaiiyaan est composée par A. R. Rahman, un grand nom de la musique de films en Inde. Et le résultat est incontestablement une réussite. Les chansons sont tour à tour entraînantes ou paisibles, toujours émouvantes. Chose assez rare pour être saluée, les paroles des chansons étaient aussi sous-titrées, ce qui permet de profiter pleinement de la poésie propre aux chansons bollywoodiennes, remplies d’images et de métaphores colorées que personne n’oserait inclure dans un film sous nos latitudes. Oubliez les figures de style parfois pâles ou cliché des dessins animés Disney : les chansons bollywoodiennes sont beaucoup plus dépaysantes, et, quand elles sont réussies, elles forment des poèmes à part entière. Les parties instrumentales ne sont pas négligées et accompagnent efficacement l’action le reste du temps.

Si vous voulez quelques exemples de la bande originale, je vous recommande la chanson « Engae Pogudho Vaanam » qui accompagne la première apparition de Rana et de ses guerriers : épique et entraînante, elle donne le ton pour les aventures qui suivent (le refrain signifie en gros « Là où vole le vent, nous allons »). Vous pouvez l’écouter par exemple sur Youtube. Parmi les chansons sentimentales, voyez la belle « Idhayam » qui exprime les doutes de la princesse Vadhana (là encore, on la trouve sur Youtube). Vous remarquerez vite que le film a été produit en au moins trois langues, chose très courante en Inde où la diversité linguistique est une réalité banale : la version originale du film est en tamoul, mais la bande originale a également été éditée dans des versions en hindi et en télougou.

En somme…

En somme, si Kochadaiiyaan n’a pas encore réussi à éveiller l’intérêt des médias sous nos latitudes, et si ses prouesses d’animation n’atteignent pas encore tout à fait le niveau suffisant pour conquérir un public toujours sévère en cette période de surenchère technique débridée, il reste néanmoins un film très regardable et témoigne des progrès rapides de l’animation indienne en ce début de siècle. Je ne serais pas surpris que, dans quelques années, l’Inde se hisse sans grand effort au rang des grands studios américains, européens ou japonais, et que ses films bénéficient enfin de la large diffusion que mérite le savoir-faire et la créativité de leurs animateurs.

Le film n’aurait pas pu se faire sans la célébrité et les moyens dont jouit en Inde Rajnikanth, dit « superstar », l’acteur principal du film : espérons que Kochadaiiyaan, qui bénéficie de plusieurs sorties à l’étranger, trouvera son public et ne dissuadera pas les producteurs de retenter l’expérience. Pour la réalisatrice, Soundarya R. Ashwin, fille de Rajnikanth, dont c’est le premier film, le pari était dangereux, mais il est relevé avec un résultat honnête, hormis le montage parfois trop frénétique. De quoi suivre avec curiosité les prochains développements de l’animation indienne et les futures réalisations d’Ashwin.

Sur les mêmes sujets

Si vous cherchez un film d’animation du même genre qui soit complètement réussi, je ne peux que vous recommander Ramayana: The Legend of Prince Rama de Yugo Sako et Ram Mohan (1992) dont je parlais plus haut. C’est un dessin animé de bonne qualité, qui rend justice à la fois à l’épopée du Ramayana et aux arts visuels indiens, avec une animation très correcte. Ce petit bijou injustement méconnu n’est malheureusement pas édité en DVD sous nos latitudes : il faudra vous contenter de le regarder en ligne en attendant qu’il soit enfin édité comme il le mérite. Parmi les films plus récents que je n’ai pas encore vus, Arjun, the Warrior Prince (2012) semblait très prometteur, également en 2d, mais avec un style proche des Disney de la période Tarzan ou des premiers dessins animés Dreamworks en 2d (du type Le Prince d’Égypte, La Route d’Eldorado ou Spirit ).

Si vous voulez plus d’informations sur Bollywood et le cinéma indien en général, allez donc faire un tour sur le Bollyblog d’A2, qui est une mine d’informations. A2 est passionnée de cinéma indien, et c’est même elle qui m’a fait découvrir Kochadaiiyaan, ce dont je ne peux que la remercier ! Si vous n’y connaissez rien au cinéma indien, il vous suffira de commencer par la page qu’elle a prévue spécialement pour les néophytes.


[Film] « Le Congrès », d’Ari Folman

17 septembre 2013

LeCongres-AriFolman

Le Congrès est un film de science-fiction réalisé par Ari Folman, qui en signe aussi le scénario, adapté d’un roman de l’écrivain polonais Stanislas Lem, Le Congrès de futurologie, paru en 1973. Stanislas Lem (1921-2006) est plus connu pour un autre de ses romans, Solaris, plusieurs fois adapté au cinéma. Ari Folman, lui, s’est surtout fait remarquer avec Valse avec Bashir, un film d’animation documentaire sur le conflit israélo-libanais qui avait remporté de nombreux prix. Le film est une co-production américaine, luxembourgeoise, israélienne et polonaise.
Je n’ai pas (encore) lu le roman dont Le Congrès est adapté, et je ne le critiquerai donc pas en tant qu’adaptation. D’après ce que j’ai pu lire, Folman a gardé une certaine autonomie par rapport au roman et a modifié ou accentué des choses pour se rapprocher des enjeux technologiques actuels (le roman est une évocation des dictatures d’Amérique du Sud, ce qui se voit beaucoup moins dans le film, alors que ce dernier développe une réflexion très critique sur les évolutions récentes et futures de l’industrie du cinéma et sur la massification des nouvelles technologies). En tout cas, regardé en tant qu’œuvre autonome, le film s’en sort très bien.

L’histoire commence en 2013. Une actrice américaine sur le retour, Robin Wright (qui joue son propre rôle dans le film : elle s’est fait connaître pour ses rôles dans Princess Pride et Forrest Gump), se voit proposer une offre de dernière chance par la compagnie Miramount : se faire scanner pour devenir une actrice numérique, c’est-à-dire céder à la compagnie les droits sur son image et son jeu sur tous supports et sur tous sujets. Miramount possèdera l’image « Robin Wright » tandis que la vraie Robin Wright s’engagera à ne plus jamais jouer de rôle où que ce soit.

