Roger Peyrefitte, « Les Amitiés particulières »

22 avril 2013

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Référence : Roger Peyrefitte, Les Amitiés particulières, Marseille, Jean Vigneau, 1943 (lu dans une réédition chez J’ai lu imprimée en 1972).

« Veillez sur vos amitiés, qui peuvent être l’ennemi. Qu’elles ne soient jamais de ces amitiés particulières, qui cultivent uniquement la sensibilité ; car, ainsi que l’a dit Bourdaloue, la sensibilité se change aisément en sensualité. Qu’elles soient des amitiés publiques et des amitiés de l’âme. »

Ces mots font partie du sermon du prédicateur que Georges de Sarre, élève modèle issu d’une famille noble, entend le deuxième jour de sa rentrée en classe de troisième au pensionnat catholique de Saint-Claude, où il vient d’être placé. L’intrigue se passe quelque part au début du xxe siècle. Dans ce pensionnat de garçons, l’éducation classique, où la version et le thème latins côtoient la composition française et les devoirs d’histoire, est aussi une éducation religieuse. Les élèves vivent au rythme des messes et des retraites, et leurs professeurs sont aussi des prêtres auxquels ils se confessent, car il s’agit non pas seulement d’instruire leurs esprits, mais d’assurer le salut de leurs âmes.

Dans cet univers clos, rigide et sévère, Georges découvre peu à peu l’envers du décor. Dès le premier jour, il a remarqué un de ses voisins, Lucien Rouvère, qui lui semble sympathique ; mais Lucien a déjà un ami proche, André Ferron, et leur amitié semble une de celles que le prédicateur réprouve. Georges la réprouve aussi, sans pouvoir s’empêcher d’être attiré par Lucien et jaloux d’André. Lorsqu’il rencontre un élève de cinquième, Alexandre Motier, d’une grande beauté, c’est à son tour de se trouver engagé dans une de ces amitiés interdites. Mais à quel moment une amitié devient-elle « particulière » ? À partir de quel point l’amour, exalté partout dans les textes que Georges et ses camarades étudient, dans les messes qu’ils fréquentent, dans les hagiographies sur lesquelles ils méditent, cesse-t-il d’être pur pour devenir impur ? Et à quoi se fier lorsque le père de Trennes, un de ces maîtres qu’on a dit à Georges être « des savants et des saints », s’intéresse d’un peu trop près à Lucien et à Georges pour être vraiment pur lui-même ? Dans ce jeu de chats et de souris entre maîtres et élèves, c’est l’exclusion de l’établissement qui signe la défaite.

L’une des qualités de ce roman réside à mes yeux dans sa capacité à rendre avec richesse et vraisemblance les sentiments et les idées d’un jeune garçon tel que Georges, nourri à la fois de lettres classiques et d’instruction religieuse, qui mobilise constamment ces références pour s’orienter et se défendre dans le milieu oppressant où il se trouve enfermé. À la dimension religieuse près, Georges pourrait être un élève de khâgne dont les réflexions quotidiennes, y compris sentimentales, se nourrissent de la culture qu’il est en train d’assimiler. C’est avec ce matériau que Georges étudie, qu’il joue, qu’il plaisante, qu’il raisonne pour croiser le fer avec ses amis et ses maîtres… et avec ce matériau qu’il fait face à ses sentiments, tente de s’en déprendre, puis de les défendre. Pétri d’érudition et de grandes idées, il n’en reste pas moins un garçon à qui l’on veut imposer d’être un adulte en miniature, au risque d’en faire un petit sophiste, dans un milieu où il trouve surtout, en fait de perfection, l’hypocrisie et la duplicité.

Dans cette valse des masques, les sentiments de Georges sont au fond la seule vérité qui tienne. Les lecteurs d’aujourd’hui auront tout de suite pensé à l’homosexualité. Le mot convient, si l’on ne se focalise pas bêtement sur son suffixe : l’univers de Georges est sentimental, amoureux sans toujours le savoir, sensuel sans se l’avouer. C’est dans cette complexité que réside l’autre grande qualité du roman.

J’ajoute qu’un film a été tiré du roman en 1964. Je ne l’ai pas vu en entier, mais l’écart d’âge entre Georges et Alexandre y est nettement plus grand que dans le livre.

Cette critique a été publiée pour la première fois dans la revue Disharmonies n°32 en juin 2012 (en ligne en pdf).

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C. G. Jung, C. Kerényi, P. Radin, « Le Fripon divin »

1 février 2013

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Référence : Carl Gustav Jung, Charles Kerényi, Paul Radin, Le Fripon divin. Un mythe indien, traduction d’Arthur Reiss, Genève, Georg éditeurs, 1958. (Première édition : The Trickster: a Study in American Indian mythology, Londres, Routledge and Paul, 1956.)

Le Fripon divin contient en premier lieu la mise par écrit des aventures de Wakdjunkaga, dit le Fripon divin, un mythe recueilli chez les Winnebagos, un peuple d’Indiens d’Amérique du Nord proche (très grosso modo) des Sioux ; puis trois études au sujet de ce mythe : la première par l’anthropologue américain Paul Radin, spécialiste des Winnebagos, qui analyse le cycle des aventures de Wakdjunkaga ; la deuxième par Charles Kerényi, qui établit une comparaison entre la figure de Wakdjunkaga et les diverses figures de « fripons divins » qu’on trouve dans la mythologie grecque ; et la troisième par le psychanalyste Carl Gustav Jung, qui analyse la psychologie de ces figures de fripons. Ce livre est donc à la fois l’édition d’un mythe indien d’Amérique du nord, et un ouvrage d’études mythologiques.

Fripon(s) !

Le nom de Wakdjunkaga ou des Winnebagos ne dira sans doute rien à beaucoup de gens. La notion de « fripon divin », traduction du terme anglais trickster (« farceur », « qui joue des tours » ), est déjà un peu plus connue, au moins parmi les gens qui étudient les mythologies. Et cette notion, il n’est pas difficile de vous en donner une idée en quelques exemples : des figures comme Hermès ou Prométhée dans la mythologie grecque, Loki dans la mythologie nordique, Till l’espiègle dans la littérature populaire allemande, Nasr Eddin Hodja dans les contes humoristiques du Proche- et Moyen-Orient, ou encore, plus près de nous, Renart dans le Roman de Renart médiéval, ont toutes été rapprochées du Fripon divin à divers titres. Tous sont des personnages à la fois rusés et stupides, qui jouent des tours pendables aux autres mais se mettent souvent eux-mêmes dans des pétrins invraisemblables dont ils ne se sortent qu’avec pertes et fracas, qui sont de vraies plaies au quotidien et sont en même temps aux prises avec de grandes questions cosmiques, et qui causent de grands maux et de grands bienfaits, souvent sans vraiment le vouloir.

Ces quelques traits suffisent à englober énormément de personnages dans les mythologies, légendes, folklores et cultures du monde entier, et une infinité de personnages de fiction… de sorte qu’on a vite fait de se gargariser de ce terme de Fripon à tout propos et qu’il finit parfois par ne plus vouloir dire grand-chose. Mais dans ce livre, il s’agit ici d’abord de l’étude d’une figure précise appartenant à une culture précise : c’est Wakdjunkaga, dont le nom propre signifie littéralement « celui qui joue des tours » en langue winnebago, ce qui conduit Paul Radin à le nommer simplement « le Fripon » dans la traduction de ses aventures.

Plonger dans le livre

Le Fripon divin est avant tout un ouvrage savant, destiné à l’origine à un public de chercheurs. Toutefois, rien n’empêche les lecteurs curieux de venir de tous horizons pour lire les aventures de Wakdjunkaga, dans la mesure où ils seront prévenus (mais tous les lecteurs avisés le seront) que seul quelqu’un qui connaît bien la culture des Winnebagos peut bien comprendre ce texte. Cela vaut certes pour n’importe quelle œuvre issue d’une culture donnée, mais cet avertissement devient vraiment indispensable dans le cas d’un texte comme les aventures de Wakdjunkaga, qui d’une part sont comiques et d’autre part reposent entièrement sur la transgression systématique des usages de la société winnebago. On ne peut donc les comprendre, et même parfois en profiter en tant que textes humoristiques, que si l’on connaît un minimum ces usages, faute de quoi on peine parfois à voir en quoi tel acte de Wakdjunkaga est transgressif et donc (en théorie) drôle.

La plupart des gens n’étant pas exactement familiers de la culture des Winnebagos, il était utile d’inclure dans l’ouvrage quelques informations générales sur ce peuple et son mode de vie, ne serait-ce que sous forme de brève introduction renvoyant à d’autres livres sur le sujet. C’est là que le plan de l’ouvrage pèche un peu, car, après quelques mots de préface de Paul Radin qui parlent de la figure du fripon en général et présentent les quatre parties du livre, mais presque pas les Winnebagos eux-mêmes, on plonge directement dans le texte des aventures de Wakdjunkaga. Certes, il était nécessaire de réserver une partie du livre à une traduction de ce texte, et une partie distincte à son étude. Certes aussi, un ouvrage savant se consulte et s’utilise sans nécessairement se lire dans l’ordre comme un roman, et rien n’empêche en théorie les lecteurs de jeter d’abord un œil à la partie « étude » avant de se lancer dans la traduction du texte. Mais il n’y a pas dans le livre de présentation bien délimitée de la culture winnebago distincte de l’analyse des aventures de Wakdjunkaga, ce qui contraint (en théorie) les lecteurs non spécialistes à lire d’abord d’autres ouvrages de Radin sur les Winnebagos avant de s’attaquer à celui-ci, ou bien alors à lire toute l’analyse avant de lire le texte lui-même, ce qui poserait aussi des problèmes de compréhension…