Wright est d’abord excédée par les implications d’un pareil contrat. Mais son fils Aaron est atteint du syndrome d’Usher, une maladie probablement incurable et dont les soins coûteront évidemment beaucoup d’argent…
Toute la première partie du film tourne donc autour du monde du cinéma et des conséquences des nouvelles technologies sur les relations entre les acteurs et les producteurs. Elle prend son temps, avec un côté drame psychologique, et est littéralement portée par les excellentes performances des acteurs (Robin Wright elle-même et aussi Harvey Keitel). Les éléments proprement « science-fictifs » restent discrets mais montent en puissance doucement.

Ils ne prennent vraiment leur essor qu’avec la seconde partie du film : Wright accepte le contrat, elle se fait scanner et l’intrigue bondit vingt ans plus tard. C’est là que le film bascule en animation, ce qui s’accorde très bien avec la société que dépeint Folman… et avec le « tournant dickien » de l’intrigue, qui joue de plus en plus sur les couches d’illusion et de réalités imbriquées jusqu’à l’inextricable.
Le propos politique du film atteint là sa plus grande force, lorsque Wright se trouve confrontée à une nouvelle « révolution technologique » que Miramount s’apprête à révéler au public à l’occasion du « Congrès de futurologie ». Dans l’intervalle Miramount a pris de plus en plus d’importance dans la vie quotidienne, et sa nouvelle invention va bouleverser de fond en comble la vie des gens et la réalité elle-même, avec des conséquences qui feraient passer le « simple » scan d’acteurs pour une broutille.
Wright a fort à faire pour démêler les événements, et les spectateurs aussi : le scénario devient sans doute un peu désordonné… mais il donne toujours autant à réfléchir, aborde frontalement et avec force la question de la société du divertissement, de la course à la technologie, des usages des nouvelles technologies par les multinationales qui pèsent lourdement sur les évolutions sociales et tentent de plier l’éthique à leurs intérêts.

Ce n’est pourtant pas un film de pure réflexion, car l’ensemble reste souvent non résolu, voire simplement esquissé, mais les questions sont posées, et surtout, en termes de cinéma, on s’y retrouve : l’animation est superbe, créative, utilisée avec ingéniosité, il y a des scènes et des plans excellents, et l’atmosphère de ce monde troublant est très bien installée puis entretenue. L’aventure de Robin Wright se perd entre le rêve, l’hallucination et le cauchemar, dans une poésie qui oscille entre la mélancolie et les paradis artificiels.

Il y a énormément de choses à en dire, ne serait-ce que sur l’emploi génial de l’animation pour aborder ces sujets-là. L’animation en 2D oscille savamment entre le pastiche des vieux cartoons, l’esthétique psychédélique des années 1980, et l’esthétique… actuelle, celle des animations en Flash à deux balles, avec leur côté très plat et figé, et des icônes tout en couleurs des réseaux sociaux, des sites Web et des applications pour smartphones. Ce monde facebookisé et googlisé où toutes les interfaces sont simplifiées à outrance et parées de couleurs joyeuses comme pour infantiliser les adultes en leur faisant oublier les « détails » techniques et les conséquences des technologies qu’on leur fait adopter. Le tout sur un refrain savamment programmé de « révolution technologique » martelé à coups d’annonces marketing — l’une des scènes est une parodie assassine des annonces commerciales gouroutesques d’un Steve Jobs.

Je crois qu’il est important de voir ce film pour se faire son propre avis, car, selon les opinions, le mélange peut sembler prendre plus ou moins bien, le scénario et la fin peuvent convaincre plus ou moins, etc. Mais l’ensemble est très honorable et donne matière à réflexion.

Ce film a un côté « OVNI esthétique de SF » qui fait plaisir à voir. On pourrait tenter des rapprochements avec d’autres films d’animation. Le côté « personnages toons et critique sociale pessimiste » rappelle les films animés de Ralph Bakshi (non pas Le Seigneur des anneaux, son film le plus connu en France, mais les autres, comme Heavy Traffic et Cool World, même si Folman ne va pas jusque là dans le trash). Le vertige dickien me rappelle un peu l’excellent A Scanner Darkly de l’Américain Richard Linklater (adapté de Substance mort de Philip K. Dick et sorti en 2006), un film d’animation en rotoscopie où un agent incarné par Keanu Reeves se perd peu à peu dans un dédale d’hallucinations. Et on pourrait aussi penser au tout aussi excellent Paprika du Japonais Satoshi Kon (2006 aussi), pour tout l’aspect « fusion entre rêve et réalité » et l’emploi de la mise en abyme pour nourrir une réflexion sur le cinéma et l’image en général. Sans atteindre peut-être le niveau de ce dernier film, qui est pour moi un chef-d’œuvre, Le Congrès reste une excellente surprise, qui mérite le déplacement et montre que Folman est décidément un réalisateur à suivre.

Cette critique a été postée sur le forum elbakin.net en juillet 2013, et légèrement rebricolée ensuite.


[Film] « Aïda » (« Aida degli alberi »), de Guido Manuli

19 août 2013

Couverture du DVD français du film "Aïda" de Guido Manuli.Référence : Aïda (titre original : Aida degli alberi, c’est-à-dire Aïda des arbres), film d’animation réalisé par Guido Manuli, Italie-Royaume-Uni, 2001. Dessin animé en deux dimensions avec éléments modélisés en images de synthèse.

La vie d’un amoureux du cinéma d’animation ne pouvant pas être faite que de bonnes surprises, j’ai le regret de vous apprendre que j’ai vu en DVD Aida degli alberi, une coproduction italo-britannique sortie en 2001, et que c’est très mauvais.

L’histoire

L’histoire s’inspire très librement de l’opéra de Verdi Aïda, qui se déroule dans l’Égypte antique et met en scène les amours impossibles entre un preux guerrier égyptien et une esclave éthiopienne. Ici, l’intrigue a été transposée dans un univers de fantasy, l’histoire n’a qu’un rapport assez vague avec l’intrigue d’origine et le dénouement ne sera évidemment pas tragique. Le film ne cherche donc pas à être une adaptation de l’opéra, mais se contente de s’en inspirer. (La musique, elle aussi, n’a rien à voir, pour autant que j’aie pu en juger.)

Les deux peuples en guerre sont, d’un côté, le peuple d’Arboréa, qui vit dans la forêt, et de l’autre le peuple de Petra, qui vit dans une énorme cité de pierre dans une région entièrement déboisée. Les deux peuples sont composés d’humanoïdes aux formes et aux couleurs diverses : les gardes de Petra, par exemple, ont des têtes de serpents et ont la peau turquoise, tandis que Radamès et son père ont un aspect léonin et ont la peau rouge ; les Arboréens ont aussi la peau turquoise mais ont des têtes différentes. Je n’ai pas trop vu la cohérence du machin. La faune locale est assez abondante, il y a diverses montures et animaux plus ou moins grands avec les inévitables animaux de compagnie anthropomorphes à vocation semi-comique.
Aïda est la fille du roi d’Arboréa ; sa monture, une sorte de singe géant rose à oreilles rondes, est capturée par les guerriers de Petra et devient l’animal favori de la princesse Amneris, fille du roi de Petra. Amneris est amoureuse de Radamès, fils du général en chef de l’armée de Petra et jeune héros promis à un brillant avenir militaire, voire au trône. Mais le méchant grand prêtre, serviteur du dieu maléfique Satam, complote pour que ce soit son fils Kak qui épouse Amnéris et monte sur le trône. Manque de chance, Kak est le meilleur ami de Radamès, et c’est aussi un type rondouillard, gros *et* gourmand (évidemment) et assez stupide, et lâche (évidemment aussi) avec une voix aiguë (*soupir*), qui n’aide pas vraiment son Jafar de père dans ses plans. De son côté, Radamès va être amené à rencontrer par hasard Aïda et tous deux tomberont naturellement amoureux, ce qui marquera le début de la fin pour les plans du méchant prêtre.

Un film laid

Avec son budget de 7 millions de dollars, Aida degli alberi est une grosse production par rapport aux moyens habituels dont disposent les films d’animation européens. Les créateurs alignent parmi les atouts du film l’emploi fréquent des images de synthèse pour les décors et les effets spéciaux, ainsi qu’un grand nom pour la musique : Ennio Morricone en personne. Dans un cadre pareil, on comprend que le scénario fasse dans le classique. Le choix de marcher dans les traces de Disney et plus généralement des grosses productions à public familial américaines n’a rien de très surprenant non plus. Hélas. C’est l’une des raisons de l’échec cuisant du film.

Le film se destine avant tout à un jeune public, ce qui peut en partie expliquer mon agacement devant les ficelles archiclichées du scénario, les méchants toujours ridicules qui rendent toute tension dramatique improbable, le montage souvent précipité, les voix de doublage françaises stridentes, et les inévitables animaux de compagnie comiques. Mais je n’en suis pas à mon premier film d’animation pour la jeunesse visionné après mes 18 ans, et je suis capable de relativiser un brin. On fait de très belles choses pour la jeunesse de nos jours (parfois même dans la catégorie « simili-Disney »). Sauf que là c’est vraiment mal fait. J’évacue le doublage français médiocre, en souhaitant que la VO ait été meilleure. Mais il reste pas mal de défauts au tableau.

L’un des plus gros défauts du film est qu’en dépit de son gros budget et des images de synthèse (et même surtout à cause des images de synthèse, en fait), c’est un film laid. Et laid tout le temps, voire surtout dans les plans qui essaient d’être impressionnants. On peut concéder à l’univers visuel des choix de couleurs originaux, mais le résultat fait mal aux yeux (le turquoise, passe encore, mais constamment accompagné de rose, de vert, de rouge vif, etc. ça commence à moins aller). Et les images de synthèse sont horriblement laides. La modélisation en elle-même est correcte, mais l’intégration dans les images en animation traditionnelle ne passe pas du tout, et les lumières et les ombres sont fausses. C’est simple, on dirait que le film a été fait au moins dix ans plus tôt. Ou alors qu’il s’agit d’un de ces coups d’essais de studios asiatiques ou africains auxquels on pardonne leurs défauts parce que ce sont parfois les premiers films d’animation tout courts conçus dans les pays en question. Mais là ce n’est pas le cas, et le résultat est une insulte au cinéma d’animation britannique et au cinéma d’animation italien. En plus de ça, autant les éléments en animation traditionnelle multiplient les couleurs vives, autant les images de synthèse restent très monochromes, grises ou dorées, et les deux se marient très mal. Et quand on en vient au combat final, les créatures concernées font effectivement peur, mais pas de la façon qu’elles auraient voulu.
Quant à l’animation traditionnelle, parlons-en : elle est saccadée, du niveau d’une série animée bon marché et non d’un film de cinéma doté d’un budget pareil. C’est assez incompréhensible.

Un scénario étique

Passons à l’histoire. J’espère que vous connaissez bien vos Disney, parce que les emprunts sont multiples. On reconnaîtra au passage des bouts d’Aladdin ou de Mulan, selon les cas. Le méchant prêtre est une espèce de Jafar et d’ailleurs il hypnotise les gens. (En poussant un peu, la statue animée qu’on voit régulièrement fait penser à celle de la grotte du début d’Aladdin.) Kak veut se faire des antisèches à un moment mais il se met de l’encre sur le visage (oui, c’est Mulan).
Si j’étais méchant, je comparerais volontiers le petit crocodile et ses pouvoirs divinatoires à ceux du cochon de Taram et le chaudron magique. Mais ce serait méchant car en réalité, ce crocodile qu’il faut faire pleurer afin de contempler dans les flaques de ses larmes ce qui est en train de se passer ailleurs, c’est plutôt original et ça ressemble à une bonne idée. C’en serait une si les bruitages pour les larmes qui tombent sur le sol étaient un peu plus appropriés, parce que là on n’a pas l’impression que c’est de l’eau et les plus de 13 ans auront de très mauvaises pensées (mais à la rigueur ce n’est pas grave, le public principal n’en saura rien). Ce qui est plus réussi, c’est quand il change le bout de sa langue en petite main pour indiquer qu’il veut à manger. Ce qui reste tout de même assez perturbant (en plus, c’est le seul élément vraiment cartoonesque du film, le reste étant plus raisonnablement réaliste).