En réalité, il y a bel et bien une présentation générale et assez courte des Winnebagos au début de l’étude de Radin (elle en occupe les trois ou quatre premières sections, avant les analyses consacrées au détail de chaque aventure) ; mais rien ne permet de la trouver facilement dès le départ. Est-il possible, à l’inverse, de se plonger uniquement dans le texte des aventures de Wakdjunkaga sans se soucier de tout comprendre, et de lire ensuite l’analyse de Radin ? Pas vraiment, à moins d’ignorer les notes de bas de page que Radin insère dans ce texte et qui fournissent déjà des éléments d’analyse, mais ne suffisent pas pour autant à éclairer la lecture du texte (certaines avancent même des analyses qui paraissent allusives, voire franchement étranges). D’où une certaine désorientation de ma part au début de ma lecture…

J’aurais donc tendance à conseiller aux lecteurs qui découvriraient ce livre sans avoir encore rien lu sur les Winnebagos de commencer par lire les trois ou quatre premières sections de l’analyse de Paul Radin, avant de se lancer dans la lecture des aventures de Wakdjunkaga. Cela suffira à leur éviter beaucoup de questionnements étonnés devant les premières mésaventures du Fripon !

Le cycle du fripon divin

Venons-en à ces aventures elles-mêmes, qui forment ce que Radin appelle « le cycle du fripon », au sens où ces aventures montrent une certaine cohérence et (selon Radin, mais cela ne va pas de soi) une forme de progression. Ce cycle a été transmis à Paul Radin en 1912 par un de ses informateurs, un Winnebago nommé Sam Blowsnake, qui en a lui-même recueilli et noté une version racontée de vive voix par un vieil Indien dont Radin n’a pas pu apprendre le nom. Blowsnake mit par écrit ce récit dans une écriture syllabique qui servait alors depuis peu de temps à noter la langue winnebago. Bref, c’est un texte fiable. Et il raconte donc les (més)aventures d’un personnage appelé Wakdjunkaga, « Fripon », qui vit d’abord dans une tribu winnebago avant de parcourir les espaces sauvages puis de revenir chez lui (et d’en repartir).

Que fait Wakdjunkaga ? Tout ce qui ne se fait pas et qu’il ne faut surtout pas faire, que ce soit en matière de vie sociale ou même de simple survie. Placé au départ dans la posture d’un chef de tribu, il désespère sa tribu par son comportement aberrant et finit par l’abandonner pour vagabonder un peu au hasard. Capable de parler avec les animaux, il se dispute avec eux et finit plus d’une fois victime de leurs moqueries et de leurs tours pendables. Il chasse, mais s’avère incapable de surveiller son bien. Il vit dans un monde de triomphes éphémères et de catastrophes tout aussi vite surmontées, de vengeances mesquines et d’échecs spectaculaires, qui fait beaucoup penser à l’univers des cartoons : les personnages ne cessent de se faire blesser, violer, insulter, le Fripon lui-même se retrouve régulièrement dans des situations atroces, mais rien de tout cela n’a de conséquences durables, et les protagonistes repartent à l’aventure aussitôt – tout cela est très proche de ce qu’on trouve dans le Roman de Renart, d’ailleurs.

Wakdjunkaga n’est même pas maître de son propre corps. Il n’est pas maître de ses instincts, puisqu’il mange ou agresse sexuellement les gens sans réfléchir aux conséquences. Mais il n’est littéralement pas capable de dominer ses membres pour se construire une unité en tant que personne en chair et en os. À un moment donné, sa main droite et sa main gauche se disputent si violemment qu’elles se blessent avant qu’il ne parvienne à les séparer. Wakdjunkaga n’est jamais décrit, mais les lecteurs se rendront compte à un moment donné que son aspect physique diffère notablement de celui des humains d’aujourd’hui : il est notamment doté d’un pénis à la longueur surréaliste, qu’il porte enroulé dans une boîte transparente sur son dos.

Encore ce détail ne vous donne-t-il qu’une très faible idée du caractère complètement désinhibé du récit et de la nature de bon nombre des mésaventures du Fripon ! Certaines atteignent un tel niveau dans l’obscène ou le scatologique que ces étiquettes ne conviennent même plus, et qu’il faudrait plutôt parler d’une sorte de « merveilleux organique ». Plusieurs épisodes ont une valeur plus ou moins étiologique, c’est-à-dire qu’ils expliquent plus ou moins directement la façon dont l’état ancien des choses s’est modifié pour aboutir à l’état du monde et en particulier à la condition humaine actuelle (ainsi le pénis de Wakdjunkaga prend la taille normale d’un pénis humain au cours d’une mésaventure particulièrement crue), mais ce n’est pas le cas de la majorité.