Mais ce qui est plus gênant que ça ou que les ficelles archiclichées (la page TV Tropes du film doit être énorme), c’est le fait que l’intrigue est racontée de façon vraiment brouillonne et décousue, avec des changements de scène étranges, des personnages au comportement défiant la logique (même Disney est plus cohérent que ça, quand même).

[SPOILER] Sans parler du dénouement étonnamment mal ficelé : Radamès est en plein combat final contre le dieu maléfique, mais pouf, on ne sait pas trop comment, il sent que pour le vaincre il doit embrasser Aïda. Il le fait, et le démon fait en images de synthèse vraiment horribles se liquéfie en faisant : « Rargh, l’Amour me tue ». En soi, c’est cohérent, mais c’est incroyablement mal amené (et aussi incroyablement cliché). [FIN DU SPOILER]

Ajoutons l’humour assez douteux autour du malheureux Kak, qui est gros, gourmand, lâche, etc. à un point qui en devient embarrassant.

Des chansons qui achèvent

Ce qui m’amène à la musique. Ennio Morricone, mh ? Alors en effet, il y a une belle musique d’Ennio Morricone, notamment celle, tout en subtilité, qui accompagne les scènes qui ont lieu dans la forêt. Je vous recommande donc la BO du film, mais alors surtout pas le film. Car dans le film, vous aurez surtout droit aux chansons. Bon, il y a la chanson pop romantique formatée habituelle du générique de fin (ça, encore, on l’oublie dès que ça arrive aux oreilles). Mais il y en a d’autres, plus insubstantielles les unes que  les autres. Ça, encore, à la limite, ça tombe à plat, c’est ennuyeux et c’est tout. Mais ce qui ne s’avale vraiment pas, c’est la chanson de Kak ! Eh oui, en plus le malheureux est le seul à chanter vraiment, avec les lèvres qui bougent. Il est entouré d’espèces de rats transgéniques aux yeux rouges hideux, et il se fait des hamburgers. Et c’est horrible. Une des rares fois où j’ai carrément pris la télécommande pour faire avance rapide.
Tout ça se sentirait moins si le film en mettait plein la vue, s’il était simplement beau et/ou si l’histoire était un brin mieux racontée. Mais tout ça ensemble, cela donne un naufrage. On ne peut que comparer Aida degli alberi aux Disney ou aux Dreamworks de l’époque avec lesquels il essayait de rivaliser, et convenir que le résultat est un échec complet.

L’édition DVD : le minimum syndical

Le film n’est jamais sorti au cinéma en France à ma connaissance. Je l’ai découvert en fouinant sur Internet (j’ai déniché de nombreuses petites merveilles de cette façon, dont j’espère pouvoir dire quelques mots une autre fois). En revanche, le film a été édité en DVD de zone 2 en France sous le titre Aïda, dans une collection appelée « Les Incontournables », où j’avais déjà trouvé le très honorable L’Enfant qui voulait être un ours de Jannick Astrup (une coproduction franco-danoise sortie d’ailleurs la même année qu’Aïda et qui se déroule dans l’univers des contes inuits). Malheureusement, Aida est au contraire très contournable. Et le DVD aussi, puisqu’il ne contient que la VF (moi qui espérais entendre un peu d’italien histoire d’assurer un alibi culturel minimal à la séance…) et ne propose pas le moindre bonus (non seulement on est laissé devant cette entité mais on ne saura jamais pourquoi).

Bilan

Que sauver dans ce film ? Oh, tout n’est pas mauvais. Il y a un personnage de monture de Petra, un genre de dromadaire, qui est grognon, bien doublé et qui m’a arraché mes uniques éclats de rire au premier degré du film (malheureusement on ne le voit pas beaucoup). Il y a des idées originales simplement mal utilisées (comme les larmes du crocodile, j’imagine ce que Mathieu Gaborit aurait pu en faire, tiens). Et parmi beaucoup de personnages plats, celui d’Amnéris est paradoxalement le seul à avoir une certaine profondeur, mais cela tient tout bêtement à l’histoire d’origine, qui impose qu’elle aime Radamès et n’arrive jamais vraiment à le détester même lorsqu’elle sait qu’il en aime une autre.
En étant gentil, on peut ajouter l’univers visuel de fantasy, qui évite au moins quelques clichés (pas d’elfes ou d’orques ou de nains, c’est déjà ça). Le problème, c’est que ce n’est pas dur de trouver aussi bien voire mieux dans la même catégorie, que ce soit du côté de l’honorable Château des singes de Jean-François Laguionie ou des corrects Enfants de la pluie de Philippe Leclerc en animation française, par exemple.

Alors, bon… J’imagine que les enfants doivent voir pire à la télévision de nos jours, ou même au cinéma… mais franchement, ils méritent bien mieux que ça.

Moralité : par pitié, les Européens, arrêtez de vouloir copier les studios américains en reprenant les pires travers de leurs productions formatées sans avoir les effets visuels pour compenser, le résultat fait mal aux yeux et menace la santé mentale. C’est trop demander que de faire tout simplement quelque chose d’autre plutôt que de copier servilement ce qui existe déjà ? Le grand paradoxe de cette situation est que ce sont les petites productions modestes, voire fauchées, qui sont largement en tête en termes de créativité, d’originalité et de réussite artistique, tandis que, dès que le budget grimpe et qu’il faut convaincre des investisseurs, soudain tout courage manque, on oublie les idées, on oublie l’originalité visuelle et on copie les Américains. (Et l’Europe n’est pas la seule à tomber dans ce panneau : l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud commettent régulièrement des bévues coûteuses du même genre…)

Bref, en animation italienne, allez plutôt voir les films d’Enzo d’Alo, c’est plus original et plus réussi à tous points de vue… Quant à moi, je parlerai de meilleurs films d’animation la prochaine fois, parce que ça me serre le cœur de devoir descendre un film qui représentait une alternative possible aux mastodontes américains ou japonais. Tout n’est pas si mauvais parmi les alternatives de ce genre, heureusement !