S’il y a une cohérence ou une progression dans les aventures de Wakdjunkaga, le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne saute pas aux yeux à la première lecture, et les arguments de Paul Radin pour en découvrir une dans l’étude qui suit m’ont parfois parus un peu forcés. Il est clair, en revanche, que certains épisodes appartiennent davantage au début de ses aventures tandis que d’autres sont faits pour en former une conclusion. Les toutes dernières le montrent sous un visage tout différent et font davantage ressortir son importance dans l’équilibre cosmique.

Un extrait : « 14. Le Fripon se transforme en cerf pour se venger du faucon »

« Un beau jour, il rencontra un faucon qui volait deçà et delà. Il cherchait des yeux une bête morte ou en décomposition. « Ignoble individu, fainéant, une fois, tu m’as joué un tour, mais cette fois, je t’aurai. » Voilà ce que pensa le Fripon. Il s’étendit au bord de l’eau, à l’endroit où les vagues déferlaient et il prit l’aspect d’un grand cerf mort dont le cadavre n’était pas encore entré en décomposition. Les corbeaux étaient déjà venus et ils convoitaient vivement cette charogne. Mais ils ne pouvaient trouver nulle part un endroit où ils seraient capables de l’entamer, car la peau était encore trop coriace, puisque la putréfaction n’avait pas encore commencé. Le faucon survint alors et les corbeaux l’appelèrent. Ils se dirent : « Il est le seul à porter sur lui un couteau affilé. » Ils durent l’appeler à diverses reprises avant qu’il ne vînt. Il était très énergique et fit le tour de la bête, cherchant un endroit où il serait en mesure de l’entamer. A la fin, il s’approcha de l’arrière-train et se mit à lui enfoncer la tête dans l’anus. En le becquetant, il blessa si fort le Fripon, qu’il faillit se dresser en sursaut. Le faucon réussit enfin à enfoncer la tête dans l’anus du Fripon de manière à pouvoir attaquer les boyaux. Dès que la tête du faucon fut enfoncée assez profondément, le Fripon serra les fesses fortement et se leva. « Voilà, messire faucon, une fois vous m’avez mis à mal et je m’était juré qu’un jour je vous réglerais votre compte. » Et il poursuivit son chemin. Le faucon chercha à se dégager, mais en vain. Il ne parvint pas à dégager sa tête. Il battit d’abord furieusement des ailes, mais bientôt il ne les remua que de temps en temps. »

Le Fripon finit par se débarrasser du faucon par le moyen qu’on imagine. Ce dernier a perdu dans l’affaire toutes les plumes de sa tête.

Les études de Radin, Kerényi et Jung

Je ne commenterai pas de manière approfondie les trois études qui suivent le texte du cycle du Fripon : cela supposerait de discuter les présupposés de leurs méthodes en matière d’études mythologiques, et cela changerait ce billet en compte rendu d’étude savante, ce qui n’est pas ce que je veux faire ici. Je me contente d’un mot sur la nature de chacune.

L’étude de Paul Radin, qui suit immédiatement les aventures du Fripon, est la plus longue des trois et aussi la plus intéressante. Elle commence par indiquer dans quelles conditions le cycle a été recueilli (ce dont j’ai parlé plus haut), fournit (enfin) les informations indispensables sur le peuple des Winnebagos et sur le contexte dans lequel les aventures de Wakdjunkaga ont été conçues et écoutées par le public local, puis replace les grandes figures de la mythologie winnebago dans le contexte plus large des mythes des Indiens d’Amérique du Nord, en rapprochant Wakdjunkaga d’autres figures de fripons, notamment le Lièvre, présent chez les Winnebagos eux-mêmes mais surtout chez d’autres peuples du continent. Radin reprend ensuite les épisodes successifs des aventures de Wakdjunkaga et fournit des éléments d’explication pour chacun, de façon beaucoup plus satisfaisante que ne le font les notes qui accompagnaient directement le texte. Le propos de Paul Radin est très clair et à la portée d’un vaste public : il ne manquera pas d’intéresser tous les lecteurs curieux de voir comment on peut étudier un texte aussi étrange (indice : c’est tout sauf facile). Radin se montre très respectueux de la culture qu’il étudie, et donne également une place dans son étude aux interprétations faites par les Winnebagos eux-mêmes. Son interprétation peut paraître vieillie dans sa méthode et quelque peu hâtive dans certaines de ses conclusions, mais elle reste une lecture très profitable.

L’étude de Charles Kerényi, « Le mythe du Fripon et la mythologie grecque », prend la forme d’un essai plus que d’une étude en bonne et due forme. Après une « première impression », il commente le style des histoires du Fripon, puis s’attache aux ressemblances entre Wakdjunkaga et plusieurs figures similaires présentes dans d’autres cultures, avec pour traits communs l’alliance entre la ruse et la sottise ; Kerényi ne se limite pas à la seule mythologie grecque dans ses comparaisons, puisqu’il évoque en premier lieu Nasreddin Hodja avant de passer à Prométhée et Épiméthée, puis à Hermès et aux Cabires. Il s’interroge ensuite sur la nature du Fripon, en avançant une interprétation contraire à celle de Paul Radin puisqu’il privilégie la persistance d’un même fond à l’idée d’une évolution intérieure (« psychologique ») du personnage ; cette fois encore, le titre de l’étude n’en reflète pas la richesse, puisque Kerényi rapproche aussi Wakdjunkaga de  la littérature picaresque, de Rabelais jusqu’à Krull, le héros de Thomas Mann, en passant par Renart tel que l’a évoqué Goethe. À de nombreuses reprises dans cette étude, il mentionne aussi les auteurs comiques antiques comme Aristophane, Plaute ou Pétrone. Kerényi s’attache pour finir aux différences entre le Fripon des Winnebagos et ces différentes figures dont il peut être rapproché, en se concentrant cette fois sur Hermès. Son étude, quoique clairement écrite, est peut-être un peu allusive pour qui ne connaît pas déjà bien la mythologie grecque et les œuvres et auteurs auxquels il se réfère ponctuellement. Ce qui a vieilli dans l’étude de Kerényi, c’est son occidento-centrisme candide qui, au détour de telle ou telle page, juge tout naturellement les dieux grecs plus classes que le Fripon winnebago (il formule ça différemment, mais sur le fond, ça n’est pas beaucoup plus subtil). Cela ne l’empêche pas de faire quelques rapprochements intéressants, mais ce sont plus des pistes que des analyses achevées.

Enfin, l’étude de Carl Gustav Jung, « Contribution à l’étude de la psychologie du Fripon », est la plus courte et la moins accessible des trois : elle est peu compréhensible pour qui ne connaît pas déjà en détail les écrits de Jung sur les archétypes et sur ce qu’il appelle l’umbra. Ce n’était pas mon cas au moment de cette lecture, de sorte que je ne prétendrai pas avoir compris ce qu’il y dit. Jung effectue lui aussi des rapprochements avec d’autres cultures, mais cette fois dans le domaine de la culture chrétienne médiévale.

Pour aller plus loin

Si vous cherchez des lectures tenant du même domaine, il y a toutes sortes de directions à explorer. Sur les Winnebagos eux-mêmes et leur culture, il faudrait commencer tout simplement par les autres ouvrages de Paul Radin, qui leur en a consacrés plusieurs, parus en anglais et apparemment pas traduits en français, malheureusement. Les livres de Radin traduits en français semblent plus généraux (Le Monde de l’homme primitif ; La Religion primitive : sa nature et son origine – c’est fou à quel point la simple présence de l’adjectif « primitif » dans les titres suffit à accuser l’âge de ces livres, pourtant parus dans les années 1950 : Lévi-Strauss et sa défense vibrante de la pensée des peuples ainsi qualifiés n’étaient pas encore passés par là). En revanche, il existe une traduction française de l’Autobiographie d’un indien winnebago de Sam Blowsnake (The Autobiography of a Winnebago Indian), que Paul Radin a éditée et qui est parue en français à Paris aux éditions Le Mail en 1989.

Dans la fiction tous supports confondus, sur le thème du fripon, ou plus généralement du personnage à la fois rusé et prompt à se fourrer dans d’improbables pétrins, il y a tous les personnages littéraires et mythologiques que j’ai mentionnés plus haut, beaucoup ayant ensuite fait des apparitions au cinéma ou dans la bande dessinée. La surenchère de ruse entre Prométhée et Zeus dans la Théogonie d’Hésiode, l’Hymne homérique à Hermès, les Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja, ou encore le Pantagruel et le Gargantua de Rabelais sont des chefs-d’œuvres à la fois classiques et extrêmement plaisants à lire. Et du côté de la télévision, comment ne pas penser à cette série télévisée d’animation Moi, Renart, dont le générique de début est un superbe éloge du rusé voleur (même si son côté stupide passe un peu à la trappe) ?

Les études mythologiques ne manquent pas non plus d’ouvrages consacrés à des figures plus ou moins proches. Sur les mythologies des Amériques (du Nord et du Sud), il y a les ouvrages de Claude Lévi-Strauss, qui sont à la fois des classiques des études mythologiques structuralistes et de véritables mines pour qui est curieux de découvrir les cultures des différents peuples amérindiens. En Europe, Georges Dumézil a consacré au dieu nordique Loki une étude du même nom, parue en 1948, qui est également un petit classique du genre. (On pourrait certainement multiplier les exemples, mais je m’en tiens à des titres que je connais bien.)


Tarjei Vesaas, « Palais de glace »

26 juillet 2012

Voilà un livre dont je vais avoir du mal à parler, même si je l’ai beaucoup aimé : son intérêt repose en bonne partie sur son atmosphère fantastique et sur sa progression énigmatique… et en même temps, l’intrigue est assez simple pour qu’on risque de gâcher en partie le plaisir en en disant trop. Ajoutez à cela que, pour moi, ce livre a fait partie de ces lectures qui donnent envie de se taire et d’y repenser, de les garder pour soi. J’ai tout de même envie d’en parler, malgré tout, mais ce n’est pas simple.