[Film] « Le Jour des corneilles », de Jean-Christophe Dessaint (film d’animation, 2012)

18 mai 2013
L'affiche définitive, pas très réussie à mon goût...

L’affiche définitive, pas à la hauteur des qualités du film à mon goût…

Coproduit par la France, le Canada, la Belgique et le Luxembourg, Le Jour des corneilles, premier film de Jean-Christophe Dessaint (qui a notamment travaillé à l’animation du Chat du rabbin), est une libre adaptation du roman fantastique du même nom de l’écrivain québécois Jean-François Beauchemin, paru en 2004. N’ayant pas lu le roman, je ne pourrai pas vous dire dans quelle mesure le film lui est fidèle : je me contenterai d’en parler en tant qu’œuvre autonome.

Le Jour des corneilles est donc un film d’animation au rendu de dessin animé « traditionnel », proche, par son style détaillé, des personnages du Chat du rabbin ou des décors des anime du studio Ghibli. Autant le dire tout de suite : sur le plan visuel, c’est une réussite complète. Les décors sont somptueux, les personnages adoptent un style cohérent qui demeure plus proche de la BD de ligne claire que du réalisme strict, et l’animation est soignée. Loin des imperfections d’un Zarafa par exemple, on a affaire ici à un travail de qualité porté par un univers visuel abouti.

Qu’en est-il de l’histoire ? Un jeune garçon maigre, agile et curieux de tout, qui n’a pas vraiment de nom au départ, vit dans une grande forêt en compagnie de son père, un colosse irascible à l’immense barbe grise et à la force herculéenne, qui a tout d’un ogre de conte et se tient à l’écart des hommes. Le garçon fréquente innocemment des fantômes, muets et bienveillants, qui ont la forme d’hybrides humains à tête d’animaux (ainsi sa mère a l’aspect d’une femme-biche). Le père, lui, vit dans la peur et la haine de « l’outremonde », et notamment des orages. Il a élevé le garçon dans la certitude que le monde s’arrête aux limites de la forêt. Mais lorsque son père se casse la jambe en tombant du toit, le garçon doit chercher quelqu’un pour le guérir. Sur le conseil des fantômes, il s’aventure en dehors de la forêt… et découvre le village voisin, où il ne tarde pas à tomber sur un médecin débonnaire (doublé par Claude Chabrol) et sur sa fille Manon. Dès lors, le jeune garçon découvre à la fois la vie en société et l’histoire de sa famille.

La rencontre cocasse entre le jeune garçon et la jeune fille ordinaire « civilisée » fait d’abord penser à une histoire d’enfant sauvage ou à un Tarzan miniature ; elle occasionne des scènes naïves et drôles, et a l’avantage de ne pas (trop) donner dans le poncif de la découverte de l’amour. Les origines du jeune garçon, elles, dévoilent peu à peu un vrai « roman familial », quelque part entre le conte et le roman de terroir. Mais le récit garde une dimension symbolique omniprésente et une subtilité qui lui donne assez de force pour s’affranchir souvent des stéréotypes du dessin animé familial.

L’histoire s’oriente assez rapidement vers la question suivante : ce terrible père est-il un homme ou un ogre, et aime-t-il réellement son fils ? On voit facilement tout l’arrière-plan symbolique, psychanalytique, etc. qui peut sous-tendre l’histoire, ainsi que toute la symbolique qui peut naître de l’opposition entre la forêt, espace des marges affranchie des contraintes et des tromperies de la vie sociale, et le village, qui semble le seul endroit où la vie et l’amour peuvent réellement se développer, dans leur force et leur fragilité.

Tout cela est classique et pourrait donner lieu au meilleur comme au pire. La grande qualité du film consiste à préserver habilement la dimension fantastique de l’histoire. L’ensemble de l’intrigue, dénouement compris, se prête en effet à une double lecture, l’une surnaturelle et heureuse, l’autre terre à terre, pour ne pas dire sordide. Selon leur âge, les spectateurs percevront plus ou moins cette double interprétation possible, qui a l’avantage de rendre le film intéressant pour un large public. Dans ce film qui relate la découverte, par des enfants avec leur regard d’enfants, d’une histoire familiale entre adultes pas toujours très reluisante, mais aussi de la réalité de la mort, une autre réussite du scénario est d’avoir su doser habilement l’humour, le drame et le pathétique, ce qui lui permet de planter un véritable univers de conte, où la fantaisie et la cruauté, l’insouciance et les grands problèmes du monde coexistent et se mêlent étroitement.

Les critiques se sont gargarisées de références à Miyazaki sous prétexte qu’il y a dans le film une forêt et du surnaturel. Ce n’est pas rendre justice au film, qui tient plus des contes de Grimm, des gravures de Gustave Doré et des paysages-états-d’âmes romantiques que de Princesse Mononoké (et encore moins de Mon voisin Totoro). C’est plutôt la bande originale du film, classique mais efficace, qui rappelle les compositions de Joe Hisaishi pour le studio Ghibli. Il faut aussi dire un mot sur les dialogues savoureux ponctués de québécismes ou de purs néologismes, qui sont une autre qualité du scénario. Malheureusement, diktat des majors anglo-saxonnes oblige, les mouvements de lèvres sont animés pour des dialogues… anglais, et ne correspondent donc même pas à la « vraie » VO.

Le Jour des corneilles m’a donc fait l’effet d’un très bon film, qui n’a pas obtenu en salles la diffusion et le succès qu’il mérite. Peut-être a-t-il été desservi par une affiche pas spécialement réussie, qui ne montre pas les plus belles qualités visuelles du film ? Toujours est-il que le film vient de sortir en DVD : j’espère qu’une bonne carrière en vidéo lui permettra de se faire connaître sur le moyen et long terme.

... et l'affiche provisoire, beaucoup plus envoûtante.

… et l’affiche provisoire, beaucoup plus envoûtante, vue sur le site d’animation Catsuka dès avril 2011 en même temps que plusieurs images du film.

Cette critique a été publiée pour la première fois dans la revue Disharmonies n° 38 en avril 2013.