Du coup, il va falloir donner dans l’impressionnisme. Pour voir ce qu’il y a d’extrêmement attirant dans ce livre, imaginez un univers norvégien, l’hiver, la neige, le froid, un village rural ; non loin du village, un lac, et partant du lac un fleuve qui, à un endroit donné, déferle en une cascade. Cet hiver-là, le gel a bâti une sorte d’immense construction compliquée, un vrai palais de glace, majestueux, froid et scintillant. Pendant ce temps, deux filles se rencontrent : Siss, bien intégrée dans sa classe, et Unn, qui est tout l’inverse, solitaire, taciturne, énigmatique… et qui attire énormément Siss aussitôt qu’elle fait sa connaissance. L’histoire commence par cette rencontre, gênée et maladroite en même temps qu’intense, mais Unn va rapidement disparaître. Je n’ai vraiment pas envie d’en dire plus sur l’histoire. C’est un livre sur l’absence, et en même temps un univers au bord du fantastique, extrêmement absorbant (je n’ai plus pu le lâcher une fois commencé).

Si vous cherchez un univers pas loin du conte tout en restant très ancré dans la vie quotidienne, si vous aimez les livres oniriques, qui reposent sur une ambiance, les énigmes et touches de fantastique jamais complètement résolues, les émotions contenues et les sentiments devinés, et les mystères pleins de neige et de froid, je vous conseille vivement ce livre 🙂

Message sur le forum du Coin des lecteurs le 26 juin 2012 (livre lu fin 2011), rebricolé ensuite.


Jeanne-A Debats, « La Vieille Anglaise et le continent »

24 juillet 2012

Couverture de la novella de Jeanne-A Debats "La Vieille Anglaise et le continent".

La Vieille Anglaise et le continent, première novella de Jeanne-A Debats parue aux éditions Griffe d’encre en 2008, a reçu un excellent accueil des lecteurs et de la critique, et a été couverte de prix. Jugez plutôt : Prix Rosny Aîné 2009 catégorie nouvelle, Grand prix de la SF 2008 catégorie nouvelle francophone, Grand Prix de l’Imaginaire 2009 catégorie nouvelle francophone, Prix Julia Verlanger 2008. Un véritable engouement ! Personnellement, cette novella de SF écologique m’avait plu, sans plus. Mais voyons pourquoi…

Quatrième de couverture :

Certaines personnes sont si profondément attachées à la Vie sous toutes ses formes, tous ses aspects, qu’elles consacrent leur existence à sa préservation, quitte à sacrifier celle des autres…

Ann Kelvin, elle, lui consacrera sa mort.

Mon avis à l’époque :

Message sur le forum des éditions Griffe d’encre le 4 février 2009.

 Je l’ai enfin lu. Je ne suis pas entièrement enthousiaste, mais j’ai bien aimé. D’ailleurs je l’ai lu très vite, j’ai très rapidement accroché au récit, qui me paraît a posteriori fort bien rythmé.

Je vais faire plein de tirets, si ça ne vous embête pas…

D’abord sur l’aspect extérieur :

J’ai bien aimé :

– la superbe couverture (par le même qui avait illustré La Tour de Parchemins & Traverses, couv que j’avais bien aimée aussi, mais de l’une à l’autre il y a vraiment un bond qualitatif vers le pro).

– la présentation générale des ouvrages de Griffe d’Encre : mise en page des couvertures, de l’intérieur, choix du papier, etc. Le genre de petits détails faussement simples, mais qui contribuent beaucoup au confort de la lecture.

Je n’ai pas aimé :

– le quatrième de couverture, qui est assez bof. Je pense qu’il aurait fallu prendre le risque d’un léger spoiler plutôt que de terminer sur « …lui consacrera sa mort », qui donne un léger frisson macabre et donne envie de reposer prudemment le bouquin. (Alors même que ledit bouquin n’est pas si sombre, même si pas mal des réalités qu’il évoque le sont.)

Et maintenant, la lecture :

*mode remarques en vrac on* J’ai beaucoup aimé le début (les premières phrases, en particulier la première phrase), qui est stylistiquement réussi et donne tout de suite envie d’aller plus loin. (C’est bête, mais ce n’est pas si simple à faire.)

Contrairement à certains avis que j’ai lus sur ce sujet, l’alternance entre les deux points de vue ne m’a pas gêné du tout : elle est bien rythmée et contribue à mettre le récit en tension, sans ajout excessif de cliffhangers inutiles. En revanche elle peut devenir un peu trop rapide vers la fin, mais le suspense peut justifier ça.