[Film] « Ernest et Célestine », de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar

1 janvier 2013

2012, Ernest et Célestine, Benjamin Renner

Ernest et Célestine, c’est l’adaptation d’une série d’albums pour la jeunesse écrits et dessinés par Gabrielle Vincent, et racontant l’amitié inattendue entre un gros ours, Ernest, et une petite souris, Célestine. Le film, produit par les Armateurs (connus notamment pour avoir produit les Kirikou), est une coproduction franco-belge. Trois réalisateurs : un Français qui fait ses premières armes en long métrage, Benjamin Renner, et deux Belges plus expérimentés, Stéphane Aubier et Vincent Patar, connus pour la série puis le film animés Panique au village (2009). Le scénario et les dialogues sont signés Daniel Pennac (romancier, mais aussi plus récemment scénariste en BD pour deux Lucky Luke).

Je ne connaissais pas bien la série originale, je laisse donc les gens qui la connaissent faire la comparaison. À vue de nez, le film fait le choix d’une tonalité légèrement plus sombre que les albums, ce qui permet au film de s’adresser à un public familial plus large. En contrepartie, les vraiment-tout-petits risquent de ne pas tout comprendre, même si le film reste largement accessible aux jeunes enfants (j’ai lu quelque part « Dès 3 ans »… heu, non. Sans être parent, je dirais quand même plutôt à partir de 4-5 ans à vue de nez).

L’histoire

Célestine est une petite souris élevée dans un orphelinat où la surveillante effraie les enfants avec l’histoire du Grand Méchant Ours. Dans ce monde, les rongeurs vivent dans une cité souterraine tandis que les ours vivent en haut, dans la ville. Mais Célestine ne croit pas qu’un ours soit nécessairement méchant. Elle n’a pas non plus envie de devenir dentiste comme tout le monde : elle préfère dessiner. Mais dès qu’elle grandit un peu, elle est envoyée avec les autres petites souris faire la collecte des dents de lait sous les oreillers dans les maisons des ours. Hélas, elle ne réussit pas très bien à sa tâche… c’est au cours de sa mission qu’elle rencontre l’ours Ernest.
Ernest, de son côté, fait l’homme-orchestre dans les rues pour essayer de gagner un peu d’argent sans se faire apercevoir par les gendarmes. Mais il n’y parvient pas et commence à mourir de faim… il a tellement faim qu’il pourrait bien manger Célestine. Mais celle-ci ne se laisse pas faire, et l’aide à trouver à manger à la place.
Une amitié toute naturelle naît peu à peu entre l’ours et la souris, mais les deux amis facétieux risquent de gros ennuis auprès de leurs peuples respectifs…

Mon avis

Je reviens de le voir, et j’ai beaucoup aimé.
D’abord parce que c’est un très beau film, au sens où les images et l’animation sont magnifiques. C’est de l’animation en 2D imitant des dessins à l’aquarelle, très fidèles aux illustrations des livres, et avec un côté volontairement « pas fini » dans les couleurs et un trait mouvant qui donnent une impression de spontanéité : on voit presque les coups de crayon… Ne nous y trompons pas, un rendu pareil a dû demander énormément de travail, mais le résultat est vraiment très beau, et chaque image du film ferait une belle illustration à part entière.
L’animation des personnages est magistrale, habilement rythmée, et sert très bien l’humour ou l’émotion du film (qui alternent parfois à quelques instants d’intervalle).
Même réussite sur le plan du son. Les voix sont bien choisies et fonctionnent très bien, notamment celles des deux personnages principaux (Lambert Wilson fait très bien l’ours mal léché et Pauline Brunner campe une Célestine vive et touchante, sans tomber dans des sonorités trop cliché). La musique, jamais envahissante, choisit une instrumentation rappelant un peu la musique de rue que joue Ernest et accompagne l’animation avec un bon sens du rythme. Elle contrebalance parfois les scènes plus dramatiques en leur redonnant une touche de légèreté, sans en faire trop non plus. Les thèmes sont plaisants à écouter et donnent envie de réécouter la musique pour elle-même.
Venons-en au scénario. Comme je l’ai dit, il installe un univers étonnamment sombre par rapport à ce que l’affiche peut laisser penser. Le monde où évoluent Ernest et Célestine emprunte beaucoup de ses traits à la bonne société rigide de la fin XIXe s. et parfois du milieu du XXe, et Pennac en profite pour réaliser au passage une satire sociale qui annonce les thèmes centraux du film : l’acceptation de l’autre et la remise en question des préjugés conservateurs.
Le traitement que fait Pennac de l’histoire est plus ambitieux mais aussi plus risqué qu’une simple affirmation d’un vague message lénifiant. Ernest et Célestine sont des hors-la-loi, et ils passent une bonne partie du film avec la police aux trousses. Il faut pourtant les réconcilier avec la société à la fin, dans un dénouement qui confine à l’allégorie, de sorte que l’ensemble pourrait facilement sombrer dans le démonstratif. Pourtant, il m’a semblé que le résultat passait très bien.
D’abord parce qu’on reste dans un message assez général : il n’y a pas d’allusion explicite au monde politique réel, même si les adultes n’auront aucun mal à comprendre ce que les auteurs ont en tête – et le message est social autant que politique.
Ensuite et surtout, tout ça reste avant tout très drôle ! Les déboires des deux amis avec les représentants de l’ordre se placent dans la grande tradition du comique et font penser à Charlot ou à Laurel et Hardy (et non aux Guignols de l’info : on ne trouve pas de ces « clins d’œil » trop fréquents dans les doublages des films d’animation, qui nuisent à la cohérence de la fiction en transformant l’histoire en simple suite de références).
Et puis, l’ensemble est bien ficelé, avec là encore un rythme bien maîtrisé : l’intrigue avance à un bon train, et ralentit tout juste ce qu’il faut de temps en temps pour ménager quelques séquences paisibles et très belles chez Ernest, lorsque les deux amis peuvent vivre tranquillement quelque temps avant de devoir de nouveau se coltiner le reste du monde.

Bref, en deux mots, c’est un fort beau film, qu’il serait dommage de manquer pendant qu’il est encore sur les écrans.