L’aspect SF et le vocabulaire technique employé ne m’ont pas gêné non plus, ils s’insèrent bien dans l’univers en question : on est de plein pied dans la SF, mais l’univers reste très proche de notre présent, ce qui je suppose est le but recherché. Les explications techniques sont assez détaillées pour mettre en place une bonne vraisemblance interne ; quant à savoir si elles sont techniquement exactes ou pas, et pareil pour les moeurs des baleines, boarf, je fais confiance à l’auteur pour ça… (j’ai dit que je n’étais pas un lecteur de hard SF ?)

Il y a eu des moments où j’ai eu peur, j’avoue : les thèmes abordés sont quand même très glissants, on tomberait facilement dans le démago, le complaisant, le mièvre, le trop moralisant, etc., voire dans le mystique facile de comptoir. Bref, on basculerait vite dans le Bernard Werber. Heureusement le récit évite la plupart de ces pièges, et arrive aussi à ne pas être un récit écolo misanthrope et assommant (tendance hélas un peu trop répandue chez les récits écolo. L’homme est une espèce animale, aussi. Paix et amour, les gens !).

J’ai bien aimé le fait que les personnages principaux ne soient pas sans taches (en particulier le fait de faire de Ann Kelvin une vraie « fanatique » de la cause, qui a vraiment des trucs pas beaux sur la conscience, et pas juste une lady-Anglaise-bougonne-pour-faire-bien-dans-le-salon). Le monde des cétacés reste un peu trop simplet à mon goût, même si ça n’aurait pas forcément été mieux de leur inventer tout une société archicomplexe – l’écueil de l’anthropomorphisme est trèèès délicat à éviter, donc ce n’est pas plus mal qu’ils restent un peu dans l’ombre. Ou alors il aurait fallu une franche prise de position encore plus SF (voire relevant du merveilleux) en faveur de l’intelligence égale/supérieure des cétacés, mais ça aurait été très glissant aussi et ça aurait nécessité quelque chose de bien plus long, pour un résultat pas forcément plus intéressant. Du côté des humains en revanche, le côté un peu trop caricatural de certaines scènes (tout ce qui implique le « surfeur ») n’était peut-être pas indispensable, on aurait pu faire plus subtil.

Et j’ai bien aimé la fin. Beaucoup, même. Déjà, je n’ai pas vu venir la chute (je suis très bon lecteur pour ce genre de choses en général), et elle m’a paru remarquablement bien équilibrée, réaliste au bon sens du terme (donc pas mièvre mais pas non plus trop sombre). J’apprécie aussi le fait que

Spoiler : on n’ait pas eu droit à la mort d’Ann en direct, et qu’on en reste au point de vue des humains – dont on a pu voir qu’ils ne sont pas les mieux informés de l’évolution qu’a subi Ann entre temps – ce qui permet de s’imaginer qu’Ann peut vivre encore un peu dans l’océan. J’ai apprécié aussi que l’histoire avec le cachalot ne soit pas poussée trop loin trop vite et ne soit que suggérée (mais c’était bien la peine de le faire exploser à la fin ? le pauvre…). L’allusion à de possibles amours homo- ou bisexuelles entre cétacés n’est pas déplacée, pas plus que l’espèce de confusion des sentiments de 2x2x2 en découvrant qu’Ann est une femme dans un corps de mâle, mais j’ai peur que certains lecteurs ne trouvent ça très démago. Enfin, tant pis pour eux, moi j’ai bien aimé. / Spoiler.

Bon, mais qu’est-ce qui ne m’a pas plu ?

Ma grosse déception, c’est le style. Entendons-nous : c’est tout à fait lisible et bien écrit, mais je m’attendais à beaucoup mieux, peut-être à cause de tous les prix qu’on a fait pleuvoir dessus. Et c’est aussi dû en partie, je suppose, à ma formation très classique, qui me rend peut-être un peu trop sourcilleux dans le domaine. Mais j’ai tiqué à plusieurs reprises devant des tournures syntaxiques incorrectes ou à la limite de l’incorrection, des maladresses, des trucs qui auraient pu être améliorés facilement avec un peu de travail supplémentaire. Je crois aussi que certains passages, par exemple certains dialogues, pourraient être mieux menés, de manière moins pesante.

Et a posteriori, en lisant les avis postés ici, je crois qu’effectivement l’ensemble est un peu court. Même sans en faire un roman (ce qui n’est pas une mauvaise idée à condition de ne pas trop vouloir rallonger la sauce, ce qui mettrait pas terre le rythme bien équilibré de l’intrigue), certains passages m’ont déçu parce qu’ils étaient un peu survolés, alors que je me préparais à de belles descriptions un peu plus étoffées que ce que j’ai trouvé, ce qui m’a laissé un peu sur ma faim. Le passage du Continent Cétacé, par exemple, contient de belles phrases, mais la scène n’a pas le temps de se « déployer », on repart tout de suite. Bon, c’est équilibré par rapport à la longueur de l’ensemble, mais c’est un peu dommage. De manière générale, quelques ajouts ici et là pour étoffer un peu telle ou telle séquence permettraient sûrement de rendre le récit plus évocateur.