Message posté sur le forum du site Elbakin.net le 30 décembre 2012, rebricolé depuis.


[Film] « Akira », de Katsuhiro Otomo

26 décembre 2012

Akira-DVD

J’avais lu, il y a quelques mois, le manga Akira. Il se trouve que je suis tombé, il y a quelques semaines, sur le DVD du film d’animation japonais réalisé par l’auteur du manga lui-même, Katsuhiro Otomo. Le film d’animation est tout aussi réputé que le manga auprès des amateurs de culture japonaise et des amateurs de science-fiction en général : je me suis donc jeté sur le DVD afin de voir enfin ce fameux film. Je vous renvoie au billet que j’avais consacré ici au manga pour la présentation de l’intrigue et mes impressions du moment, et je vais dire à présent un mot de l’adaptation.

Histoire de donner le ton tout de suite : elle m’a paru excellente, voire meilleure que le manga lui-même. Mais détaillons un peu.

Un film soigné

D’abord, en tant que film d’animation japonais, Akira est d’une grande qualité, tant du point de vue des graphismes, somptueusement détaillés, que de l’animation elle-même, très fluide et à des années-lumières des productions bon marché. De fait, le projet disposait d’un budget énorme pour l’époque, et il n’a visiblement pas été dépensé en vain. Ajoutons tout de suite que ces décors et les apparences des personnages sont très fidèles à ce qu’ils étaient dans le manga, avec un niveau de détail impressionnant qui permet aux scènes du film de reproduire les riches paysages urbains des pages de la BD.

La musique est une autre grande qualité de ce film, et l’un de ses principaux apports à l’univers créé par le manga : elle vaut qu’on s’y attarde un peu. Composée par le collectif musical Geinoh Yamashirogumi, elle ne peut que frapper par le jeu complexe d’écarts et de correspondances qu’elle instaure avec les images : en témoigne, dès les premières minutes, le parti pris d’un arrière-plan musical faussement discret, tout en énergie retenue, pour accompagner la scène de poursuite en moto très violente qui aboutit à l’accident de Tetsuo. Surtout, là où on aurait droit d’ordinaire à une simple musique orchestrale ou électronique, la BO d’Akira mêle savamment aux instruments classiques d’autres sonorités issues des musiques traditionnelles japonaise et balinaise : pour un spectateur français comme moi, qui ne connais la musique traditionnelle japonaise que par ce qu’on en entend dans quelques films de Kurosawa, le résultat donne l’impression de tirer certaines scènes vers le théâtre (j’emploie de multiples nuances parce que je ne connais pratiquement rien au théâtre japonais en dehors de cet emploi de la musique), ce qui renforce la stylisation de l’ensemble et donne à certaines des scènes les plus apocalyptiques de l’intrigue une dimension encore plus terrifiante, mais d’une nature différente, qui l’écarte du pur film d’action ou d’horreur pour l’orienter vers la tragédie.

Ce mariage, qui peut paraître improbable, ne manque pas de surprendre et peut déplaire. À mes yeux, il fonctionne très bien, et correspond à merveille à l’atmosphère particulière de l’univers du manga, qui, un peu comme les deux films Ghost in the Shell, mélange des scènes d’action débridées et un questionnement philosophico-mystique. (Ces quelques éléments montrent qu’il serait passionnant de replacer Akira dans le contexte de la culture japonaise, mais ça a sûrement déjà été fait depuis longtemps et je laisse ce soin à des gens mieux informés que moi…)

Une adaptation habile…

Qu’en est-il maintenant de l’adaptation du manga ? Il faut savoir d’abord que le film a été mis en projet bien avant la fin de la parution du manga, et à un moment où Katsuhiro Otomo lui-même n’avait pas encore conçu la fin de son intrigue. À lire la Wikipédia anglophone, il semble même que ce soit le projet de film qui ait aidé Otomo à concevoir enfin une fin pour son histoire. Le film est sorti en 1988, tandis que le manga n’a été achevé qu’en 1990 : cela veut dire que les lecteurs et admirateurs du manga ont eu d’abord droit à la fin de l’histoire dans le film avant de la lire dans le manga. Mais, je peux le dire sans dévoiler grand-chose, la fin du film et celle du manga sont nettement différentes, et justifient à elles seules d’aller lire ou voir les deux œuvres. C’est là la différence la plus décisive entre leurs deux intrigues. Mais bien entendu, le film, même s’il dure deux bonnes heures, a dû concentrer les multiples péripéties du manga dans un format très restreint.

Or, à ce jeu-là, il m’a semblé que le film s’en sortait étonnamment bien, avec un résultat dont le degré d’achèvement dépasse même celui du manga. Comme je l’avais dit dans mon billet sur le manga, l’œuvre originale souffrait un peu de la multiplicité de ses péripéties et de ses sous-intrigues, qui m’avaient laissé une impression d’action gratuite (voire de violence gratuite, même si l’humour évite à l’ensemble de tomber complètement dans le glauque). Or le scénario du film se concentre sur l’essentiel, et, ce faisant, corrige ce défaut : il ramasse l’intrigue en un temps plus court, évacue les péripéties accessoires, supprime certains personnages et en modifie d’autres. Les lecteurs du manga s’attristeront peut-être du rôle largement restreint de lady Miyako (qui apparaît à peine) ou de l’absence complète de Chiyoko. Mais cette concentration de l’intrigue autour de personnages moins nombreux permet au film de les approfondir suffisamment malgré la plus grande brièveté de l’intrigue, ce qui n’était pas gagné.

Si Kaneda garde un côté « jeune premier » assez prévisible et a surtout des allures de personnage-prétexte relativement plat (à mon avis), ses relations avec Kei et Tetsuo gardent la complexité qu’elles ont dans le manga, et les deux autres piliers de l’intrigue que sont Tetsuo et le colonel Shikishima, personnages particulièrement approfondis, tiennent toutes leurs promesses, ce qui permet au scénario d’éviter tout manichéisme. Le personnage tourmenté qu’est Tetsuo est aussi grandiose que dans le manga, tandis que le colonel m’a paru gagner encore en profondeur.

J’ai apprécié aussi les apparitions régulières d’un scientifique collaborateur du colonel, parfait dans le rôle du savant inconscient prêt à ouvrir la boîte de Pandore, quitte à provoquer une nouvelle apocalypse. Naturellement, derrière l’enjeu terrifiant des pouvoirs d’Akira et de Tetsuo, il y a une réflexion sur l’arme nucléaire, mais aussi plus généralement sur les notions de savoir et de progrès. C’était l’une des autres grandes qualités du manga, et j’ai été très heureux de voir que le film non seulement la conserve, mais lui confère plus de puissance en mettant davantage en avant les trois mutants qui tentent de contenir Tetsuo ; ce sont eux qui se chargent de livrer aux spectateurs les quelques éléments qui permettent d’entrevoir la vérité au sujet de l’origine des pouvoirs paranormaux (dans le manga, c’était lady Miyako qui exposait ces éléments à Kei). Si le savant représente une approche purement scientifique de ces pouvoirs aberrants et terribles, les mutants, de leur côté, en incarnent l’approche mystique, ce qui pose le problème dans des termes différents, ceux de la frontière entre la condition humaine et quelque chose qui s’apparente soit à un don de Dieu ou des dieux, soit à une possibilité pour les humains d’accéder eux-mêmes à une puissance quasi divine.

… dotée d’une fin mieux ficelée

<Révélations sur la fin du manga.> J’avais reproché à la fin du manga son caractère abrupt et insatisfaisant. Si vous vous rappelez du détail, on y voit Tetsuo disparaître, comme absorbé par Akira après le réveil de ce dernier, mais on assiste surtout, à la toute fin, à la fondation d’un empire d’Akira au service duquel se mettent Kaneda, Kei, Chiyoko et les autres, ce qui me paraissait plus qu’étrange dans la mesure où ils ont à peu près toutes les raisons de haïr Akira à la fin du manga. Cette fin avait en plus un côté « jeune empire totalitaire en devenir » qui m’avait laissé mal à l’aise : pour un lecteur mal disposé et un peu hâtif, elle n’aurait pas de mal à avoir l’air de véhiculer une idéologie douteuse (culte de la personnalité d’un chef tout-puissant + société militarisée + instrumentalisation de la jeunesse + promesse d’un homme nouveau + velléités de conquête du monde + armes de destruction massive = hum hum), mais je ne pense pas que ce soit le cas, car je doute qu’Otomo ait conçu Akira ou Kaneda comme des modèles à prendre au premier degré : l’histoire est bien plutôt à prendre avec le même recul que les univers de science-fiction sombres riches en complots politiques et en figures de (vrais-faux) prophètes, du type Warhammer 40 000 ou Dune (ce dernier cycle développant lui aussi une réflexion sur le concept de messie, au fond pas si éloignée d’Akira, mais à une autre échelle). Il m’avait semblé, en tout cas, que cette fin du manga témoignait surtout des difficultés de l’auteur à boucler une intrigue foisonnante et ouvrant sur toutes sortes de développements possibles. C’était une fin ouverte, mais un peu trop ouverte à mon goût, car on avait vraiment l’impression que les personnages étaient laissés en plan. Or la fin du film est complètement différente et a l’avantage d’être plus « fermée », même si elle est également très riche en implications.

<Révélations sur la fin du film.> Dans la fin du film, on assiste, comme dans le manga, à la fin spectaculaire de ce qu’est devenu Tetsuo. Mais le moment du réveil d’Akira est différent et habilement réparti en deux temps. Lorsque Tetsuo ouvre le sarcophage qui est supposé contenir Akira, on s’attend à en voir sortir, comme dans le manga, Akira vivant. Or il n’en est rien : Akira a été tué lors de la première destruction de Tokyo, et le sarcophage ne contient que les restes de son corps soigneusement dispersés dans plusieurs récipients et conservés à une température de froid cosmique, pour éviter toute tentative de reconstitution. Après ce premier faux réveil déceptif, on assiste, dans la scène finale, à la reconstitution et à la résurrection d’Akira grâce aux efforts conjugués des mutants, et le film s’achève avec la disparition de Tetsuo *et* d’Akira, le second emmenant le premier vers… on ne sait pas très bien quoi : l’espace, une autre dimension, ou les deux. Le final laisse entrevoir la possibilité pour toute l’humanité d’accéder à une maîtrise un peu plus sereine des pouvoirs dont Tetsuo avait montré le déchaînement incontrôlé et terrifiant. Dans le film, Akira n’a donc pas vraiment d’ambitions politiques et ne manipule pas Tetsuo : il reste une figure beaucoup plus mystérieuse, quasi divine. Et surtout, les personnages survivants, débarrassés de ces monstres destructeurs, peuvent reprendre une vie à peu près normale et entamer la (énième) reconstruction de Tokyo : malgré le caractère ouvert à long terme de l’intrigue via toutes ces implications l’avenir de l’humanité, l’intrigue immédiate est bel et bien close. </Fin des révélations>

Un mot sur le DVD

J’ai vu ce film dans l’édition DVD sortie en 2011, qui a l’air d’avoir été bien faite : elle a eu recours à l’équipe du doublage français d’origine afin de corriger quelques défauts de ce premier doublage. Le DVD inclut aussi l’ancien doublage. De toute façon, j’ai regardé le film en VO sous-titrée, mais cela reste bon à savoir si ces deux versions de la VF vous intéressent.

Conclusion

Je ne peux donc que recommander vivement la découverte de ce film d’animation, non seulement aux lecteurs du manga (même voire surtout s’ils lui ont trouvé des longueurs) mais aussi à ceux qui ne l’ont pas vu, les deux œuvres fonctionnant de manière autonome. Akira est un classique que tout amateur de science-fiction découvrira avec profit, pour peu qu’on sache apprécier la SF sombre et les univers post-apocalyptiques. Son originalité tient à la part de fantastique, voire d’horreur, qu’il intègre harmonieusement à une intrigue de science-fiction, mais aussi à ce mélange improbable entre le film d’action et la réflexion philosophico-mystique (qui se développe encore dans les années suivantes avec Ghost in the Shell de Masamune Shirow et son adaptation en film d’animation par Mamoru Oshii).