Ah oui, et un truc qui m’a agacé : le nom de « 2x2x2 ». Au départ ça ne me dérangeait pas, mais à la longue je suis devenu allergique. D’accord, c’est « trois séquences de deux clics » ou quelque chose comme ça, mais je crois vraiment qu’il aurait mieux valu lui trouver un vrai nom. Là j’avais envie de crier « I’m not a number, I’m a free whale », et surtout ça me rappelle les noms à la c** des fourmis dans Werber (qui sont également très agaçants à la longue).

J’ai déjà été bien bavard, je vais peut-être m’arrêter là… j’espère que mes quelques critiques n’auront pas l’air trop pinailleuses. En tout cas c’était une lecture très agréable, et effectivement j’en reprendrais bien un peu (j’aime beaucoup les baleines de toute façon donc je n’étais pas complètement objectif au départ…). Pour le style, je suppose qu’il y a aussi une question de « maturité dans l’écriture » qui joue, mais je ne sais pas si l’auteure a déjà beaucoup écrit avant ; en tout cas, pour un quasi premier roman, le moins qu’on puisse dire est que j’ai lu bien pire, et ça donne bien sûr envie de guetter les prochaines parutions.

Ah si, et cette novella m’a aussi beaucoup fait penser au jeu de rôle Blue Planet, si vous connaissez. C’est un univers de SF écolo où les humains découvrent une planète entièrement recouverte par les océans, où vivent de nombreux cétacés, dont certains doués d’intelligence. Chaudement recommandé, si vous aimez le thème.


[BD] Julie Maroh, « Le bleu est une couleur chaude »

19 juillet 2012

Tombé un peu par (un heureux) hasard sur cette BD de 160 pages. L’auteure a tenu un blog BD sous le nom de Djou et vient d’en ouvrir un autre sous son vrai nom (blogs que je ne connaissais pas particulièrement avant de lire la BD, mais où on trouve des crayonnés, croquis et autres morceaux de making of sympathiques).

Quatrième de couverture :

« Mon ange de bleu
Bleu du ciel
Bleu des rivières
Source de vie… »
La vie de Clémentine bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir.
Elle lui permettra d’affronter enfin le regard des autres.
Un récit tendre et sensible.

Mon avis :

La BD commence en réalité peu après la mort de Clémentine. Emma se rend chez Clémentine et lit son journal intime, que Clémentine lui a légué. Pendant sa lecture, elle se souvient de leur rencontre et de leur relation. Une bonne partie de la BD consiste donc en un grand flashback raconté du point de vue de Clémentine, dont on suit l’évolution entre la Seconde et la Terminale, puis encore après. Ce récit est l’occasion de planches en noir et blanc où pointent seulement des touches de bleu, qui soulignent les moments particulièrement chargés d’émotion pour la narratrice.

C’est donc une histoire d’amour lesbien, avec une intrigue où on retrouve la plupart des éléments inévitables dans ce genre d’histoire : l’acceptation de ses attirances homosexuelles par la narratrice, le regard des autres, l’engagement ou non dans la cause LGBT, et bien sûr tous les éléments d’une histoire d’amour en général.
Comme toutes les histoires d’amour, ce n’était pas facile à raconter, mais j’ai très vite accroché et je trouve que l’auteure a réussi à trouver un ton juste, qui montre la violence des émotions d’une ado et la tendresse des attitudes, des petits gestes, etc. sans tomber dans le pathos. L’histoire reste classique, mais elle est bien menée, les personnages sont peu nombreux mais approfondis (avantage d’avoir pris le temps de raconter l’histoire sur 160 pages).

Le graphisme est bon. Le dessin n’est pas parfait, et je suppose qu’on peut ne pas aimer le style, qui mêle des décors, vêtements etc. plutôt réalistes et détaillés à des expressions « très BD » avec parfois de gros yeux et des sourires énormes (personnellement j’ai bien aimé, je trouve que le mélange entre les deux fonctionne bien). L’aquarelle rend bien et se prête bien à une alternance entre le trait net et des décors et couleurs parfois flous qui rendent telle ou telle émotion. L’alternance couleurs pleines / noir et blanc avec touches de couleur rend très bien. L’autre grande force de la BD, c’est son découpage, qui laisse une grande part aux silences, aux regards, gestes, etc. et qui installe d’emblée un rythme auquel on se laisse prendre.

Bref, j’ai vraiment bien aimé. C’est l’une des rares BD « occidentales » que je connaisse à aborder le thème de l’amour homosexuel, et elle le fait très bien. Je pense que ce genre de BD peut aider les ados (et les lecteurs en général) homos ou bi à mieux s’accepter et à prendre confiance en eux. Et pour les autres lecteurs, c’est une belle histoire d’amour bien dessinée et bien menée (mais attention aux âmes sensibles, prévoir quelques mouchoirs à portée de la main !).